‹ Histoire des temps modernesChapitre 70 sur 311 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

gne. Henri II s’agrandirait, au nord, de provinces toutes voisines et faciles à garder; le duc François de Guise, descendant par les femmes de la maison d’Anjou, serait fait roi de Naples.

Le plan était bien combiné. L’énergique Paul IV mettait son pouvoir spirituel au service de la France et de la cause itabenne. Il soutint Sienne et attaqua ouvertement le vice-roi de Naples ; on le vit, à l’exemple des papes du moyen âge, armer et passer en revue la population, prêcher même une coisade contre les Espagnols, cette semence de juifs et de Maures, véntable lie du monde.

A la nouvelle que le duc de Guise, investi du royaume de Naples par le saint-siège, approchait avec 15 000 hommes, Philippe II fit quelques concessions aux Italiens, pour les diviser: il rendit Plaisance à Famèse, et livra Sienne au grandduc de Toscane. Ce fut son salut en Italie. Le duc de Guise traversa le Milanais sans obstacle et entra à Rome en triomphe, mais le pape ne put lui fournir tous les secours promis et il échoua devant la première place napolitaine qu’il attaqua, Givitella. Il essaya en vain d’amener le duc d’Albe à une bataille. L’Espagnol laissa la maladie décimer l’armée française, puis reporta la guerre sur le territoire pontifical et marcha sur Rome. Inébranlable jusqu’au dernier moment, malgré le départ des Français, Paul IV ne céda que lorsqu’il vit les Romains eux-mêmes prêts à ouvrir aux Espagnols les portes de Rome, et pour éviter à la capitale du monde chrétien les hor- • reurs d’une nouvelle prise d’assaut et d’un nouveau pillage (1557).

C’est au désastre de Saint-Quentin qu’était dû le rappel du duc de Guise, si fatal aux espérances du pape et de l’Italie. Les Espagnols, entrés en Picardie au nombre de 50 000, sous les ordres du roi Philippe et du duc Philibert de Savoie, avaient investi Saint-Quentin. La place 'n’avait ni fortifications solides, nimimitions, ni vivres. L’amiral Goligny s’y jeta avec 700 hommes. Montmorency s’approcha pour la ra\dtailler, mais se mit si près de l’ennemi, avec une armée très-inférieure en nombre, et prit si peu de précautions, qu’il fut obligé de combattre sans avoir assuré sa retraite ; l’armée française fut écrasée, lui- même resta prisonnier (10 août). On conseilla au

roi d’Espagne de marcher sur Paris: il aima mieux s’emparer de Saint-Quentin, de Ham et de Noyon. Pendant que les vainqueurs s’épuisaient à cette guerre de sièges, Henri II eut le temps de mettre sur pied des forces imposantes, et le duc de Guise revint d’Italie.

Nommé généralissime, ce hardi capitaine frappa un grand coup. Il assiégea Calais à l’improviste, en plein hiver, et le prit au bout de huit jours (janvier 1558). La honte de Saint- Quentin se perdit dans la gloire de ce grand succès. Le duc de Guise fut placé au-dessus de tous les généraux contemporains : la popularité de la maison de Lorraine date de ce jour.

Calais était repris ; mais les Espagnols étaient toujours sur la Somme. Aussi le maréchal de Thermes ayant encore essuyé une défaite à Gravelines (1559), Henri H ouvrit des négociations pour la paix. Aprèsquatre mois de conférences, le traité de Cateau-Cambrésis fut conclu (25 avril 1559) sur la base d’une restitution réciproque aux Pays-Bas et en Italie. Leduc de Savoie recouvra ses États des deux côtés des Alpes (Bresse, Bugey, Savoie, Piémont), moins Pignerol, Péros et Savigliano, que la France conserva jusqu’à ce que les droits de Louise de Savoie, aïeule de Henri H, eussent été réglés. Elle garda aussi le marquisat de Saluces, mais abandonnait Sienne aux Médicis, et la Corse aux Génois. Les Trois-Évêchés relevant de l’empire, l’Espagne n’avait pas à nous en demander la restitution ; l’Angleterre nous laissa Calais moyennant 500 000 couronnes. Philippe rentra en possession du GharoUais, petit pays enclavé ^ans nos provinces, et que nous pouvions prendre sans coup férir à la première rupture, mais ne restitua pas à Jeanne d’Albret la portion de son royavune de Navarre que l’Espagne détenait depuis un demi- siècle.

Ainsi, ce qui avait été commencé en 1530 à Bologne s’acheva en 1559 dans une petite ville du Cambrésis. La domination austro-espagnole fut affermie au nord et au midi de la péninsule italienne ; le saint-siège se trouva, comme pouvoir temporel, condamné à l’impuissance; les ducs de Florence, de Parme et de Ferrare, furent tenus à la lisière, et la frontière même de l’Italie resta aux mains des étrangers.

C’était pour l’Italie un grand malheur, et pour la France un

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