DIRECTION DE FARGEOT AINE
Commencée le 21 avril 1820.
Un goût délicat et sévère a toujours distingué les habitants de Bordeaux. En se chargeant de la direction des théâtres de cette ville, le sieur Fargeot a mesuré toute l'étendue des devoirs qu'il s'imposait et tous les obstacles que présente une pareille entreprise. L'époque tardive à laquelle il l'a obtenue en ajoutait de nouveaux : plusieurs sujets justement aimés avaient déjà contracté des engagements pour d'autres villes ; la plus grande sollicitude du sieur Fargeot a été de les remplacer d'une manière convenable. Les talents sont rares et recherchés; mais un public juste sait se garantir d'une funeste prévention. La sévérité de son goût est le plus sûr garant de son indulgence, quand elle est justifiée, d'ailleurs, par des motifs légitimes.
Les spectacles des deux théâtres seront variés.
Le directeur s'est assuré, par des relations avec des artistes de la capitale, les moyens les plus sûrs et les plus prompts
pour obtenir tous les documents nécessaires à la mise en scène des ouvrages anciens et nouveaux; il ne négligera rien de ce qui peut contribuer à l'ensemble et au charme que l'on a droit d'attendre du premier théâtre de la province. La comédie, la tragédie, le grand-opéra, l'opéra-comique, les ballets d'action et les divertissements composeront le répertoire du Grand-Théâtre. Celui du Theïltre-Français sera consacré au vaudeville, variétés, pantomimes et mélodrames, qui seront représentés avec toute la pompe qu'exige ce genre.
Des magasins de costumes établis à grands frais à Paris, des décors nouveaux, le choix des sujets, tout prouvera que le sieur Fargeot n'a épargné ni sacrifices ni soins pour satisfaire le goiit du public bordelais et multiplier ses plaisirs. C'est pour parvenir à ce but qu'il vient de faire un long séjour dans la capitale et de parcourir les principaux théâtres de la France, afin de préparer et connaître tous les éléments nécessaires au succès de son entreprise.