ARRÊTÉ DE M. LE MARÉCHAL DE RICHELIEU
» Louis-François-Armand-Duplessis, duc de Richelieu et de Fronsac,pair et premier maréchal de France , chevalier des ordres du roi , connétable, premier gentilhomme de la chambre de Sa Majesté, son lieutenant-général , gouverneur de la Haute et Basse-Guienne , noble Génois, etc.
» Le roi , par une ordonnance du cinq octobre mil sept cent quatre-vingt-trois , ayant défendu à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'elles soient , d'entrer gratuitement à la Comédie sans avoir obtenu du gouverneur de la province son entrée : NOUS, en cetle qualité et en verlii
des inlenlions susdites de Sa Majesté, avons ordoiiiu'' être exécuté ce qui suit pour l'entrée gratuite de ceux (jui seront désignés dans l'état joint à la présente.
» Art. '!'''■. — Il sera fait une distinction particulière des diverses entrées gratuites suivant la qualité ou le droit des personnes , ainsi que cela se pratique dans les trois spectacles de Paris : les unes auront le choix d'aller à l'amphithéâtre et au parquet ou orchestre exclusivement, et les autres ne pourront se placer qu'au paradis seulement , mais jamais au parterre, dans lequel, en raison des ligues et cabales qui peuvent s'y former, aucun acteur ni autre personne, excepté ^a police, ne peut aller sans se rendre suspect, et où le nombre des billets étant fixé , ceux qui les achètent doivent toujours y trouver leur place, dont ils seraient souvent privés, si les gratis alloient à cette place.
» Art. 2. — Toutes les personnes, sans exception, qui jouiront de leurs entrées seront tenues de passer, toutes les fois qu'elles iront au spectacle , par la principale porte d'entrée où se tient le contrôleur, et il est défendu, sous peine d'être renvoyé sur-le-champ , à tous les portiers des autres portés , d'y laisser passer aucune des personnes portées sur l'état des entrées gratuites.
Art. 3. — Le contrôleur qui sera placé à la principale porte d'entrée sera tenu d'avoir toujours avec lui, sur un tableau fait en bois, le nom de toutes les personnes ayant leurs entrées, afin de pouvoir rendre compte tous les jours, après le spectacle , du nombre d'entrées gratuites qu'il aura laissé passer ; et à cet elfet, par le moyen d'un trou pratiqué sur le dit tableau , à côté de chaque nom , et dans lequel il y aura une petite cheville attachée avec un cordon, chaque fois qu'il y passera une entrée , le contrôleur retirera cette cheville , laquelle , ainsi ôtée , constatera facilement tous ceux qui auront entré gratuitement chaque jour.
» Art. 4. — L'inspecteur chargé de surveiller toutes les portes, sera tenu de se faire rendre compte tous les soirs,
par chacune des ouvreuses de loges , du nombre de personnes qu'elles auront laissé entrer sans billet; et afin qu'elles ne puissent favoriser aucun abus, ni être trompées par ceux ou celles qui diraient faussement avoir leurs entrées, pareil tableau indiqué dans l'article 3 sera placé à chacune des portes où pourront aller les entrées gratuites.
» Art. 5, — Il est défendu à toute personne, sans exception, jouissant de ses entrées, et sous peine d'en être privé , d'aller à d'autres places qu'à celles indiquées à chacun; et si aucun des préposés à tous les autres postes y laissaient entrer une seule personne sans billet , ils seraient renvoyés surle-champ. En conséquence, l'inspecteur comptera tous les jours le nombre de personnes qui seront à chaque rang de loges, chaque côté séparément ; les ouvreuses seront assujetties à lui produire autant de billets qu'elles auront laissé entrer de monde. Par ce moyen, on connaîtra aisément ce qu'il y aura eu chaque jour d'entrées gratuites, si les ouvreuses de loges remplissent leur devoir avec exactitude et fidélité ; et le rapport fait chaque jour par l'inspecteur du nombre d'entrées gratuites sera comparé à celui que fera également tous les soirs le contrôleur de la principale porte d'entrée, d'après son tableau.
» Art. 6. — Pour prévenir toute espèce d'abus de la part de ceux qui jouiront de leurs entrées , toutes les portes des loges et autres places indistinctement seront toujours fermées jusquà ce que le rideau soit levé, et les ouvreuses seront assujetties, comme à Paris, à ouvrir et refermer les portes toutes les fois que l'on voudra entrer dans les loges ou en sortir.
» Art. 7. — Il est expressément défendu à toutes personnes de s'introduire d'une loge dans une autre, en franchissant intérieurement les séparations, sous peine, par ceux qui auront leurs entrées , d'en être privés ; et par toute autre personne, d'être dénoncée sur-le-champ, par l'inspecteur ou les ouvreuses de loges, à MM. les Jurais, poui- ro-
médicrà cet abus, et ordonner ce qu'ils jugeront à propos.
» Art. 8. — Aucune des personnes attachées ou intéressées à la direction du spectacle ne pourront donner aucun billet signé d'elles. Il est défendu , en conséquence , à tous contrôleurs , ouvreuses de loges ou portiers d'en recevoir ni faire placer aucun de ceux qui seraient faits à la main ; et si le cas arrivait que l'on dût favoriser pour l'instant telle personne ou tel acteur passager à qui l'on voudrait faire voir le spectacle, celui de qui le contrôleur ou autres employés devront recevoir des ordres conduira lui-même à la principale porte d'entrée la personne qu'il faudra laisser passer , et on donnera verbalement l'ordre.
» Art. 9. — Les entrées gratuites étant personnelles, et ne pouvant être transmises à d'autres personnes , celles qui en jouiront, et dont le nom sera inscrit sur le tableau indiqué à l'article 3, entreront sans billets.
» Art. iO. — Il ne sera réservé annuellement au spectacle aucune loge gratuite que celles du gouverneur, des commandants en chef, de MM. les Jurats et des anciens actionnaires.
» Art. il. — MM. les Maire, Lieutenant-de-Maire , Jurats, Procureur-Syndic et Clerc de ville continueront de donner par jour chacun deux billets d'entrée ; mais ces billets seront imprimés sur du carton et aux armes de la ville; ils porteront le nom de ceux qui les donneront , comme à Paris ceux de MM. les premiers Gentilshommes de la Chambre , et il sera imprimé pour chacun quatorze billets, dont deux pour chaque jour de la semaine , dans la forme qui suit : » Modèle des billets de MM. les Jurats :