CHANSON
Célébrons les directeurs
De la Comédie ; Chantons les rares acteurs
Supports d'Emilie.
Ils nous donnent bravement De l'ennui pour de l'argent.
Vive l'Emilie!
0 çïué !
Vive l'Emilie !
Venons a ce magistrat, Président folâtre,
(irosse poupée a rabat, Des riens idolâtre.
Ce juge de nos procès, Ne siège point au palais,
Il siège au théâtre , 0 gué !
11 siège au théâtre!
lU.
Destouches, comme on sait bien
Le prit pour confrère ; De maints petits comédiens
Il la rendit mère.
Tous deux étant directeurs , Pour ne point manquer d'acteurs
Avaient soin d'en faire , 0 gué !
Avaient soin d'en faire.
lllSroiRE DES THÉÂTRES
Bouffon, léger et galant,
Au point d'être fade , Il n'est femme qu'en sifflant,
l\ ne persuade.
Musicien, joueur adroit , 11 sait tout hormis le droit ;
Le code est maussade , 0 gué!
Le code est maussade.
Je n'ose de D
Profaner la gloire; Il est roc , il est altier.
Plus qu'on ne peut croire.
Il pourrait bien contre nous , Faire dresser après tous ,
Un réquisitoire, 0 gué!
Un réquisitoire.
Prêt a danser nuit et jour,
Comme un jeune page ; Pied léger et cerveau lourd.
Gros chef, plat visage, Œil louche, nez épaté; Voila le portrait flatté
De ce personnage , 0 gué !
De ce personnage.
A-t-il payé l'action ?
Je ne sais qu'en dire ; Mais je gagerais que non :
Je connais le sire.
Le titre de débiteur ^
Plaît beaucoup à Monseigneur.
Le juif en soupire, 0 gué !
Le juif en soupire.
Je viens à toi de grand cœur.
Sublime Emilie, Qui guindés sur la fadeur
Ta philosophie ; Et fardes effrontément D'un vernis de sentiment,
Ta drôle de vie , Ogué!
Ta drôle de vie.
Dans tous les rôles tu mets
Ton air de bégueule; Sur ma foi tu ne saurais
Plaire qu'à toi seule.
Crois-tu peindre ta grandeur.
En ouvrant h faire peur
Ta brillante gueule, 0 gué !
Ta brillante gueule.
La ! c'est assez caqueter,
Muse trop hardie ; Crains que ta malignité
Bientôt ne s'expie.
Quelqu'un qui peut te punir (1) Enjoint de tout applaudir,
Fût-ce l'Emilie, Ogué!
Fût-ce l'Emilie.
(!) Cette Emilie était h m;iitressL< du m:ircihal do Richelieu, gouverneur de la province.
DE HORDEAUX. 3G3
NOTE U (/?rt^e291).
Le 27 vciulcmiaii'c an VU, Bojolay adressait aux membres (lu bureau central la pétition ci-après, dont nous avons conservé scrupuleusement l'orthographe.
« Citoyen administrateurs,
» N'ayant pu plutôt commencer mes ouvrages a cause d'une maladie que je viens d'éprouver Cepandant je me propose a donner demain pour louverture Le peruquier bouffon petite pièce très amusante qui sera suivie du n'aut'rage dEléonore pièce en 5 acte Le dit spectacle sera terminé par quantité de métamorphoses qui surprendront agréablement le spectateur.
» Lezposant prie les citoyen administrateur davoir égard a sa situation et de le traiter comme un père de famille dont la médiocrité de ses moyens le prive de pouvoir a peinne la l'aire subsister.
» en conséquence il vous supplie et il ose espérer que dapres les justes observations qui vous fait, vous aurez la bonté de le remettre au 10'"'= [droit pour les pauvres), comme il avait toujour été.
» Salut et fraternité,
» .]" Bap'** CoRTAv dit Bo.iolav. »
NOTE S [page 29 !t].
N'oublions pas de mentionner , parmi les plus fameux mélodrames (jui se jouaient à laGaîté, le Chien de Monlargis, qui lit sa première apparition sur ce théâtre, le 6 août 1814. M"" Dorsonvillc, qui remplissait dans cette pièce le rôle intéressant du jeune Éloi, y recueillit de nombreux applaudissements.
Lepeinire jeune , animé quel((ues années plus lard (3 août
1824 ) d'une sainte pudeur, voulut venir en aide à l'innocence et fit jouer, à ce théâtre , une pièce de sa composition intitulée la Promenade de Touniy. L'un des principaux personnages de cette composition joviale, était une certaine Anniche, qui louait alors les chaises de nos promenades , et que beaucoup de Bordelais se rappellent avoir connue. Lepeintre lui faisait faire le métier d'entremetteuse de mariages et confidente des jeunes personnes qui ont des amourettes à l'insu de leurs parents. Il est probable que l'irréprochable Anniche ne se reconnut point dans le portrait qu'on faisait d'elle , puisqu'elle fit condamner l'écrivain et la pièce. Il en fut de même, comme on sait , de M. de Jouy , auteur de l'Ermite en Province, qui avait osé médire de la redoutable Anniche. Ces Messieurs apprirent à leurs dépens , que s'il est possible de tout voir , il n'est pas toujours permis de tout dire.
Nous regretterions de ne pas garder une place dans ces notes à M"e Montano, qui, si longtemps, fit le charme de notre scène lyrique. Voici de fort jolis vers qui lui furent adressés quelques jours avant son départ :
« 0 de Linus, fille aimable et chérie ,
» Comme tes yeux, ta voix sait nous charmer;
» Et (le tes chants la douce mélodie
» Soumet nos cœurs au besoin de t'aimer. .
» Cède a nos vœux : en vain d'autres rivages,
» Belle syrène! osent te réclamer;
» Tu recevrais partout mêmes hommages ;
» Mais sur quels bords saura-t-on mieux l'aimer'!' «
FLN