‹ Histoire des théâtres de BordeauxChapitre 48 sur 55 · PROCÈS-VERBAL · texte numérisé non relu

PROCÈS-VERBAL

» Aujourd'hui 4 germinal, à quatre heures de relevée, et l'an troisième de la République française , une et indivisible, Nous, Durand, officier municipal, Fulchie, Rousseau etFournier, notables, et Gassagne, substitut de l'agent national de la commune de Bordeaux, ayant été instruits qu'il était survenu quelque rumeur populaire sur la place de la Comédie , nous nous y sommes transportés, et ayant en effet aperçu un grand rassemblement , nous nous sommes informés de ce qui pouvait y avoir donné lieu. Il nous a été dit que le citoyen Compain avait été assailli par une foule de citoyens, et qu'il avait

DK IJORDEAIX. 3o")

dr'jù roçii pliisiours blessures; qiril avait (Ht; arraclK; dea iiiaHis de ceux qui l'avaient saisi , par la garde du poste de la Comédie , et qu'il se trouvait maintenant dans le corps-degarde. Nous étant décorés de nos écliarpes , nous sommes entrés dans le corps-de-garde , où nous avons trouvé le dit Compain assis, qui nous a dit avoir été assailli par plusieurs personnes qu'il ne connaissait pas , qui lui avaient porté plusieurs coups , et nous avons en effet aperçu que son sang coulait abondamment du côté droit de la tête , près de l'oreille. L'officier du poste nous a dit que le juge de paix de l'arrondissement était venu ; qu'il était allé clierclier la force armée pour conduire Compain à l'hôpital, et dans l'instant sont arrivés vingt hommes de la gendarmerie, avec un officier et un aide-de-camp du général ; ce dernier nous a dit qu'ils avaient été requis par le juge de paix pour conduire Compain à l'hôpital.

I2n conséquence , le dit Compain nous ayant dit qu'il voulait aller à pied, nous avons recommandé à la gendarmerie de bien veiller à ce qu'il ne se passât rien contre les lois. Nous étant alors mis en route avec le dit Compain et le citoyen Latour, juge de paix de l'arrondissement , et escortés par la gendarmerie, à peine étions-nous sur la place de la Comédie, que des huées et des cris effroyables se sont fait entendre. L'indignation des citoyens paraissait portée à son comble. Vainement avons-nous fait tous nos efiforts pour calmer la fureur populaire. Nous n'avons pu empêcher que plusieurs coups de cannes et de bâtons ne fussent portés à Compain , et ce n'a été qu'après les plus violents eft'orts et au péril de notre vie, que nous avons réussi à le conduire jusque devant le Club national. Mais en cet endroit la foule a entouré la garde ; faisant alors un suprême efï'ort , nous avons exhorté le peuple, au nom de la loi , à nous laisser conduire ce citoyen à l'hôpital , et nous éprouvions déjà la satisfaction de voir quelques citoyens déférer à notre invitation, lorsque Compain, croyant rdccasion favorable, profita d'une petite éclaircie .opérée

dans la foule , pour prendre la fuite vers le terrain ci-devant Intendance. Il était impossible aux gendarmes de le siiîvre avec leurs chevaux, sans blesser ou écraser quelque citoyen. Mais les notables , Rousseau , Fulchie , Cassagne et deux officiers de la gendarmerie qui avaient mis pied à terre , l'ont suivi pour lui porter secours , car le peuple , reprenant toute sa fureur , s'était lancé de nouveau à sa poursuite. Ils sont arrivés au moment où Cpmpain venait de recevoir plusieurs coups de bâtons, de sabres et de cannes à lance; les citoyens Cassagne et Rousseau furent eux-mêmes blessés en cherchant à arracher Compain à ces furieux. Ils y parvinrent enfin et réussirent à le faire pénétrer dans le bureau du Comité de surveillance ; les membres du bureau envoyèrent chercher plusieurs officiers de santé, qui prodiguèrent leurs soins au blessé et assurèrent qu'il fallait l'envoyer à l'hôpital , aucun symptôme dangereux ne s'étant encore déclaré ; mais qu'ils ne répondaient pas des suites. En foi de quoi nous avons fait et clos le dit procès-verbal, à sept heures du soir, et avons signé : Durand, ofiicier municipal; Fulchie, notable; Joseph Faucoimier , notable ; Rousseau , notable ; Cassaigne , substitut de l'agent national. »

« Nous membres de la municipaUté, nous étant retirés dans la maison-commune , les citoyens Rousseau et Fulchie ont déposé sur le bureau leurs écharpes teintes de sang pour servir de pièces de conviction.

» Bordeaux, dans la maison-commune , à onze heures du soir, le dit jour que dessus.

)) Si[inc : DURAND , officier municipal. »

» Nota. Compain ayant en eflet été transporté à l'hôpital, \ mourut deux heures après. »

NOTE L [page 177).

Nous devons dire, pour ne rien omettre, que par suite des recherches faites par la police, on acquit la presque certitude

DE BOKDEALX. '.)ol

(|ue,lc laineux Diiclos, cet Iiomino qui, plus tard, promena son cynisme et sa misère dans la capitale , était le chef dos assassins de Groussac. Sa réputation était déjà parvenue jusqu'à Paris. Voici les termes dont se servit le ministre de la police générale pour le désigner aux. administrateurs du bureau central de Bordeaux.

« Paris, ce 18 germinal an VII de la République.

» Le nommé Pierre Duclos m'a été signalé, citojens, comme complice de l'assassinat du maire de Toulouse. Vous me l'avez vous-même présenté comme un homme dont ^immoralité était telle qu'il n'était point d'attentats qui pussent l'effrayer, et qu'on ne pouvait espérer aucun amendement.

» Il vient d'être arrêté dans cette commune et déposé dans une maison d'arrêt, etc., etc. »

Sur la même liste des meurtriers de Groussac, figuraient les nommés Groc, Lavau jeune, Lercaro jeune, Secee , experruquier; C...., maître d'armes à Bordeaux; G...., artiste musicien à Bordeaux , et quelques autres personnes dont il est inutile de reproduire les noms , puisqu'ils furent tous acquittés et rendus à la liberté.

NOTE M [page 177).

Ce même Duclos se trouvait encore parmi les J mauvais sujets qui insultèrent le général Lannes lors de son passage à Bordeaux , et comme les attentats de ce misérable se perpétuaient dans nos murs avec une sorte d'impunité , le gouvernement ordonna à Pierre Pierre, commissaire général de police , à Bordeaux , de s'emparer de la personne de Duclos , mort on vif, et de l'envoyer à Paris. Pierre Pierre en écrivit dans ce sens à M. de Monbadon, maire de Bordeaux :

« Bordeaux , le 20 septembre 1807.

» Monsieur le Maire ,

» Le nonnné Pierre Duclos, qui s'est soustrait jusqu'à ce

:5oN HISTOIRE DES TlIÉATllES

jour, îivoc une impudence assez extraordinaire, à la déeifeion de S. Exe. le sénateur ministre de la police générale de l'eml)ire , vient de se rendre coupable d'un assassinat à coups de ])oignard , envers un de mes agents. J'ai l'honneur de vous envoyer le signalement de cet individu, dont l'arrestation m'est spécialement prescrite. Je vous prie , Monsieur le Maire, de réunir vos etforts aux miens pour la recherche de cet homme dont un plus long séjour à J3ordeaux accuserait auprès dt^'ouvernement les fonctionnaires chargés de la police locale et d'État.

» Recevez d'avance mes bien sincères remercîments sur les ordres que vous donnerez à cet égard et dont l'heureux concours ne peut que contribuer à faire respecter une décision à laquelle le sénateur-ministre attache une grande importance.

» Le Commissaire gênerai, » Pierre Pierre. »

On sait que Duclos fut arrêté par Pierre Pierre lui-même, conduit d'abord au fort du Hâ, ensuite transféré à Paris, où il <lcineura prisonnier jusqu'à la Restauration.

NOTE ^l{pa'je 177).

On avait accusé plusieurs fois Rode, le célèbre violon, et notre concitoyen, d'avoir participé à toutes ces réactions. 11 voulut prouver le contraire et obtint de la municipalité le certificat ci-joint :

'i Du l*-"' février au 7.

)j Sur le renvoi fait par le commissaire du Directoire exécutif près l'administration centrale de la Gironde , de la pétition de la citoyenne Zoé Rode, tendante à obtenir l'eximation de Rode , son frère , de la liste de ceux compris dans l'arrêt du Directoire exécutif du 2 vendémiaire dernier,

» Les admiiiisU'aleurs du bureau central du canton de Rordeaux.

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«.jAprès avoir fait sur les registres tic la police toutes les recherches propres à découvrir les motifs qui pouvaient avoir donné lieu à comprendre le citoyen Rode dans la classe de ceux qui avaient participé aux scènes sanglantes qui ont eu lieu à Bordeaux pendant la réaction; après avoir pris les renseignements les plus exacts sur la conduite morale et politique du citoyen Rode ,

» Attestent qu'ils n'ont trouvé sur le registi-e de la police aucune trace qui puisse faire soupçonner que le citoyen Rode ait pris aucune part aux actes du royalisme réactionnaire ; que, s'il avait pu en être soupçonné par rapport à son étourderie et aux liaisons d'enfance qu'il avait avec quelques-uns de ceux qui, à cette époque se sont signalés comme les perturbateurs de l'ordre et de la tranquillité publique, il s'était comporté de manière à effacer ce soupçon en concourant de toutes ses forces au rétablissement de l'ordre et de la tranquillité publique dans le moment le plus critique;

» Attestent au surplus que le citoyen Rode était parti volontairement dans le premier i)alaillon de la Gironde , où il a servi avec honneur, jusqu'à l'obtention de son congé, comme capitaine démissionnaire.

» Nota. Rode, notre concitoyen, était attaché , en qualité de professeur, au conservatoire de musique. // faisait (dit une note fournie par le bureau central ) , le plus noble usage de sa fortune , la partageant entre sa famille et les indigents.

NOTE 0 [page ^08).

Bojolay se trouvait en retard, à l'égard de la ville, pour quelques termes échus. \l se rendit à la mairie , auprès de l'un des adjoints (M. Labroue ) , pour obtenir un sursis. Tous ceux qui ont connu celui-ci savent combien il avait l'humeur brutale et fâcheuse pour les malheureux objets de sa colère. A peine eut-il aperçu Bojolay : «Ah ! ah ! vous voilà donc , s'écria-t-il , approchez que l'on entende votre belle

confession ! vous venez demander un délai ; vous n'en agirez pas. Un gaillard de votre trempe, qui se ruine pour ses maîtresses, ne mérite aucune grâce; on' ne vous en fera

pas »

Cette sortie était d'autant plus humiliante pour Bojolay, qu'elle venait de se faire en présence d'un nombreux public. Le malheureux directeur, rouge déboute et de colère, vit qu'il n'avait plus rien à ménager : « C'est ma ruine que vous voulez , c'est une faillite que vous me forcez de faire , lui répondit-il , soit , je m'exécute ; mais rappelez-vous bien que si j'ai eu la faiblesse ou plutôt l'honnêteté de payer mes maîtresses, on ne pourra jamais vous faire le même reproche. »

NOTE P [page 210).

Ces entrées de faveur étaient autrefois aussi recherchées que de nos jours. En i 725, les écoliers du collège de Guienne, qui avaient l'habitude de recevoir des billets de théâtre , comme une récompense accordée par les jurats à ceux d'entre eux qui se distinguaient dans leurs études , s'avisèrent de devenir plus exigeants. Ils créèrent, dans chacune de leurs classes, un prieur chargé de la demande et de la distribution des billets. Cet usage avait déjà été aboli par les précédents gouverneurs de Bordeaux , comme constituant une sorte de privilège que les jurats ne pouvaient reconnaître , et devenant souvent la cause de violentes querelles qui dégénéraient en duels. Ces prieurs s'étant présentés à l'Hôtel-de-Ville pour réclamer des billets , furent fort mal reçus des jurats, qui les menacèrent de les faire arrêter s'ils ne se retiraient, et leur défendirent, ainsi qu'à tous leurs camarades, de porter des armes. Les têtes s'étant un peu calmées, les jurats remirent quelques billets au principal pour les distribuer aux écoliers ; mais ceux-ci refusèrent de les recevoir, voulant que ce fussent leurs prieurs qui les distribuassent. Les élèves de philo-

Mo'

sophio, soiUciius par les élèves des autres classes, prirent leurs épées , et abandonnant en foule le collège , coururent s'assembler à une promenade appelée VOrmée, où ils furent bientôt rejoints par un grand nombre d'autres écoliers de la ville, tous armés d'épées, de cannes, de bâtons, de pistolets , et criant qu'ils allaient défendre leurs privilèges. Ils se transportèrent ensuite devant le collège de Guienne , où les jurats avaient rassemblé le guet. L'un des plus mutins de ces élèves ayant été saisi par les soldats , son arrestation devint la cause d'une mêlée générale. Un soldat eut l'épaule cassée d'un coup de pistolet. Ses camarades firent feu, et l'un des écoliers fut tué. Le reste , ainsi que cela arrive le plus souvent , prit la fuite et se dispersa.

NOTE Q [pane 12k].

Nous extrayons la chanson suivante faite sur celte directrice, du travail de M. Desgranges , cité dans notre avertissement.

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