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CHAPITRE PREMIER

LA COMÉDIE DE SOCIÉTÉ DU XVI' SIÈCLE AU XVIIIe SIÈCLE.

La Comédie de paravent et les Salons. — L'antiquité classique. — Pourquoi les Anciens n'ont pas eu de Théâtre de Société. — Le Moyen Age. — La Cour des Valois. — Sous Henri IV. — La cour de Louis XIII. — Les ballets de Louis XIV. — Théâtres privés au xvne siècle. — Le xvnr siècle. — Engouement pour la Comédie de Salon. — La vie est un opéra. — Les Scènes privées chez la duchesse de Bourgogne, duc de Xoailles, duc d'Ayen, Duchesse de Mazarin, M. de Montgeron, duc de Grammonî, Duchesse de Bourbon, la Folie-Titon, au Temple, baron d'Esclapon, de Montalembert, de Morville, de Croy. M""' de Rochefort, comtesse d'Amblimont, comte d Artois, La Popelinière, de Meulan, de Thiers, de Magnanville, de Mauconseil, Paulmy d'Argenson, de Maurepas, comtesse de Provence, duchesse de Villeroy, aux I' iertin, Penthièvre, Brunoy.

Les théâtres de société ont été l'objet de nombreux travaux isolés et spéciaux r); pour la première

(i) Cf. Brazier, Histoire des Petits Théâtres; G. Sand, Histoire de ma vie; V. Fournel, Curiosités Théâtrales; Dinaux, Sociétés Badines; Emile Colombey, Salons et Cabarets; Desnoiresterres, Les THEATRE DE SO< IÉTÎ . I

on a voulu présenter ici un tableau d'ensemble de leur histoire depuis les Valois jusqu'à m

;enre littéraire est secondaire, mais il offre un intérêt capital pour l'historien des mœurs; il nous donne le spectacle changeant et fidèle des diverses sociétés dont la suite constitue l'unité de l'esprit public. Il raconte la vie mondaine et les plaisirs de l'aristocratie qui ont changé avec le temps et avec elle; car il y a aussi loin des Ballets royaux de Benserade aux savnètes de nos salons, que de Versailles à la Plaine Monceau. L'histoire des théâtres de société, c'est le théâtre de la société et de l'histoire.

l.e théâtre de Société est contemporain delà vie de Salons, et celle-ci est récente. Les anciens ne l'ont pas connue pour deux raisons : la première fut la condition inférieure de la femme, qui, sans influence et sans prestige, ne recevait pas, et ne connaissait pas les cercles d'admirateurs discrets ou

Cours Galantes, Voltaire; E. et .1. de Go n court, 'l'aine, Campar-

! et Maugras, Honoré Bonhomme, passent} Adolphe

Julien, Le Théâtre à la l'mir, Musique; Marquis île Massa, Sou-

venir* et Impressions; Y. du Bled, La Comédie de Société au

XVIII* siècle, i vol., et cinq articles dans la Revue Hebdomadaire,

mars-avril Claretie, La Jeune Fille au XVIIIe siècle;

ian; Pierre de Lano, Les Hais Travestis et les Tableaux Vivants

■>;.t Empire; Alphonse Levaux, Le Théâtre de la Cour

mpiègne pendant le Régne de Napoléon III : Colle, Bachau-

mont, Mercier. Tableau de Paris: M'"" Carette, la comtesse Dash,

baron Imbert de Saint-Amand. Armand Dayot, etc., etc.

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fervents, qui sont le propre de la civilisation moderne. Seules, les hétaïres tenaient des réunions qui avaient un double caractère erotique et artistique; aussi passaient-elles pour des effrontées. Des femmes dansaient en des poses lascives : ce n'était pas du théâtre de société dans le sens ordinaire du mot (i).

La seconde raison était le climat, les Anciens ayant habité des pays chauds, la Grèce, l'Egypte, l'Italie, où la vie se passait presque toute dans la rue; on ne restait à la maison que durant les courtes heures de la nuit.

En France, au Moyen Age, le théâtre fut « de société » dès sa naissance, si l'on veut appliquer ce mot aux Miracles du xme et du xiv° siècle, joués, sans préoccupation de recette, dans l'église et dans les Collèges, ou surtout dans les puys, devant des invités. Puis les confrères de la Passion, pères du théâtre payant et public, firent, des mystères, une entreprise et une affaire.

La cour des Valois, au xvie siècle, eut le goût des ballets, des spectacles Collégiaques; mais la vie

(i) La pratique des arts était considérée comme indigne Je l'homme libre. Cependant il y eut des amateurs : Numérius Furius iCic. De Orat.), Sylla le dictateur (et Cornélius Nepos l'en blâmait), les amis de Catilina (Cic, Catil., II), Britannicus, dont Néron fut jaloux (Suétone); des femmes, même. Sempronia (Tac. Ann.), Panthée (Lucien, Imag.) etc. Néron jouait et chantait sur la scène pour ses amis. Avant lui, le chevalier Labérius fut un dilettante de talent. Suétone et bion Cassius ont cité un sénatus- consulte de 3S avant Jésus-Christ, qui fait défense aux chevaliers et séria teurs de jouer la comédie, cet exercice étant dégradant.

mondaine était si grossière, que vers la fin du i. .le Henri IV, la marquise de Rambouillet

s'en retira, pour inviter chez elle les personnes amies de la distinction et de la conversation : elle inaugura la véritable vie de salon.

t :e serait un sujet vaste, qui nous entraînerait trop loin, de parler des ballets de Cour. Ils étaient somptueux, l'élément mythologique, allégorique, merveilleux, exigeant un riche développement de costumes, de machines, de décors. Déjà sous les Valois, ils étaient fastueux. Catherine de Médicis en avait apporté d'Italie la mode et le luxe. Les tournois turent plus rares, et les spectacles commencèrent.

Sous Charles IX, il y eut fêtes sur fêtes à la Cour, et l'on démêle même un essai de ballet dans les jeux solennels organisés au Louvre pour célébrer l'union de Marguerite de Valois avec le roi de Navarre. Après une sorte de joute, où le roi et ses frères détendaient l'entrée du paradis contre Henri de Navarre et les siens, qu'ils repoussaient en enfer, on vit descendre du ciel Mercure et Cupidon, montés sur un coq. Mercure était un chanteur célèbre nommé Ktienne Le Roi, « lequel. étant à terre, se vint présenter aux trois chevaliers ci. après un chant mélodieux, leur ht une harangue et remonta ensuite au ciel sur son coq, toujours chantant. Alors les trois chevaliers se levèrent de leurs sièges, traversèrent le paradis, allèrent aux Champs Élysées quérir les douze nymphes, et les amenèrent au milieu de la salle, où elles se mirent

à danser un ballet fort diversifié, e-t qui dura une grosse heure » (Ad. Jullien, V. Fournel et Lud. Celler).

Bals, mascarades, momeries, égayèrent le règne de Henri III, les noces du duc de Joyeuse et de Marguerite de Vaudemont ; le i5 octobre 1 58 i fut représenté le premier ballet constitué et complet, Circé.

Balthazar de Beaujoyeux., de son vrai nom Baltasarini, un des meilleurs violonistes, intendant de la musique et grand ordonnateur des fêtes de la Cour, en avait conçu le plan général, « avec les sieurs de Beaulieu et Salmont pour la musique; Jacques Patru pour les décorations et les peintures; de la Chesnaye. aumônier du Roi, et peutêtre Agrippa dWubigné, pour les vers ».

Ronsard, Jodelle, Ba'if, Desportes, travaillèrent aux cartels royaux et aux mascarades; Henri IV aimait ces fêtes, et Sully, sa calotte sur la tête, dirigeait les répétitions.

En 1611, Malherbe écrit à Peiresc : « Hier, je revins de Saint-Germain pour voir jouer la comédie. Je ne vous dirai autre chose, sinon que les personnages y firent des miracles. Madame, qui était habillée en amazone, comme représentant Bradamante, étonna tout le monde par sa bonne grâce; Monsieur et Monsieur le Duc y rirent plus que Ton ne pouvait espérer de leur âge; Monsieur, pour prologue, récita les six vers que vous trouverez en ce paquet; il avait une pique en la main, qu'il mania en fils de maitre... »

Louis Xlll dansait, composait, figurait tantôt dans Le Triomphe de Minerve, et tantôt dans Andouilles portées en guise de Momon. Cet homme était éclectique. Anne d'Autriche faisait Junon dans Psyché. Richelieu donnait au Roi le spectacle de sa M naine, de La Prospérité des Armes de France. Dans son théâtre, un banc réservé aux prélats s'appelait le a banc des évêques ».

Bois Robert, surnommé l'abbé Mondory, du nom de l'acteur, rit jouer une parodie du Cid, où Rodrigue déclare assez platement n'avoir pas de cœur, n'ayant que du carreau.

Il y avait donc comédie déjà en beaucoup d'endroits, au palais Cardinal, à l'hôtel de Rambouillet, chez de Gondi, chez Duplessis Guénégaud. Les ballets royaux étaient la manifestation la plus éclatante du genre. <• 11 en est, dit le vicomte d'Avenel, pour toutes les circonstances de la vie, pour lotîtes les époques de l'année. Ballets demi-deuil et de carême, ballets politiques avec allusions transparentes ou cachées; ballets graves ou sérieux, historiques ou romanesques. En une seule année on en dansa cinq nouveaux à la cour : celui des Turcs, des Amoureux, des Lavandières, des Nymphes, des Docteurs Gratiens. Mademoiselle va visiter un de ses domaines; l'intendant danse un ballet en son honneur le jour de son arrivée, et la princesse constate avec soin dans ses Mémoires que voila un a homme de bonne compagnie » et qui sait vivre. La danse fait tout oublier : au plus tort de la guerre de Trente ans, lorsque les tailles.

en maintes provinces, ne se recouvraient plus qu'au moyen d'archers et de garnisaires; lorsque les sergents du roi enlevaient les meubles, puis les portes et le toit même de la maison, et qu'une foule de contribuables, ruinés, vagabondaient par la campagne, on dansait à la cour, trois fois de suite, un ballet qui avait pour titre : « La félicité dont jouit la France ! »

« Les grands ballets de cour où figuraient près de cent cinquante personnes, et dont la dépense était supportée par le roi seul, revenaient quelquefois à 100.000 francs. Le monarque y paraissait sous les déguisements les plus variés; dans la même soirée il représente tour à tour un joueur de guitare et un simple soldat. Les colosses en baudruche, les types familiers de l'époque : Guillemine la Quinteuze. Jacqueline l'Entendue, Alizon la Hargneuse, les Bertrands, les Bilboquets, et divers grotesques plus ou moins plaisants, faisaient les frais ordinaires de ces exhibitions, où le bon sel paraît manquer totalement. On ne s'en lassait pas cependant. Deux baladins (maîtres de danse), Jacques Cordier, dit Boccan, chez le roi, Antoine Ballon chez la reine, réglaient le pas, présidaient a la mise en scène, et l'élite de la nation se consumait de travail pendant des semaines, sous la direction de ces artistes autorises, afin de parvenir à exécuter dans les formes, et selon certain ordre, les jetés et les entrechats brodes sur un canevas qui aujourd'hui servirait à peine pour une charade d'après-dinée. »

les ballets les plus originaux fut : Les Fées des /mets de Saint- Germain, dont la première entrée représentait la musique « sous la figure d'une grande femme ayant plusieurs luths pendus autour d'un vertugadin, décrochés par certains musiciens fantasques qui sortirent de dessous ses jupes ; et, comme ils en taisaient concert, la grande femme, dont la tête s'élevait jusqu'aux chandeliers qui descendaient du plafond de la salle, battait la mesure » [Mém. de Maroi.i i - .

Sous Louis XIV. il v eut deux Cours, deux genres, deux esthétiques, deux écoles : le ballet mythologique et pompeux figure chez le Roi. au Louvre; le ballet bouffon se réfugie chez Gaston d'Orléans, au Luxembourg.

Louis XIV dansa, bissa, trissa les Fêtes de Bacchus. Le Ballet de la Suit, puis la Puissance de r Amour, et les rôles étaient tenus par les plus grands seigneurs et les- plus grandes dames. Chaque victoire, chaque naissance, chaque carnaval. mariage, traite de paix, fut ainsi marqué d'un trait d'or dans les annales du règne; le Roi triomphait en cadence et dansait des chants de triomphe; Beauchamp, Lulli, Lambert frappaient la mesure.

Il fut de mode aussi en ville d'offrir le ballet et la mascarade à ses invités. On engageait des acteurs dont c'était — comme encore aujourd'hui — la spécialité de savoir de petites comédies dansées, pour salons. Le ballet, Les Rues de Paris, ou Les Romans, fut joué chez Mmo Grave-

Launée; le portier laissa entrer tant de monde. qu'un grand prince venu pour voir le spectacle, dut s'en retourner. On le représenta ensuite ailleurs, au milieu du tapage et d'un tel bruit de conversations, que la musique fut obligée de partir après le récit d'Apollon. La troisième exhibition eut lieu chez M. d'Orgeval. où, les portes soigneusement closes, il put se déployer à l'abri de la foule. dans une salle bien éclairée et en présence d'une assemblée brillante, au milieu de laquelle on remarquait la belle Marion Delorme. Ces diverses représentations eurent lieu le même jeudi gras.

Le dimanche suivant, sur le désir témoigné par le roi, qui en avait entendu parler, la troupe alla le danser au Palais- Royal, devant la cour, et il y obtint, comme partout, un gros succès. Puis on vint demander aux acteurs de se transporter à la place Rovale. chez une duchesse, où. mal reçus et traités avec mesquinerie par un intendant dont l'auteur se plaint avec amertume, ils s'acquittèrent de leur tâche sans entrain et en l'abrégeant, sous les yeux du duc d'Orléans, du duc d'Enghien. du maréchal de Bassompierre, etc. Ils se rendent ensuite dans l'Ile, chez M. d"Astrey-Commans, où ils trouvent trois princes parmi les spectateurs, et sont bien accueillis.

Le soir du lundi gras, la même troupe représente ce ballet chez le cardinal Mazarin, devant le prince Thomas de Savoie. Elle fut ensuite mandée au Luxembourg, quoique toute la Cour, sauf Madame, empêchée par la maladie, eût déjà vu ce

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