‹ Histoire des théâtres de sociétéChapitre 4 sur 28 · TS · texte numérisé non relu

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spectacle. Enfin clic va dans la maison de M. Portail, conseiller de la (lotir souveraine, qui avait réuni a cette occasion toute la mortellerie et quelques daines du Marais.

Le Ballet des Rues de Paris était une véritable revue île lin d'année, chaque rue venant chantes son couplet d'actualité sur le lait du jour et du quartier.

A la Cour, le Roi choisissait parfois des rôles féminins, une nymphe dansante 1668 . une dryade. Ses ballets prenaient la tournure équivoque de préludes aux amours royales, et l'erpsichore portait le caducée de Mercure

l.e Ballet des Muscs (1666 lut particulièrement brillant. Lulli avait mis en musique les vers de Benserade. Ils étaient les deux essentiels impresarii de ces divertissements; Molière y travailla, mais avec moins de faveur. Il était du ballet des Muses.

Cette composition était l'une des plus importantes qu'on dut jamais voir, par ses dimensions d'abord, par les personnages qui y figurèrent, comme

le Roi, Madame. M B de Montespan.de La Yallièrc,

par le succès extraordinaire qu'elle obtint, et aussi par l'intérêt et la variété des spectacles divers qu'elle réunit dans son cadre, par les additions et transformations qu'on lui lit subir, et par la multitude des interprètes, car trois troupes entières de vrais acteurs y prirent part : celle du Palais- Royal, avec son chef Molière, celle de l'hôtel de Bourgogne, plus, celle des comédiens italiens et espagnols.

Molière composa tout exprès pour une entrée de ce ballet Mélicerte et la Pastorale Comique, puis la comédie du Sicilien pour le ballet final.

Racine osa-t-il donner un conseil au Roi dans Britannicus, en blâmant Néron sur ses goûts de cabotinage? Il n'y a même pas l'ombre d'une vraisemblance à cette hypothèse. Le hasard rit que les Amants Magnifiques, trois mois après (février 1670), furent le dernier ballet dans lequel le Roi parut. Dans la suite, il n'y eut pas moins de représentations, mais le Roi alla s'asseoir de l'autre côté de la rampe, parmi ses invités.

Les théâtres sur lesquels ces représentations étaient données, étaient installés soit dans quelque grande galerie du Louvre, soit dans l'appartement du Roi, soit au théâtre du Petit Bourbon, attenant au Louvre, sur l'emplacement actuel du square de la place Saint-Germain l'Auxerrois. Aux Tuileries, au Palais-Royal, au Luxembourg, à l'Arsenal, à l'Hôtel de Ville, à Vincennes, à Fontainebleau, Saint-Germain, à Saint-Cloud, chez les ministres, les princes, les seigneurs, il y avait des scènes prêtes. Le spectacle était toujours aux lumières, et durait fort longtemps, cinq, six, dix heures, sans compter les deux ou trois heures d'attente. Loret se plaint d'être resté treize heures debout sans pouvoir bouger. Pour passer le temps, on tâchait d'attraper un programme — ils étaient jetés â la volée {c(. Le Bourgeois Gentilhomme) — et on lisait la liste des entrées et le nom des personnages, pour en deviser par avance.

l mations de Saint-Cyr sont Je l'ordre

spécial du Théâtre collégiaque. Mais on donnait la comédie chez Madame deMaintenon, comme en fait loi la lettre de la Palatine, en 1702. an roi d'Espagne.

La Cour accaparait, absorbait toutes les forces, toutes les ressources, tontes les attentions, tout l'éclat du beau monde. 11 y eut des ruelles, des académies : on ne songeait pas à se divertir loin du Roi; celui-ci donnait Le ton et le branle; il joua, chanta et dansa dans les spectacles prives dont il lut le héros; Benserade et Lulli consacrèrent à son divertissement leurs facultés, leur temps et leur flagornerie.

Le Roi appelait souvent les Comédiens de la ville pour voir représenter par eux les pièces nouvelles.

Ce n'est point là du théâtre de société, car celui-ci suppose l'exclusion des professionnels; les rôles sont joués, ci ce n'est pas leur meilleure aubaine. par des amateurs, devant un public mondain prié sur invitation.

Toutes les causes se réunissaient pour que ce genre se développât au xvin" siècle, et il n'y a pas manqué. La recrudescence dans le goût public pour les réunions élégantes, la réaction contre les attaques dont Molière et Boileau poursuivirent vainement et bourgeoisement les gens du monde, l'extension des réceptions, le nombre croissant des salons, cercles, ruelles, l'engouement pour les divertissements mixtes, la galanterie, les occasions

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de rencontre, de compliments, de promesses, de sourires et de triomphes, tout concourut au succès des spectacles privés, qui furent une mode, une fureur, une folie.

A ce moment, les acteurs, les actrices de profession se font de gros gages par les leçons qu'ils donnent dans les familles. C'est une des institutions les plus graves, et il faut y préparer la petite fille de bonne heure. Pour la femme, ce sera la plus charmante et la plus importante occupation du carême, de se mettre du rouge, de préparer ses intonations, de se donner l'ivresse et le mensonge de la scène et des coulisses, les triomphes de la grâce ou de la beauté, les joies vaniteuses du succès. Pour cette précieuse victoire, elle dérangera couturiers et modistes, se fatiguera en essavages, courra aux répétitions, forcera sa mémoire à retenir les vers les plus plats, et voudra conquérir la réputation de surpasser la Sainval ou la Clairon par le charme, l'élégance suprême et la séduction. Une affaire de cette conséquence n'est pas de mince qualité, et les mères savaient trop quelle place ce plaisir tenait dans l'existence, pour ne point accorder à la préparation et à l'étude qu'il exige, une place dans l'éducation de leurs filles, de beaucoupplus considérable qu'à une vaine science de la langue ou à une inutile géographie.

Les mémoires de Fleury le constatent :

« Cette mode, introduite dans tous les ordres de l'Etat, faisait presque de ce talent une partie essentielle de l'éducation de nos petits-maîtres, et

de nos agréables; il n'était pas de noble fille, pas de femme de Cour ou de haute finance, qui ne rencontrât Jans la rue la Lisette OU la Célimène d'une troupe rivale. <)u entendait souvent les hommes les plus qualifiés s'aborder par leur nom de théâtre le plus habituel : M. le duc était Crispin; M. le marquis, Dorante; tel grave magistrat, Damis; tel mousquetaire, Purgon ou Sganarelle. »

Ouvrez les Mémoires Secrets vers 1770(1 ; ils disent de même :

La fureur incroyable de jouer la comédie, gagne journellement, et. malgré le ridicule dont l'immortel auteur de la Métromanie a couvert tous les histrions bourgeois, il n'est pas de procureur qui, dans sa bastide, ne veuille avoir des tréteaux et une troupe ».

Le malheur n'y peut rien ; le deuil n'arrête rien ; l'exil n'entrave rien.

Sur la terre étrangère, le premier soin de la princesse de Guéméné lut de demander des tapissiers pour dresser un théâtre.

L'est qu'à Paris, on n'eût pas compris que d^s hommes et des femmes fussent réunis sans organiser quelque galant divertissement propre aux rapprochements furtifs, aux suppositions aimables. Les Goncourt ont finement marqué le sens quelque peu pervers de ces distractions agitées :

.tait là la grande séduction du théâtre de société pour la femme : il lui permettait d'être une

lussi Est-il bon, est-il méchant, de Diderot, a. I.

actrice; il la faisait monter sur les planches. Il lui donnait l'amusement des répétitions, l'enivrement de l'applaudissement. Il lui mettait aux joues le rouge du théâtre qu'elle était si hère de porter, et qu'elle gardait au souper qui suivait la représentation, après avoir fait semblant de se débarbouiller. Il mettait dans sa vie l'illusion de la comédie, le mensonge de la scène, les plaisirs des coulisses, l'ivresse qui fait monter au cœur et dans la tête l'ivresse d'un public. Que lui faisait un travail de six semaines, une toilette de six heures, un jeune de vingt-quatre heures? N'était-elle pas pavée de tout ennui, de toute privation, de toute fatigue, lorsqu'elle entendait à sa sortie de scène : « Ah! mon cœur, comme un ange!... Comment « peut-on jouer comme cela? C'est étonnant! Ne me laites donc pas pleurer comme ça... Savez-vous >< que je n'en puis plus ? » Et quelle plus jolie invention pour satisfaire tous les goûts de la femme, toutes ses vanités, mettre en lumière toutes ses grâces, en activité toutes ses coquetteries? Pour quelques-unes le théâtre était une vocation; il y avait en effet des génies de nature, de grandes comédiennes et d'admirables chanteuses dans ses actrices de société. « Plus de dix de nos femmes • du grand monde, dit le Prince de Ligne, jouent et « chantent mieux que ce que j'ai vu de mieux sur « tous les théâtres. » Pour beaucoup, le théâtre était un passe-temps; pour un certain nombre, il était une occasion; pour toutes, il était une fièvre et un enchantement qui n'était rompu qu'à ces mots :

s James sont servies. » On courait souper; car on avait a peine déjeuné pour être plus sûre de organe. En passant, une glace faisait voir à une ou deux femmes que leurs épingles étaient tombées; on pensait aux fautes qu'on se ressouvenait d'avoir commises; on se disait : « J'aurais dû dire ci autrement. » Puis on se rappelait que deux personnes, passant pour être bien ensemble, s'étaient parlé sur le troisième banc. On n'était plus comédienne, on redevenait femme, et la comédie finissait par une jalousie de talent, d'amant ou de figure. »

M"" de Sabran donna pour professeurs à ses entants Larive et la Sainval, simplement.

La vie de salon préparait à la comédie, et était faite pour exercer le talent de ces amateurs. C'était une continuelle exhibition aux chandelles, pour laquelle il fallait, comme à des artistes, la grâce du maintien, le sourire figé, l'allure, la souplesse de la danse, le penché de la révérence, l'arrondi des bras, l'affectation de la diction, le trait, le préparé, l'étudié, la pose, l'attitude, le réussi de l'ensemble, le fard aux joues, le noir aux cils, les mouches aux lèvres et aux seins, la poudre sur les cheveux, le mensonge au cœur et les sourires prometteurs dans les veux.

On jouait aux proverbes: on jouait aux synonymes, et le traité de Roubaud, Nouveaux synonymes français i . traînait sur les tables des salons.

Moutard, i;

Proverbes, charades, comédies, vaudevilles, tragédies, opéras comiques, opéras, tout sera bon, et les gens du monde disputeront aux professionnels le talent de faire rire et pleurer les honnêtes gens et les autres. Taine a raison :

« Le théâtre alors prépare l'homme au monde, comme le monde prépare l'homme au théâtre; dans l'un et dans l'autre, on est en spectacle, on compose son attitude et son ton de voix, on joue un rôle; la scène et le salon sont de plain-pied. Vers la fin du siècle, tout le monde devient acteur; c'est que tout le monde l'était déjà. »

La danse et la tournure, le jeu et la pantomime faisaient bien plus pour avancer une affaire que les bonnes raisons.

Un homme ayant une grâce à demander au Régent, lui présenta un placet qui était dans la forme ordinaire. Quand le Régent l'eut lu, le demandeur lui dit : Si Son Altesse voulait le relire, le voici en vers? Volontiers, lui dit le duc d'Orléans, donne^. Quand il eut vu les vers, mon homme demanda la permission de le chanter; on le lui permit; il chanta. A peine eut-il fini qu'il dit: Si Monseigneur le souhaite, je vais le danser? Oh! danse^-le, lui répondit le Régent ; je n'ai jamais vu de placet dansé, et, pour la nouveauté du fait, je vous accorde ce que vous demande^.

L'Europe nous imitait; Frédéric II de Prusse avait son royal Théâtre; la Cour d'Espagne se plaisait dans ce passetemps, dont elle eut peut-être bien le goût avant la Française, car déjà, en 1622,

Philippe IV cillant, fiancé des l'âge de sept ans

Elisabeth de France, fille de Henri IV et sœur

de Louis XIII. jouait avec sa future la comédie

dans une troupe qui n'était composée que de dames. et ainsi préludait dans la frivolité ce règne qui allait couler si cher à l'Espagne : le Portugal, la Catalogne, le Roussillon, l'Artois. Olivarès lui lit décerner le titre de Grand, et les plaisants lui donnèrent pour armes parlantes un fossé avec cette devise : « Plus on lui ôte, plus il est grand ».

\ Paris, des Louis XV, on jouait la comédie partout, à tous les étages de la société, dans tous les châteaux, dans tous les hôtels, chez les grandes dames, chez les magistrats, chez les demi-mondaines, sur une scène provisoire, et le plus souvent sur le théâtre permanent de la maison. Car chaque immeuble comportait son théâtre, devenu aussi nécessaire qu'un salon. Et c'est ainsi chez la duchesse de Bourgogne, chez le duc de Noailles, à Saint-Germain chez le duc d'Ayen, dont la tille la comtesse de Tessé jouait dans un drame de Lessing, traduit par Trudaine; à Chilly chez la duchesse de Mazarin, qui orfre à Mesdames la représentation de la pièce interdite de Collé La Partie de chasse de Henri IV; chez M. de Montgeron, intendant du Berry, où l'on va applaudir Paris et Hélène, tragédie mise en musique; à Clichy, chez le duc de Grammont, où jouent les demoiselles Fauconnier, et où Durosoy fit un rôle dans sa tragédie Le Siège de Calais, qu'il voulut opposer au triomphe bruyant du Siège de Calais de Du Bel-

lov; à Puteaux, où l'on entendait les œuvres du comte de Senectère, de Roy, de Laujon, sur la musique de Le Vasseur, de Leclerc, de Martin; chez la duchesse de Bourbon, à Chantilly, où Laujon organisa, en r 7- 7, sa jolie Fête villageoise donnée dans un hameau avec ces divers tableaux si pittoresques : le Rocher et la Petite Rivière, le Port aux gondoles, le Cabaret, le Moulin, le Salon, le Cabinet de lecture; Mercier y a été et en rapporte cette bonne note :

« J'ai vu jouer la comédie à Chantilly par le prince de Condé et par M""' la duchesse de Bourbon. Je leur ai trouvé une aisance, un goût, un naturel qui m'ont fait grand plaisir. Vraiment ils auraient pu être comédiens, s'ils ne fussent pas nés princes. »

La chute en est jolie.

Et c'est ainsi encore à La Folie-Titon, dont Bachaumont écrit, le 8 avril 1762 :

« UAnnette et Lubin de M. de Marmontel court les théâtres particuliers. Cette pièce a été jouée avant-hier sur celui de la Folie-Titon, avec un concours de monde prodigieux. »

Au Temple, chez le prince de Conti, on va écouter avec intérêt le grand opéra Les Neuf Muses de J.-J. Rousseau, comme on va pleurer à l'Ile Adam au Comte de Comminge, drame d'Arnaud.

Au faubourg Saint-Germain, chez le baron d'Esclapon, une représentation a bénéfice est donnée au profit de Mole malade en 1767; les dames de la Cour placèrent pour 24.000 livres de billets,

qui feraient aujourd'hui 60.000 francs au moins.

Parcourons Paris ci ses environs. Poussons les portes, ci jetons un regard sur toutes ces belles petites salles égayées par les lumières, les plumes et les pierreries, les regards brillants et les joues lardées pour qu'on ne les voie pas rougir sous les propos audacieux.

Chez M. de Montalembert, maréchal des Camps et Armées du Roi, qui habitait l'hôtel de Clermont. on donnait des opéras comiques de Cambini ei de Thoméoni, avec la marquise et la baronne de Montalembert, la comtesse de Podenas, le marquis de Bièvre, fameux par ses calembours, le chevalier d'Assas, le vicomte de Sainte-Hermine, le marquis de Prunelay. M. de Montalembert a fait imprimer son théâtre à petit nombre d'exemplaires, pour ses amis. On trouve quelquefois encore ce recueil fort rare, qui contient La Statue, La Bergère de qualité. La Bohémienne supposée.

La Révolution dispersa la troupe qui se tut, comme toutes les autres, dès 1787. La marquise s'exila à Londres, où elle rit de la littérature pour vivre, tandis que son mari acceptait et professait les idées révolutionnaires, vivait pendant la tourmente, devenait général et membre de l'Académie des Sciences, écrivait des traites de fortifications, et versifiait de petits contes. Il mourut en 1800.

Chez la marquise de Morville, au château de Morville, en Normandie, on jouait les œuvres du comte deCavlus et celles de Coypel, dont Le théâtre inédit forme trois volumes manuscrits, qui sont

à la bibliothèque de Valenciennes; ils proviennent de la bibliothèque des ducs de Croy, qui avaient aussi un théâtre en leur château de l'Ermitage, près Condé; le maréchal duc de Croy avait écrit le recueil des mises en scène de son théâtre.

Chez Mme de Morville jouaient le comte de Tressan, qui fut l'ami de Lesage à Boulogne-sur-Mer, et le traducteur en moderne des romans du moyen âge; le marquis d'Armenonville, le marquis de Ximenès, le marquis de Surgères.

En hiver, la troupe se retrouvait et jouait à Pantin deux fois par semaine.

Au répertoire, c'étaient L'Ecole du monde, du marquis de Surgère Le Confiant, La Maison culbutée, Le Prince Pot à Thé, ballet du comte de Caylus (1740) ; Comment l'Esprit vient aux Filles; Le Bal de l'Opéra, de M. de Bombarde.

Le comte de Tressan a porté ce témoignage en faveur de ses camarades de scène et de leur ordonnateur :

« Ceux qui restent de la société de feu M. le marquis de Morville doivent en conserver le souvenir le plus tendre. Peu de gens ont réuni comme lui les vertus les plus épurées, la justesse et la clarté de l'esprit, le savoir, l'érudition la mieux choisie, et une douceur de mœurs inaltérable; j'étais ami de ses sœurs, de ses enfants; j'ai passé quinze des plus belles années de ma vie dans cette société que j'ai sans cesse regrettée, sans espérance de retrouver le ton, la sûreté, les connaissances qui l'animaient. »

J'ai nommé de Croy. A L'Ermitage, prèsCondé, le duc de Croy avait une jolie salle de spectacle avec un fond qui s'ouvrait sur la forêt, et qui, à certains jouis, offrait une décoration naturelle

que mutes les merveilles de l'Opéra n'auraient su présenter.

La troupe se composait du prince et de la prinse de Sobre, son fils aîné et sa bru; du duc d'J Livre, son hls puîné, et de la duchesse; de M. de Montigny, père du colonel de la garde nationale de Lille; de M"1' de Montigny, de M. et de M"- de- Colins, de M. de Rheims, de M"' Mallet. On y donnait « les pièces en vogue >>, comme Le Siège de Calais de Du Belloy, représenté en mai 17

M"" de Rochetort donnait aussi la comédie au Luxembourg. Dans La Petite Maison du Président Hesnault, elle paraissait habillée en homme; c'était un piment de plus. Elle était l'amie du duc de Nivernais dont elle jouait les pièces devant ses invites : Maurepas, d'Ussé, Bernis, Cossé Brissac, M""~ de Boisgelin et de Cambis, le baron de Gleichen, M " Lecomte, la jolie maîtresse de Watelet, qui la conduisit à Rome, où elle fut brillamment reçue.

rhéâtre aussi chez la comtesse d'Amblimont, où Bachaumont raconte qu'il se passa ce trait plaisant. ( >n rit beaucoup à la Cour d'une plaisanterie que s'est permise M. le duc de Choiseul envers M. TÉvêque d'Orléans à un spectacle particulier que donnait chez elle M la comtesse d'Amblimont. Outre ce ministre et autres seigneurs de la plus grande distinction, i! y avait plusieurs prélats.

Avant la comédie M. le duc de Choiseul avait prévenu quelques actrices. Deux s'étaient pourvues d'habits d'abbé; elles se présentèrent dans cet accoutrement à M. de Jarente (ce prélat tenait la feuille des bénéfices). Ceux-ci par leur figure intéressante, attirèrent son attention; ils lui adressèrent leur petit compliment, se donnèrent pour de jeunes candidats qui voulaient se consacrer au service des autels, se renommèrent de la protection et même de la parenté de M. de Choiseul, qui n'était pas loin et vint appuyer leurs hommages et leurs demandes. Le cœur de l'évêque d'Orléans s'attendrit; il promit des merveilles, et, par une faveur insigne, ne put se refuser à donner l'accolade à ces deux ecclésiastiques. Quelle surprise pour le prélat, lorsque, pendant le spectacle, il entrevit sur le théâtre des figures qui ressemblaient beaucoup à celles qu'il avait embrassées. Son embarras s'accrut par une petite parade où il fut obligé de se reconnaître. On y peignait adroitement son aventure. Enfin des couplets charmants le mirent absolument au fait. Il se prêta de la meilleure grâce à la raillerie. »

Le comte d'Artois avait chez lui deux Théâtres fameux.

La Popelinière, le grand financier, fermier général célèbre et par son luxe et par les relations de sa femme avec le maréchal de Richelieu, et par sa cheminée, auteur du licencieux ouvrage Tableaux des Mœurs du Temps, avait un théâtre dans son château de Passy; on y jouait ses œuvres. On l'a oublié aujourd'hui, mais ce qu'on se rappelle tou-

jours, c'est l'aventure épique de la Cheminée qui l'a immortalisé (i).

Chez M. de Meulan fui donnée une des plus jolies fêtes pastorales ; l'idée était de Panard et Colle. Elle tut redemandée a Saint-Cloud par le duc d'Orléans. C'était « pour le bouquet de M" de Meulan .et cela s'appelait La Foire du Parnasse. ('.était dans le parc, une véritable foire i .

Dans les ailes de cette foire étaient deux préaux formés dans deux bosquets : dans l'un était figurée une loge de danseurs de corde avec une galerie en dehors de la loge sur laquelle on joua une parade: dans l'autre préau on avait dressé une tente, dans laquelle on promettait de faire voir le grand Turc dans son sérail. Il y avait effectivement dans cette tente un domestique habillé magnifiquement en Turc; il était assis sur une estrade, les jambes croisées, et à chacun de ses cotés, six têtes à perruques, habillées plus grotesquement les unes que les autres.

C'était un théâtre de famille.

On jouait pour les enfants et avec eux.

Mais voici un original.

Le baron de Thiers, tils du fameux banquier Crozat dont le comte d'Evreux demanda en mariage, puis refusa la fille, malgré ses trente millions, habitait le somptueux château de Tugny. près Rethel-Mazarin, où il recevait à la fois plusieurs centaines d'invités. Il y avait spectacle trois

■ i en donne une ample description.

fois la semaine. Les acteurs étaient les invites, les vassaux et les valets. On dressait les payans à jouer et à figurer, et ils recevaient six sols par répétition. Les indigènes de Rethel étaient admis au parterre, tout heureux de l'aubaine. Un jour dans Zaïre, Orosmane manqua son entrée. On murmura. M. de Thiers, de sa loge, dit :

« Excusez Orosmane. C'est mon cuisinier, il est allé faire un tour à ses rôtis. »

L'éclat de ces réceptions s'accrut après le mariage du maître de céans avec MUe de Montmorency, le plus pur sang de la vieille noblesse. L'aristocratie avait jeté les hauts cris à la nouvelle de cette mésalliance, et la fiancée avait répondu :

« Je n'ai que 6.000 francs de revenu; je n'ai pas envie de me faire religieuse; dans le monde, pour vivre honorablement, il me faut 20.000 livres par an; faites la somme, et je renonce à mon mariage. »

On ne dit plus mot, et MUe de Montmorency devint Mme de Thiers. Elle eut un château neuf et superbe, un domaine immense, un personnel nombreux. Ce fut le splendide cadeau dont le mari fit délicatement la surprise à sa femme. Et l'on joua la comédie de plus belle.

M. de Magnanville, garde du Trésor Royal, qui passait l'été à La Chevrette près Paris, y organisa un théâtre, qui de 1768 à 1772 fit les beaux jours de la région et passa pour le modèle du genre. Le maître de céans écrivait, composait, jouait, dirigeait. Les Orphelines en trois actes attirèrent plus

de deux cents carrosses à la grille. <)n donnait le plus souvent les œuvres du chevalier de < lhastellux, les Amants Portugais <»u bien Les Prétentions, <>u bien son adaptation de Roméo et Juliette, avec une troupe qui comptait parmi ses étoiles la marquise de Gléon. M'Tde Savalette, Mmo de Pernan.

Vers i -5o, \Bagatelle appartenait à la marquise de Mauconseir, l'amie du maréchal de Richelieu. Klle y avait un théâtre, sur lequel Favart jouait ses œuvres, avec sa femme. Quand le maréchal de Richelieu revenait de campagne, la marquise organisait en son honneur de grandes fêtes, dont les programmes figuraient au catalogue de Soleinne, qui en posséda les manuscrits : Le Caje, Le Mariage par Escalade de Favart. avec divertissement et ballets.

La princesse d'Egmont, fille du maréchal, fut malade, et guérit; ce fut l'occasion d'une nouvelle fête, avec un prologue qui avait pour décor le Palais de Mélisse, dont un seul a la clé, et on chantait ces vers qui font un joli portrait du maréchal duc de Richelieu :

Il faut que ce guerrier rassemble

mpatibles qualités :

\ son ii' 'in seul de tous côtés 11 faut qu'on s'attendrisse et tremble; Qu'il suit volage, mais constant, Superbe, allier, doux et galant, Pourfendant Géants et Pua

Qu'il serve l'amour en tout lieu Et qu'il lui dérobe ses ailes.

L'amour, sortant d'un buisson, s'écrie : Je l'ai trouvé, c'est Richelieu!

Le ton de la maison était vif et assez haut monté; on s'en douterait aux titres des Vaudevilles qu'on v produisit : L'Amant Jarretière. Colin l'a baisée, La Glacière, L'Amant Horloge.

La troupe était un mélange de professionnels et d'amateurs : la princesse d'Egmont, l'acteur Préville, Mme Favart, le libraire Cailleau, dont Pigault- Lebrun a fait un portrait dans L'Enfant du Carnaval.

Dans la salle, autour de la marquise de Mauconseil, sa fille, la princesse d'Henin, dame du palais de Marie-Antoinette, ses amies, la maréchale duchesse de Luxembourg, Mme Bertin, la femme du fameux trésorier, et nombre d'autres très riches dames composaient l'assemblée.

A Bagatelle eurent lieu aussi les fêtes organisées par MUe de Charolais, qui se fit peindre en cordelier, et Voltaire s'écria :

Frère Ange de Charolaif, Dis-nous par quelle aventure Le cordon de Saint François Sert a Vénus de ceinture?

On jouait la Comédie, dans l'arrière-saison, en Touraine, au château du marquis de Paulmy d'Argenson, qui réunissait une société élégante et cultivée, et qui rédigea un manuel à l'usage des Comédiens Amateurs sous ce titre :

Étrennes aux Sociétés qui font leur amuseme.it de jouer la comédie, ou Catalogue raisonné

et instructif de toutes les tragédies, comédies des théâtres français et italien, actes d'opéra, opéras comiques, pièces à ariettes et proverbes, qui peuvent facilement -se représenter sur les théâtres particuliers I782 . 8

M. de Maurepas donnait des soirées dramatiques très recherchées, sous Louis XVI. Il composait lui-même des parades fort plaisantes qu'interprétait M. Gui de Miromesnil. garde des sceaux, le Scapin le plus comique qu'on pût voir, le Dugazon de la troupe. On l'en plaisantait.

Fleury raconte dans ses Mémoires, qu'un soir, à la suite de la représentation d'une parade ou d'un proverbe chez M. de Maurepas, M. de Miromesnil avant été fort applaudi dans un rôle d'ivrogne, excepté par M. de Vaudreuil, on demanda à ce dernier le motif de son abstention; il répondit que cette ivresse était contraire aux principes. Comme on se récria sur ce mot principes. M. de Vaudreuil posa cet axiome : M. de Miromesnil cherche à chanceler, les vrais ivrognes cherchent à se retenir; M. de Miromesnil veut perdre l'équilibre, et le buveur qui va tomber, veut le conserver. Et il développa cette théorie si pertinemment et si comiquement que les auditeurs s'amusèrent autant à ce commentaire qu'à la représentation de la pièce même.

C'était le temps où le type de Janot avait la vogue. En 1779, on joua un nombre incalculable de

fois la parade de Dorvigny, Janot ou les Battus payent l'amende; il y eut des imitations : Jeannette ou les Battus ne payent pas toujours l'amende, par Beaunoir, 1782: Janot au Salon, la Nuit de Janot, Janot tout seul, par Simonin.

Une diatribe violente parut, dirigée contre le garde des sceaux, et intitulée :

Très Humbles remontrances de Guillaume Nicodème Yolanges, dit Jeannot, acteur des Variétés amusantes, à MV de Miromesnil garde des sceaux de France. 1 -83.

A Passy, la comtesse de Provence, la femme du futur Louis XVIII, est-elle en convalescence à La Muette? Sa voisine la duchesse de Valentinois lui offre le spectacle, qu'elle charge Favartet l'abbé Voisenon d'organiser.

On voit une belle rose fraîche, « épanouie et dont vous sentez d'ici l'odeur admirable ». Le furieux Borée paraît; il danse, flétrit la rose, il est prêt à la faire expirer. Vénus tombe des nues, chasse Borée, ranime la rose, la rend plus belle que jamais; et, sur cela, tous les paysans de Passy prennent le parti d'entrer dans le régiment de Provence.

La duchesse de Villeroy, la grande amie et protectrice de la Clairon, avait un théâtre où Fleurv jouait en 1780; on y cultivait le genre élevé, les pièces de grand trottoir: le Roi de Danemark y vint; on y donna la primeur de L'Honnête Criminel, le drame de Fenouillot Falbert.

Ou encore, aux Pressoirs, avec le concours de

quelques personnes de leur société, et après avoir pris un certain nombre de leçons de M"e Clairon,

qui vint tout expies pour les former dans l'art Je la déclamation, M,lM de Castellane voulurent donner a M. de Penthièvre le divertissement du spectacle. Le duc lui-même présidait la réunion avec le jeune prince de Lamballe, qui déclamait parfaitement », et l'on joua quelques tragédies de Corneille. Instruit du talent avec lequel ces pièces étaient jouées, Louis XV, qui était alors à Fontainebleau, voulut même applaudir leurs interprètes, ci il assista à la représentation de Rodogune.

Comédie chez le financier Bertin, dans la villa qu'il avait achetée pour la Contât; chez le maréchal de Richelieu, où fut donnée pour la première lois en 1762 l'opérette Annette et Lubin; chez M. d'Epinav, chez M"10 Dupin, à Chenonceau ; chez le comte de Rohault, à Auteuil.

Le duc de Penthièvre. dans ce fameux château de Sceaux qu'il occupa en 1775, et où nous verrons que la duchesse du Maine avait mis déjà l'éclat et l'illumination de ses Grandes Nuits, avait aussi un théâtre dont Florian était le fournisseur attitré; c'est pour lui qu'il écrivit ces Arlequinades où il a renouvelé le type de la Comédie Italienne, et il l'a assez ennobli pour qu'on ait pu penser que son protecteur Penthièvre fut s. m modèle. Et il le fut effectivement (1) dans Le Bon Père ou la Suite du Bun ménage.

\ Cf. Léo Claretie, Florian, l'homme cl l'écrivain, p. ?q sq.

Florian était l'un de* premiers rôles du Théâtre d'Argental. C'était chez le comte d'Argental que le chevalier de Florian jouait le plus souvent la c tmédie de Société. Il avait été facile à un élève de Voltaire d'obtenir l'amitié d'un vieillard qui vivait pour aimer, pour obliger et pour défendre son illustre ami. Aussi Florian fut-il longtemps imprésario et jeune premier à l'hôtel du quai d'Orsay.

La Harpe et Florian écrivaient; Mme de Vimeux jouait le rôle d'Argentine; et dans la salle se pressaient les nombreux amis : d'Alembert, Diderot, l'abbé Trublet, Duclos, Maurepas, Hesnault, Rulhière, les abbés de Bernis, de Voisenon, Richelieu, Pont de Veyle, et, plus tard, des noms plus tristement célèbres, des futures victimes: Rabaud Saint-Etienne, que l'échafaud attendait en 93, Boissy d'Anglas, qui put y échapper.

Chez Monsieur, à Brunoy, des acteurs de la Comédie Française, mêlés à des amateurs, jouaient les pièces du goût le plus scabreux. Le roi se repentit d'être venu là un soir, et deux dames sortirent scandalisées.

Il était défendu à la famille et à l'entourage du prince d'accepter aucun rôle.

Monsieur avait acheté cette terre au fameux marquis de Brunoy. célèbre par ses extravagances, qui rit jeter des tonneaux d'encre dans la rivière de son parc, pour le deuil de sa femme, et dont les fantastiques inventions nous sont contées dans les deux petits volumes, Les Folies du marquis de Brunoy.

Chalgrin, architecte de Monsieur, édifia le théâtre.

Les l'êtes d'automne étaient censées se passer entre hommes. On y jouait les pièces les plus libres. îl n'y venait que des tilles. On donnait L'Amant Statue yCassandre Astrologue, Le galant Escroc, Isabelle grosse par vertu, etc. On appelait tout cela le Répertoire de la jeune Reine Marie Lec^inska, parce que celle ci aimait les grivoiseries. Elle eût été servie à point nommé.

Dans cette multitude de théâtres privés qui pullulent alors, cinq ou six furent particulièrement importants et méritent d'être regardes à part : le Théâtre des Petits Cabinets, le Théâtre de la petite Duchesse du Maine, Trianon, le Théâtre du duc d'Orléans , celui du comte de Clermont, celui ou ceux de Voltaire. Faisons cette excursion circulaire autour des tréteaux princiers.

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