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LES THEATRES DU DUC D'ORLEANS

Le duc d'Orléans. — Collé et Laujon. — La Salle dg faul Saint-Martin, — La salle de la rue Cadet. — La Duchesse d'Orléans se gratte. — Léandre Etalon. — Les doubles. - Le style poissard.— Théâtre de Bagnolet. — Théâtre du faubourg du Roule. — Marquise. — Une parade. — L'abbé à la guinguette. — Collé et l'Académie. — La Partie Je Chasse de Henri IV. — La Tête à Perruque. — La Fête de Marquise. — Théâtre à Villers- Cotterets. — M"" de Montesson. — Le dîner de Saurin. — Théâtre de la rue d'Antin. — Le sifflet de l'invité. — Les théâtres du Comte de Clermont. — Le Comte de Clermont. — Théâtre de la rue de la Roquette. — Théâtre de llerny.

Allons de ce pas chez d'Orléans, un des plus fameux amateurs du xvm" siècle. Le duc d'Orléans était le petit-fils du Régent.

Il avait épousé Henriette de Bourbon Conti. Elle était tille du prince Armand de Conti et de M11, de Blois; elle défraya les Ana et les sottisiers de son temps, lit et dit cent folies, et mourut en riant aux éclats, et en donnant à la marquise de Polignac une chanson obscène de dix-sept couplets qui furent ses ultima verba.

Quant au duc, c'était une bonne pâte d'homme

sensible et naïf. Le baron de Buzenval Ta vu pleurer de ce qu'il n'avait pas de vrais amis, et Collé rima la chose.

Il aima fort le théâtre, eut plusieurs scènes à lui, et fit travailler spécialement pour ses menus plaisirs dramatiques le chansonnier Collé et le poète Laujon, ses auteurs à gages. Il jouait volontiers luimême.

Le prince, né bonhomme et naïf, réussissait dans les rôles où il fallait du naturel, Fortis des Dehors trompeurs, ou Fruport de L'Ecossaise. « Il jouait, dit Mercier, avec facilité et rondeur. »

Les autres acteurs étaient le vicomte de Gand, M. de Ségur, le comte d'Ornesan, la comtesse de La Marck, la marquise de Crest.

En janvier 1754, le duc d'Orléans acheta une petite maison, faubourg Saint-Martin, vis-à-vis la porte de la Foire Saint-Laurent. Il y fit construire un théâtre qui ne fut achevé qu'en mars. M. Pierre, premier peintre du duc, en fit les plans. Il en avait un aussi rue Cadet, qui servit en attendant que celui du faubourg fût achevé.

Ce dernier fut inauguré le 4 mars avec Isabelle Précepteur. Les rôles furent mal sus. Mais la Gaussin sauva la mise, et les peintures neuves furent trouvées « charmantes ». Le succès fut pour des couplets de Collé sur le dix-septième jour de la petite vérole de la duchesse d'Orléans, hors de danger depuis le neuvième jour, mais elle se grattait beaucoup et s'arrachait tant qu'elle pouvait : on chansonna cette gratterie. On riait de tout, en vérité.

Le | avril i~xf. on joue Wicaise; le duc ne saii pas son rôle; la Gaussin, la Fovel soni divines; M. Danezan esi froid; MM. de Montauban, le vicomte de l.a Tour du Pin, Saint-Martin ont de petits rôles de garçons de la noce. Collé, au lever du rideau, s'est avancé tout tremblant, vêtu en beau Nicolas, et a lu un boniment.

La parade Léandre Etalon lit long feu, bien qu'elle ne tut pas moins inconvenante que Nicaise.

Le duc d'Orléans rit et chanta des annonces, dont l'une allude à un curieux divertissement qui tir alors fureur chez les dames : il consistait à creuser un navet, à y mettre un oignon de jacinthe avec de l'eau : la jacinthe poussait des fleurs, et le navet étalait ses feuilles au dehors. Cette mode fut une ère, une hégire; on data : L'An III des Navets. Le duc d'Orléans chanta sur son théâtre :

Pour faire un bouquet a Climène,

J'apprends que le printemps ramène I !<>ns que Flore réservait; Car présenter une jacinthe I cul trempé dans un navet.

C'est la nature trop contrainte.

La vogue allait surtout aux parades en style poissard et amphigourique, dont Collé fut un des propagandistes. Il en a fait un traité.

Un document assez important, publié dans les J\v\jdes inédites (i , et fort instructif, est la Magnière de Discours approfondi superficiellement

r Hambourg, 181

de l'origine originale et cocasse de la Nature Dénaturée de la Parade par Collé. C'est la théorie et l'application dans toute leur naïve bêtise et leur impudeur.

Collé prenait lui-même le béguin de Gilles pour débiter ses parades et chanter ses vaudevilles, soit au théâtre du faubourg Saint-Martin, soit au château de Bagnolet où le duc et la duchesse avaient aussi théâtre. On y donna la drôlerie de Targifiasque en 1754 devant la duchesse d'Orléans et les dames de sa. Cour (1).

Nous avons déjà vu le théâtre de la rue Cadet, celui du faubourg Saint-Martin, celui de Bagnolet, tous au duc d'Orléans. Il en avait un autre encore, au faubourg du Roule. Il fut inauguré le 7 février 173 5. La salle, construite et peinte par les ordres et sur les plans de M. Pierre, son premier peintre, imitait la ruine d'un amphithéâtre romain.

« C'est un cadre trop noble, disait-on, pour le genre de vaudevilles qui y figurera.

— C'est taillé trop dans le grand. »

Et M. Pierre répondait :

« J'ai travaillé pour mon maître, et non poulies farces qui viendront là. »

C'est égal, à en juger par le programme de la soirée d'ouverture, il dut être plaisant de voir jouer dans ce Colisée Nicaise et L'Amant Poussif et le Prologue chanté par quatre Gilles béquillards 2).

En mars 1755 Collé s'alarme; le duc d'Orléans

(1) Collé.

(2) Colle, février 1755.

est " un peu refroidi sur le plaisir de jouer la comédie .

Il va arrêt. Ce n'est pas pour Longtemps. Le duc,

veut, a pris une maîtresse qui remet en honneur le petit théâtre. C'est Marquise.

M"'' Le Marquis, par des fortunes diverses, fut d'abord écaillère d'huîtres, puis danseuse aux Italiens de 1764 à 1769, puis maîtresse du marquis de Villerov, qui la céda au duc. Son hôtel porte aujourd'hui le numéro 27 de la rue de Grammont. Le duc raffola d'elle ei le théâtre repartit. Elle aima à la fureur la comédie, et Collé note sur ses calepins, en poète pratique :

« Je tacherai de tirer parti de cette circonstance pour [n'attacher à d'Orléans. »

Le mois suivant, le duc a fait faire pour Marquise un théâtre neuf à Bagnolet. On l'inaugura le jour Ai- Noël 1759. Les premiers spectacles furent Les Deux Gilles, Le Remède à la Mode, Joconde, comédie de Collé, où le duc joua Biaise et eut des absences de mémoire. Marquise eut du naturel et de la finesse. Collé observe :

« Cette petite créature a vraiment du talent pour jouer la comédie; et si elle le cultivait et y était forcée par la nécessité, j'imagine qu'elle pourrait devenir un joui" une excellente suivante ; mais malheureusement sa jolie figure et la fortune qu'elle fait avec M. le duc d'Orléans, lui firent enfouir ce talent-là » fév. 1760).

Le vicomte de La Tour du Pin enrichit son rôle de quelques improvisations qui tirent rire; M. de

La Vaupalière, M"'c Drouin furent appréciés. Collé est perplexe sur le succès de son œuvre.

A-t-elle réussi? Il le lui semble, mais il ajoute sagement :

« Les auteurs sont comme les cocus', ils sont toujours les derniers à apprendre leur histoire. »

Et l'on jouait, et Ton chantait; il fallait des pièces à couplets; c'était la vogue. On ne voulait que canons à quatre ou huit, ariettes, vocalises, flonflons, fredons, doubles: Lesage s'en moque dansLe Monde renversé.

La gale des pièces à ariettes sévissait, selon le mot de Collé. Et les parades amphigouriques et poissardes faisaient florès. En voulez-vous voir une? Entrons à Bagnolet le premier mai 1760. Une guinguette est établie sous* des feuillages, les tables sont occupées par des consommateurs et des dames peu prudes. Collé, l'auteur, gémit bien un peu de ce que « M"'- Marquise a voulu aller à l'épargne »; il manque sept ou huit violons, une dizaine de figurants, et nombre de quinquets; les costumes ne sont pas assez variés. Mais vaille que vaille, la mise en scène est pittoresque, et l'on s'amuse de ce tableau de taverne avec chœur des clients en canon à huit :

Point tant d'étalage, Sers-nous du fromage; lié. garçon ! lie, garçi m !

Du fromage, du fromag Ou bien du jambon, Et buvons du bon.

Laujon fait Ramponneau, et Marquise fait sa fille, M"' Ramponneau, qui chante des louanges au duc d'Orléans. Puis Colle, poète de guinguette, se fait prier pour lire à l'assemblée le contenu de quelques feuillets epars sur sa table devant lui; et je vous épargne ce qui avait le don de dérider ces seigneuriales assistances, et celles-ci n'étaient ni fort délicates ni fort difficiles, à en juger par ces billevesées fades dont on régalait leurs oreilles (i).

Alors vint la parade, et celle-ci fut plus plaisante.

Une rille et un abbé sont assis à une des tables delà guinguette devant un plat de crème, des biscuits et des fruits. A côté, un seau à rafraîchir le vin. Les autres tables sont toutes occupées. Arrive un garçon coiffeur; il porte un tabouret à la main, va de droite à gauche pour trouver une place vacante, et finit par s'asseoir auprès de l'abbé et de Tonton :

— Monsieur l'abbé veut-il bien permettre?

(Il s'attable à côté d'eux.

l'abbé.

Comment, monsieur? Que nous voulez-vous?

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