PAR
( J. F. a") auguste BOULLAND , D. M. P. ,
AUTEUR DE l'essai d'UISTOIRE UNIVERSELLE, EX-RÉDACTEUR EN CHEF
DE l'ancien EUROPÉEN, ETC.
DEBÉœURT, LIBRAIRE-ÉDITEUR,
RDB DES SAINTS-PÈKES , 69.
DES
Le travail que nous publions en ce moment a pour but de donner un moyen de rattacher les histoires particulières de tous les peuples au grand mouvement de Thumanité , en leur assignant leur place et en reconnaissant leur i;ôle dans cette grande unité , qui , partie d'une seule origine divine, tend à un seul but divin.
Afin de ne pas embarrasser cette démonstra-
1 EfTRODUCTIO.^.
tien de détails mutiles , et de la rendre le plus lucide possible aux yeux de tous , nous nous sommes borné à énoncer les résultats des transformations morales des sociétés , quant à l'état des individus* Nous n'avons donné, de temps en temps, quelques exemples nécessaires sur les . dogmes , les arts ou les sciences , que pour faire comprendre leur lien avec la grande unité morale qui domine l'espèce , et pour montrer comment ils concourent à la réalisation de ses tendancés. La connaissance des rapports des hommes entre eux , rapports qui découlent de la forme que prend la loi morale , c'est-à-dire de la formule du sacrifice , et la succession des diverses transformations par lesquelles ces rapports ont passé pour amener l'état social dans lequel nous sommes et pour nous pousser vers un état social à venir, sont donc notre but particulier.
C'est la première partie complémentaire d'un Exposé des traditions de' tous les peuples que nous avons déjà publié.
Mais , avant d'entrer dans la narration suivie de ces faits si bien liés entre eux , nous croyons nécessaire do donner quelques explications sur des principes mis en doute par beaucoup de personnes aujourd'hui. Nous voulons parler de la révélation, et du caractère des doctrines morales
qui en dérivent nécessairement , et qiii ne peuvent venir que d'elle.
Toute doctrine morale , quelle qu'elle soit, est toujours, une idée de rapports entre des êtres , basée sur la connaissance du bien et du mal ; ou , en d'autres termes, une création spirituelle, imposant des devoirs et accordant des droits qui n'existaient pas antérieurement.
Si l'on prend la doctrine morale la plus élevée de toutes , la loi religieuse , de laquelle , ainsi que nous le ferons voir, découlent toutes les autres, on trouvera qu'elle consiste toujours dans le rapport de l'homme avec Dieu , avec le monde que Dieu a créé , et avec les autres hommes.
Cette loi, qui fixe les rapports de l'homme avec Dieu et le mondé , ne peut nécessairement venir que de Dieu ; car nul ne peut connaître le plan et le but de l'œuvre divine que Dieu luimême , qui les a conçus : nul que lui ne peut donc assigner à l'homme sa fonction temporaire dans l'œuvre éternelle. L'homme, en effet , ne saurait connaître de cette œuvre que la partie dans laquelle il vit : la réalité de l'ensemble des mondes auquel appartient cette partie , dans le même temps, échappe aussi complètement à l'esprit humain , qui n'en saisit que l'apparence.
Le Verbe de Dieu , communiquant avec l'esprit
enfermé dans un corps humain , peut donc seul donner la doctrine morale qui doit fixer les rapports de devoirs envers Dieu et de droits sur le monde , et par là indiquer à Thomme Tacte de sacriflce à exécuter dans le temps pour Faccomplissement de la volonté divine.
Si cela est vrai , il sera vrai aussi que Tidée de cette double relation ne peut venir à l'homme par aucune autre voie que celle du Verbe divin.
En effet, si la morale n'était pas révélée à l'homme, il faudrait qu'il l'inventât lui-même par le fait d'un sentiment et d'un raisonnement venus de son individualité. Mais l'homme individuel, qui n'a pas reçu dans son isolement l'idée d'un rapport moral , ne connaît d'autres relations que celles qui s'opèrent sous lé mobile de ses instincts et de ses besoins matériels : il n'a de base à ses raisonnemens que son intérêt personnel de conservation et de jouissance : il n'a de but à ses actes que la satisfaction de ses besoins, et la lutte antagoniste contre toute activité qui s'oppose à cette satisfaction.
L'homme , établissant de ce point de vue persoimel son rapport avec Dieu et avec le monde (eu supposant qu'il puisse avoir ces deux idées sans révélation) , se constituerait comme ayant un droit absolu vis-à-vis de l'un et de l'autre , et
comme n'ayant aucun devoir à accomplir. Le devoir, en effet, est un sacrifice ; et il n'y a jamais aucun motif pour que Tégoïsme se sacrifie , c'està-dire pour qu'il dompte son besoin au profit d'un autre être et à ses propres dépens. Ainsi l'homme , créature de Dieu , imposerait à Dieu des conditions de relations , et se constituerait maître de l'œuvre divine pour l'exploiter à son profit, sans reconnaître l'obéissance qu'il doit a Dieu. L''homme serait non seulement plus que le monde , il serait plus que Dieu : ce qui serait absurde.
D'un autre côté, les relations de cet individu avec ses semblables seraient odieuses , sans possibilité d*amendement. Une brutalité, dont il est difficile aujourd'hui de se faire une idée, lui servirait à s'approprier la chair ou la force des autres hommes , et amènerait une division perpétuelle entre lui et ses antagonistes , qui soutiendraient leurs droits pei'sonnels d'intérêt et de satisfaction au moyen de la même violence. Et comme lui-même ne pourrait Içur imposer aucun devoir supérieur à eux tous , et n'aurait que la force à employer pour les soumettre , \e jour où il serait le plus faible, il serait détruit et sa doctrine anéantie avec lui. — Voilà pour la. doctrine morale, qui , au lieu d'imposer un sacrifice à l'aide
de la coQuaissance du bien et du mal , prise au point de vue divin et spirituel, ne formulerait que la reconnaissance du bien et du mal physiques , c'est-à-dire de la jouissance et de la souffrance, et ne commanderait que la satisfaction des besoins naturels, c'est-à-dire Tégoïsme.
Si , de ce même point de vue individuel , l'homme pouvait rationnellement formuler un dogme ou un système cosmique qui lui rendît compte de l'unité des rapports des choses extérieures à lui , il ne pourrait jamais prendre pour base de ce système que sa propre unité.
En supposant qu'il eût l'intuition la plus élevée qu'un homme puisse avoir sans révélation, il n'arriverait d'abord, par ce regard intérieur, qu'à saisir les rapports de se3 organes entre eux , ainsi que le jeu de leurs fonctions qui constitue la vie ; et si, dans la plus haute intensité de sa faculté intuitive , il venait à concevoir la division de l'unité de son être en âme et en corps, il ne pourrait encore que reporter cette conception sur l'ensemble du monde , et considérer l'unité de ce dernier comme formée , ainsi que lui , d'une âme qui serait Dieu, et d'un corps matériel qui serait le monde visible.
Soit qu'il s'arrêtât à la connaissance de la vie de ses organes , soit qu'il montât à la conception
de la division en âme et en corps , il ne ferait donc jamais qu'un être semblable à lui, dont Funité serait à une seule ou à deux natures, comme lui-même, qu'il appellerait Tout, Dieu ou Monde, et dont il serait partie similaire. Alors il retomberait nécessairement dans la morale égoïste dont nous venons de parler ; car, en tant qu# partie semblable de cette grande existence qu'il appellerait le Monde ou Dieu , ses besoins et ses instincts seraient nécessairement les mêmes que ceux du tout , et le bien serait la satisfaction de ces besoins , comme le mal serait l'obstacle à cette jouissance.
C'est là ce qu'on appelle le panthéisme , qui , présenté toujours sous la même formule dogmatique, et avec la même tendance au droit égoïste, n'a jamais pu créer une seule société , et a paralysé toutes celles qui avaient été mues par une révélation , et qu'il touchait de son hérésie.
Maintenant supposons encore que l'homme , de son point de vue individuel et intuitif, n'ait conçu ni doctrine morale , ni système cosmique , ni théorie pratique ; et qu'on croie possible que rimpression des phénomènes puisse l'amener à penser ces systèmes ; nous disons qu'il tombera sous le poids d'une fatalité aussi inexorable que celle qui , dans les systèmes précédens , le ferait
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