CHAPITRE V
et se renouvelant périodiquement dans les mêmes formes. Au contraire, ici, c'était le Verbe de Dieu, qui successivement venait replacer l'homme dans la voie du but , lorsqu'il se heurtait contre un obstacle moral infranchissable , et qui lui enseignait un sacrifice de plus en plus libre , comme moyen de mieux mériter, en réalisant la volonté de Dieu sur la terre.
Apparue dans les réformateurs scientifiques du seizième siècle , cette pensée , complètement nouvelle et qui ne ressemblait en rien à toutes les anciennes théories historiques, ainsi que nous venons de le dire , s'élabora successivement en passant dans d'autres mains. Puis , après avoir traversé , inconnue , des générations qui ne la comprenaient pas , elle surgit , mieux formulée et plus intelligible, du mouvement révolutionnaire qui lui communiqua son activité pratique.
Cette doctrine , fidèle à son origine , remonta chercher sa première trace, et la trouva dans l'Évangile qu'elle reconnut , en vertu de la science nouvelle dont elle était le principe , comme la dernière parole de Dieu venue dans le monde , comme le germe de tout ce qui s'était accompli depuis, et de tout ce qui devait s'accomplir encore dans l'avenir. Elle constata surtout ce dernier
39é UISTOIRE DU TROISIÈME AGE.
fait, parce qu'elle vit que Tactede sacrifice dm Fils de Dieu était le plus élevé que nous puissions concevoir, et le plus complet qui ait été présenté aux hommes , puisqu'il était absolument pur d'espérance personnelle. Et , comme elle vit , en outre, que ce sacrifice absolu qui était donné comme but d'imitation n'était pas réalisé dans la société , elle en conclut que nulle loi morale n'avait droit de se présenter pour dire : Je viens faire ce que la loi chrétienne n'a pas pu accomplir. Elle pouvait donc affirmer que toute lot qui dirait cela serait menteuse , puisque le sang de Jésus*Ghrist était encore fécond pour l'avenir.
Cette fécondité se trouve en effet dans ces grands et inaltérables principes chrétiens , qui allient si merveilleusement l'unité à la plura^ lité , en constituant leur union par une biérar^ cbie de sacrifices.
L'unité par l'amour de Dieu, l'unité par la charité, l'unité par f origine divine , sont autant de devoirs que la loi chrétienne commande comme moyens de la conservation de l'huma* nité solidaire , et de l'union des sociétés qui la forment.
A la condition qu'il se soumettra à ces devojn» cette loi accorde alofô à chaque individu le droit
de liberté morale et d'ascension dans la hiérar^^ cbie t au moyen de son dévouement de plus en plus absolu.
Le sacrifice est donc le lien de tout : il se pré* sente là sous toutes les formes , et toujours libre, et toujours tendant à se purifier de toute trace d'égoïsme.
Nous sommes donc arrivés à la vérité ; car la science qui peut placer dans l'avenir un sembla-* ble but à atteindre , et qui , à quelque terme ex* tréme qu'on la pousse » conclut toujout^ au sacri* fice le plus élevé , le plus spirituel et le pltfô ab* s^lu, est la doctrine qui doit sauver l'humanité et la mener au règne de Dieu annoncé par le Verbe,
Là devrait se terminer notre tâche ; car notre maître et notre ami» M. Bûcher, doitpuUier prochainement uu Traité de Polidque, qui est la dernière partie du Traité de Fhilosophie dont la publication est déjà avancée. Dans cet ouvrage il développera , avec la hauteur de vue qui lui est accoutumée , les moyens de résoudre toutes les questions de transformation sociale du mo^ ment.
Mais nous croirions manquer au complément de notre travail » destiné à démontrer en particulier les conditions morales des sociétés, si
nous-mêmes nous ne cherchions à indiquer les termes les plus prochains de transformation morale qui doivent présider aux nouvelles consti-r tu lions sociales.
Nous ne comprenons aujourd'hui , d'après touf ce que nous venons de dire , d'autre condition de foi pour le pouvoir que le dévouement le plus entier , l'abnégation la plus complète de sa personnalité , le sacrifice le plus absolu^ Là seulement sera la puissance plus forte que la force , plus durable que le , droit de race -, plus élevée que te plus haut trône.
Celui-là, fort de l'exemple qu'il donnera, aura le droit d'imposer la probité à ses agens quels qu'ils soient. Il aura le droit de créer une génération à laquelle la morale du sacrifice aura été enseignée comme le premier de tous les devoirs; Il aura le droit de punir l'égoïsme , et de récompenser le dévouement.
Celui-là aura des populations soumises , car il écoutera leurs plaintes , et saura , par sa propre pensée ou par ses conseillers, quel est le moyen de remédier à leurs douleurs sans troubler la hiérarchie , et dans la vue d'une transformation avenir.
Celui-là ne rejettera pas avec orgueil ou colère les plans de modifications qui surgiront des dés^