‹ Histoire des transformations religieuses et morales des peuplesChapitre 64 sur 187 · CHAPITRE IL iti · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL iti

lavait partagé sa terre , engendrèrent deux races qui , connues sous les noms de Tatars et de Mogols, qu'elles tenaient.de leurs fondateurs, devinrent des ennemies implacables.

Mais le plus grand ennemi de ces deux races , qui restèrent toujours nomades , fut le Chinois fils de Tchin , dont la qualité sédentaire annonçait un dogme en opposition directe avec celui des deux bandes errantes. Nous verrons par la suite ce qui résulta de leur lutte. Il nous suffît maintenant d'établir cette différence , qui confirme la généralité historique du premier âge.

Les Chinois à qui , dit la tradition tatare , leur père enseigna Tart de la peinture , de la sculpture et la préparation de la soie , furent , à ce qu'il paraît , la fonction hermétique de la grande colonie tatare.

Chez eux on trouve un caractère traditionnel d'histoire écrite, qui en est une forte preuve. 11 y est dit que Pouankou régna le premier après le Ciel ; et qu'après sa race il y eut les empereurs de la terre , et enfin les empereurs des hommes, qui rassemblèrent dans des murailles les hommes épars, les instruisirent et leur donnèrent les arts.

Mais Kong-Kong l'orgueilleux , le cruel et le débauché , donna un coup de corne contre le

mont sacré Pou-Tcheou, afin de produire un déluge qui brisât les liens qui attachaient le ciel à la terre. Ce fut alors que Niu-Va , la souveraine des vierges et des mères, douée d'une intelligence toute divine, combattit Kong-Kong, et, ayant rétabli le ciel , rendit la paix au monde.

On voit que c'est la grande mère , vierge et triple , qui termine le premier âge , après avoir dompté la pluralité matérielle des êtres bâtards.

En opposition à cette civilisation chinoise si bien constituée , et que nous verrons prendre un développement fort considérable par la suite , nous placerons la fin de la colonie tatare , qui alla traverser le détroit, ou plutôt l'isthme de Bering , qui unissait alors TAsie à l'Amérique, et forma aux confins septentrionaux de cette dernière terre les Groenlandais et les Esquimaux , restés encore aujourd'hui aux mœurs du premier âge.

Chez eux , le dogme du mal introduit dans le monde par la femme est conservé, ainsi qu'une tradition relative à un déluge.

Leurs prêtres ou Angekoks ont aussi une théologie assez régulière. Nous allons donner ici ce que les voyageurs ont recueilli de ces dogmes : car cela nous semble , à part le caractère local qu'ils ont pris du peuple qui les a formulés , un

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exemple assez exact des croyances générales de la fin du premier âge chez les nations inférieures.

Us disent que le premier homme sortit de la Terre, la première femme du pouce de l'homme, et de ces deux êtres le genre humain. L'homme introduisit toutes les autres choses dans le monde. La femme y fit entrer la mort , en disant de tous les enfans : il faut bien qu'ils meurent pour faire place à leur postérité.

Après bien du temps, le monde fut noyé par un déluge, et un seul homme fut sauvé des eaux. Il frappa la, terre de son bâton ; et il en sortit une femme dont les enfans repeuplèrent le monde.

A la fin des siècles , les hommes disparaîtront du monde. La terre sera déchirée et mise en pièces , puis purifiée du sang des morts par une inondation : enfin un vent séchera cette poussière bien lavée , la ramassera dans les airs , et lui donnera une belle forme. La terre alors sera toujours riante , couverte de verdure et de délices. LÈ'tre d en haut soufilera sur les hommes, et ils revivront.

On ne sait de l'Être d*en haut, ni le nom , ni la forme , ni rien de lui. Mais il y a un dieu immortel et bon , qui protège les hommes. Il a la forme d'un ours , et aussi celle d'un homme à un

-seul bras (le mutilé) : il inspire aux Ângekoks les prédictions sur les saisons : il s'appelle Torngarsuk, et habite un empire souterrain.

Au fond de la mer existe aussi une femme méchante qui y demeure dans un palais.

Il y a trois demeures où vont les âmes. La première est au ciel , au^lessus des nuages, dans les régions de la lune , où elles dansent et jouent aux boules. Elles ont leurs tentes autour d'un grand lac qui foisonne en poissons et en eiders. Lorsque ce lac déborde , il jfait pleuvoir sur la terre , qu'il inonderait s'il rompait ses digues.

La seconde demeure est sous les rochers qui limitent la terre. 11 y règne un été perpétuel , et le soleil n'y laisse jamais entrer la nuit. Les eiders , les rennes , les poissons et les phoques y sont en très grande abondance. On y mange des têtes de phoques qui se renouvellent sans cesse.

Ceux qui ont souffert de grands maux, et même la mort , à dompter des baleines et autres monstres de la mer , vont habiter ce séjour , ainsi que les femmes mortes pendant l'enfantement.

C'est là la demeure de Torngarsuk.

Le troisième lieu est le palais qu'habite au fond de la mer la méchante femme. Là elle vit dans la solitude , loin des âmes des hommes ; mais elle envoie contre elles ^ pour les poursui-

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