LOI DE LA SUBORDINATION DES ORGANES
Après la loi des corrélations organiques, vient la loi de la subordination des organes.
Une subordination démontrée soumet partout certains organes à d'autres : les organes de la /ocomotion à ceux de la digestion, les organes de Îa
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LOIS DE L'OR GANISATIGN ANIMALE. 95 circulation à ceux de la respiration, toutes les fonctions, tous les organes au système nerveux.
La circulation est partout soumise à la respiration.
La circulation est où n'est pas, selon que la respiration se fait de telle ou telle mamière. Tous les animaux à respiration circonscrite (les vertébrés, les mollusques, les crustacés, elc.) ont nécessairement une circulation. Les insectes, au contraire, n'ont pas de circulation, parce qu'ils n’ont pas une respiration circonscrite, parce qu'ils ont une respiration générale, etc. *.
La même subordination lie les organes de locomotion ou de préhension à la digestion.
| Et telle est la force de cette subordination, que l'un de ces organes semble ne pouvoir faire un progrès qui ne se trahisse par un progrès semblable dans l'autre.
Ainsi, par exemple, les animaux ruminants n'ont, en général, ni canines ni incisives à la mâchotre supérieure, et il n'y à que cinq os à leur tarse ; le chameau a des canines et même deux ou
! Vovez, ci-devant, les p. 88 et 89.
quatre incisives à la mâchoire supérieure, et déjà il a un os de plus à son farse, parce que le scaphoide n'v est pas soudé avec le cuboïde; ainsi encore les ruminants ordinaires n’ont pour tout peroné qu'un petit os articulé au bas du tibia, et les chevrotains, qui ont des canines très-développées, ont un péroné distinct et complet, ete., ete.
PHYSIOLOGIE DES ANIM. À SANG BLANC Er
Physiologie des animaux à sang blane.
Haller avait donné l'exemple de l'application de l'anatomie comparée à la physiologie. Mais cel exemple fut peu suivi.
On le voit par Bichat. Ses Recherches sur la vie et la mort sont le plus brillant résumé de la physiologie du dix-huitième siècle ; et la science s'y trouve réduite, d'une part, à l'étude de l'homme, et, de l’autre, à quelques expériences faites sur les animaux les plus voisins de l'homme.
Les travaux de M. Cuvier sur les animaux à sang blanc” ouvrent une physiologie nouvelle.
! Mémoires pour servir à l'histoire et à l'anatomie des mollusques. 1817. — Mémoire sur la manière dont la nutrition se fait
a8 ANATOMIE COMPARÉE.
Mollusques.
Parmi ces travaux, le plus important par ses résultats comme par son étendue est celui qui a pour objet les mollusques. È :
L'organisation de ces animaux, dont l'anatomie élait si peu connue avant M. Cuvier, que Lmnæus
les confondait, ainsi que nous l'avons vu‘, avec les …
polypes et les méduses, est très-compliquée.
Is ont toujours une circulation double; cette fonction est toujours aidée par un ventricule charnu, par un cœur, quelquefois par deux, quelquelois par trois. Ils ont de véritables glandes congylomérées : un foie, des glandes salivaires, etc.; plusieurs ont des veux; quelques-uns, les céphalopodes, des veux aussi compliqués que ceux des animaux vertébrés; ces mêmes céphalopodes (le poulpe, la seiche, etc.) ont un organe de l'ouïe, un cerveau entouré d'une boîte cartilagineuse parti-
culière, etc.
Les travaux de À. Cuvier ont donné, pour la
dans les insectes. 1799. — Mémoire sur les vers à sang rouge. dans lequel l’auteur réunit ces vers en une classe distincte. 1802. — Mémoire sur l'organisation de la méduse. 1800.
{ Ci-devant, p. 29.
n * Le © :
première fois, une idée des modifications remar-
quables qu ‘éprouvent les organes et les fonctions
dans l'embranchement des mollusques.
F Le système nerveux est le même pour tous les mollusques : c'est, en effet, la forme du système nerveux qui détermine, ainsi que je l'ai déjà dit, ces
grandes et premières divisions du règne animal
que M. Cuvier nomme les embranchements.
Le mollusque est, en tout, le contre-pied de l'animal articulé, et particulièrement de l'insecte.
Tout, dans l'insecte, semble fait pour la vie de relation, pour les sens, pour les instincts, pour les mouvements.
Tout semble fait, dans le mollusque, pour la vie organique.
L'insecte se soutient et remplit son rôle dans l'économie générale de l'univers par ses merveilleuses industries, objet des études de Réaumur, de Bonnet, de De Geer; le mollusque a des instincts peu développés, 1l a peu d'industrie, il ne se détend et ne se soutient que par la ténacité de sa vie.
Et toutes ces différences de structure générale. d'instincts, d'habitudes, etc., que donne l'observation, la comparaison directe des systèmes ner-
veux de l'insecte et du mollusque aurait pu les donner à priori. + |
Le système nerveux de l'insecte est surtout un systéme nerveux des sens et des mouvements. Le système nerveux du mollusque est surtout un système nerveux des viscères.
Dans linsecte, un premier ganglion, placé audessus de l’œsophage, représente le cerveau.
D'autres ganglions, placés au-dessous du canal diseslif, et régnant, d'espace en espace, le long d'un double cordon nerveux, représentent la moelle épinière.
Dans le mollusque, 11 n'y a pont de moelle épinière. À l'exception du ganglion supérieur ou cerveau, et d'un ou deux autres, dont la position est constante, les divers ganglions sont dispersés en différents points du corps et mêlés parmi les viscères.
En un mot, si l’on se règle par les viscères, par la circulation, par les sécrétions, etc., le mollusque a l'avantage sur l'insecte et prend rang après l’animal vertébré; et, si l’on se règle, au contraire, par le système nerveux, par les sens, par les instincts, etc., l'insecte vient après l'animal vertébré et se place avant Îc mollusque.
Sous un système nerveux qui seul ne varie pas, du moins dans sa forme générale, les mollusques offrent toutes les sortes de digestion, de génération, etc. : une respiration tantôt aquatique, tantôt aérienne; des organes respiratoires placés, tour à tour, sur presque toutes les parties du corps, etc., etc.
La respiration se fait tantôt par des poumons, tantôt par des branchies plactes à l'extérieur, tantôt par des branchies renfermées dans une cavité, dans un sac, etc.
Les céphalopodes (les poulpes, les seiches, les calmars, etc.) ont leurs branchies renfermées dans un sac.
Plusieurs gastéropodes ont des poumons (le colimacon, la limace, la parmacelle, etc.); d’autres ont des branchies (les tritonies, les doris, les phyllidies, les patelles, etc.). Et ces branchies prennent, tour à tour, les positions les plus va-
riées : les tritonies, les thétys, etc., les ont ran-
gées sur deux lignes tout le long du dos; les doris les ont rangées en cercle autour de l'anus, etc.
Tous les acéphales respirent par des branchies. Dans l'huître, dans la moule d'étang. etc.
les branchies forment quatre feuillets dis- Hncts, etc., etc.
La circulation offre des modifications plus remarquables encore.
Les céphalopodes ont trois cœurs : un aortique, et deux pulmonaires; et ces trois cœurs sont séparés l’un de l’autre : l'aortique est placé sur la hgne médiane du corps, et chacun des cœurs pulmonaires à la base de chaque branchie.
Mais aucun de ces cœurs n’a d’oreillette ou de cavité veineuse : ce sont trois cavités artérielles, ou ventricules.
Les gastéropodes n'ont qu'un seul :cœur, mais complet, c’est-à-dire composé d’une oreillette et d'un ventricule. Et cette circulation des gastéropodes à cœur unique est, de tout point, l’mverse de celle des poissons. Le cœur unique des poissons reçoit le sang du corps pour le porter aux poumons", c'est un cœur pulmonaire : celui des gastéropodes, au contraire, reçoit le sang des poumons pour le porter au corps, c'est un cœur : uortique.
1 Poumons, ou plus exactement branchies; poumon est ici terme céntrique et synonyme d’organe respiratoire,
Le cœur de tous les mollusques, quand il n’v en a qu'un, est toujours aortique.
Celui de plusieurs acéphales a deux oreilleltes : celui des ptéropodes n'en a qu’une comme celui des gastéropodes ; les brachiopodes ont deux cœurs
aortiques et séparés, elc., elc.
L'embranchement des mollusques offre donc autant de modifications dans les organes de Ja circulation que l'embranchement des vertébrés; de plus, cette circulation est toujours double, ce qui n’a pas lieu dans les vertébrés, où une classe entière, celle des reptiles, n'a pour circulation pulmonaire qu'une fraction de la circulation yenérale; de plus encore, quand il n y à qu'un cœur, il est toujours aortique, ce qui est l’inverse des poissons, dont le cœur unique est toujours pulmoaire; enfin, ce qui ne se voit dans aucun animal vertébré, quand il y a plusieurs cœurs, 1ls sont Loujours détachés et séparés l’un de l’autre.
L'estomac des mollusques est tantôt simple, tantôt multiple, souvent muni d'armures particulières, etc.
L'estomac du poulpe, par exemple, à un véri-
lable jabot, comme celui des oiseaux ; un véritable yésier; el ce gésier est garni de muscles presque aussi forts que celui des gallinacés, etc.
Le colimacon, Ta limace, la parmacelle, les doris, les tritonies, les phyllidies, etc., ont un estomac simple et membraneux.
Le bulime des étangs, l'onchidie, etc., ont, comme le poulpe, un estomac double, composé d’un gésier et d'un jabot. L'estomac est quadruple dans l'aplysie, ele.
Les organes de la génération ne varient pas moins que ceux de la respiration et de la digestion.
Plusieurs mollusques se fécondent eux-mêmes les acéphales\; d’autres, quoique hermaphrodites, on! besoin d’un accouplement réciproque (le limacon et la plupart des gastéropodes); beaucoup ont les sexes séparés (les céphalopodes, etc.); enfin, les uns sont vivipares ”, les autres ovipares, etc., etc,
Insectes.
J'ai déja parlé, à plusieurs reprises, du Mé-
! L'helix vivipara, Linn., etc.
moire de M. Cuvier sur la nutrition des insectes. Il mesuffit ici de le rappeler.
M. Cuvier y prouve :
° que les insectes n'ont Buint de vaisseaux san- QUINS *
% Qu'ils ne doivent point en avoir, puisque loute leur respiration est faite précisément pour se passer de circulation ;
3° Et que, n'ayant point de circulation, ils n'ont pont, non plus, d'organes sécrétoires compactes, de glandes conglomérées.
Tous les animaux qui ont une circulation ont ou peuvent avoir des glandes conglomérées, de véritables glandes.
Les mammifères, les oiseaux, elc., tous les animaux vertébrés, tous les animaux mollusques, ont
. 1 Les belles recherches de M. Carus, en lui découvrant une sortie de circulation dans certaines larves, lui ont aussi montré que cette circulation disparait à mesure que l'animal passe de l’état de larve à celui d’insecte parfait. Voici ce qu'il dit : In perfectis insectis, in quibus talis aeris respiratio in loto corpore instituta est, sanguinis circulationem pariter incompletam, quæ eorum larvis propria est, sensim prorsus cessantem, id est eo majori modo disparentem, videbimus, quo magis respiratio evolvitur. — Voyez l'ouvrage de MM. Carus et Otto : Taoulæ anatomiam comparativam illustrantes, etc., part. VI, p. 7:
des glandes conglomérées, un foie compacte, etc.
Mais, si l'on passe des mollusques aux insectes. tout à coup la structure change. Les organes sécréloires ne sont plus que de simples tubes, déliés, détachés, flottant dans l'intérieur du corps. Le foie, par exemple, ne se compose plus que des vaisseaux biliaires, dégagés de tout parenchyme; ces vaisseaux ne sont plus fixés que par des tracheées, elc.
Quelle est la raison de ce changement? Cette raison est évidente.
Quand le cœur, quand la circulation existent, le sang est porté Jusque dans les points les plus profonds des glandes.
Mais, quand il n’v a plus de circulation, comme dans les insectes, le sang ne pourrait plus être porté jusqu'aux vaisseaux propres ou sécrétoires", s'ils étaient enveloppés d’un tissu épais.
En un mot, et de même que, pour la respiraion, l'air va chercher le sang quand le sang ne va pas chercher l'air, il fallait aussi que, lorsque le sang ne peut plus être poussé jusqu'aux vaisseaux sécrétoires, Les vaisseaux sécrétoires se portassent
! Où il faut pourtant qu'il arrive, car c’est le sang qui fournit les rlériaux de toute sécrétion.
en quelque sorte vers le sang et se Rent dans ce fluide.
Et tel est, en effet, le mécanisme général de toute l’organisation des insectes : le fluide nourricier n'étant plus porté par la circulation dans les parties, toutes les parties se plongent dans le fluide nourricier et s'en imbibent.
La nutrition des insectes ne se fait donc que par imbibition.
$ Vers à sang rouge.
En se livrant à ses études sur l'anatomie des œumaux à sang blanc, M. Cuvier trouva bientôt une espèce qui le força de changer cette dénomination générale : c'était la sangsue.
La sangsue à du sang rouge, non celui qu'elle a sucé, et qui serait contenu dans le canal intestinal où 1l s'altère presque aussitôt, mais un véritable fluide nourricier, contenu dans des vaisseaux propres, el v al au moyen d'un mouvement de systole et de diastole.
Les recherches commencées sur la sungsue furent continuées sur les lombrics, les naïdes, les néréides, les aphrodites, les amphitrites, les ser. pules, etc. C’est surtout dans l'arénicole (lombric
marin de Linnæus) que M. Cuvier étudia le sysème vasculaire propre à ces animaux.
L'arénicole respire par des branchies extérieures. Ces branches se développent et deviennent rouges, puis s’affaissent et pälissent. C'est l'effet ordinaire du mécanisme respiratoire. |
Mais 101 ce n'est pont l'air, ce n'est point le sang qui vont l'un vers l’autre par un double mouvement et par des conduits différents, comme dans tous les animaux vertébrés", comme dans la plupart des mollusques, etc.
Ce n'est pas non plus l'air qui va chercher le fluide nourricier en se distribuant dans tout le corps au moyen de frachées, comme dans les insectes. |
Ici, comme dans tous les animaux qui ont les branchies libres et flottantes à l'extérieur, le fluide nourricier, le sang, est seul en mouvement : 1l va chercher l'air ou l'eau qui entoure l'animal, et il revient aux parties après avoir respiré.
Ajoutez que dans tous les animaux dont Je parle,
4 Dans les poissons, l’eau (et par suite l'ai contenu dans l’eau)
est sans cesse attirée sur les branchies par le jeu des #âchotres, de l'appareil hyoïidien et des opercules. Voyez mes Expériences sur
le mécanisme de la respiration des poissons, dans mes Mémoires
d'anatomie et de physiologie comparées, t. T, p. To. Paris, 1844.
dans tous les vers à sang rouge, aucune goutte de sang ne revient aux parties sans avoir été mise en contact avec l'air ou l’eau qui entoure l'animal, sans avoir respiré. La circulation est double ou complète.
Zooplyltes.
Un des points les plus curieux des études phvsiologiques de M. Cuvier sur les z0ophytes est ce qu'il nous à appris de la simplicité d’organisation du rhizostome”, animal qui n'a pas même de bouche.
Le rhizostome a la forme d'un champignon. La partie qui correspond au pied du champignon se termine par huit feuilles triangulaires et dentelées. À chacune de leurs dentelures est un petit trou; et il y a près de huit cents de ces petits trous. L'animal n’a point d'autre bouche.
C'est par tous ces trous qu'il suce le liquide qui le nourrit. De chacun naît, en effet, un petit vaisseau qui, réuni aux autres, en forme un grand pour chaque feuille.
Les huit vaisseaux se réunissent deux à deux, et
! Le rhizostome bleu.
les quatre vont directement à l'estomac que l’on pourrait aussi nommer le cœur, puisque, après avoir reçu, par ces quatre vaisseaux, le suc nourricier, il le distribue dans toutes les parties du corps par seize autres vaisseaux, lesquels se rendent directement à toute la circonférence du chapeau. Ces seize vaisseaux communiquent ensemble par un vaisseau Circulaire, concentrique au bord du chapeau; et tout l'intervalle entre ce vaisseau et le bord du chapeau est rempli d’un réseau vasculaire très-compliqué.