PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE
Application de l'anatomie comparée à la physiologie générale,
Riche de tant de faits que lui a fournis l’anatomie comparée, la physiologie à pris de nos jours un nouvel essor : elle ne se borne plus à l'étude de quelques espèces ; elle embrasse le règne animal entier ; elle s'attache surtout à chercher, dans les espèces dont la structure est la plus simple, la solution de ses principaux problèmes, réduits en effet dans ces espèces à leurs conditions les plus essentielles, |
Il suffira de quelques exemples pour rendre ce que je dis 1e1 plus sensible.
Loreille est un organe très - compliqué dans l’homme et dans les mammifères.
Déjà, dans les oiseaux, cette grande complication diminue; elle diminue plus encore dans les
reptiles: plus encore dans les poissons; et plus encore dans les animaux sans vertèbres qui ont une oreille.
Dans l'homme et dans les mammifères, l'oreille externe se prolonge en une sorte de pavillon, de conque; l'oreille moyenne à quatre osselets distinets, un fympan, une trompe d'Eustache, etc. ; l'oreille interne à un limaçon, un labyrinthe, etc.
Les oiseaux n'ont plus de pavillon, de conque}, les quatre osselets des mammifères y sont réduits à un, etc.; les reptiles n'ont plus de méat audilif externe, à peime s'il en est quelques-uns où saperçoive un vestise de limacon, ete.; les poissons n'ont plus ni oreille externe nt oreille moyenne, ils n'ont ni fympan, ni osselets, ni trompe d'Eustache, is n'ont. plus de limacon : Loute leur oreille se réduit au labyrinthe ; les mollusques céphalopodes, enfin, n’ont plus même de labyrinthe, c'est-à-dire de canaux semi-circulaires : toute leur oreille n'est plus qu'un sac membraneux.
Mais ce sac renferme une pulpe gélatineuse, el dans cette pulpe se rendent les rameaux du nerf
‘ Les oiseaux de nuit ont seuls une conque exléricure, et qui cependant ne fait point saillie comme celle des mammifères.
PHYSIOLOGIF GÉNÉRALE. 113
acoustique, pulpe et rameaux qui existent partout. C'est donc cette pulpe, ou plutôt ce sont les nerfs qui se rendent dans cetie pulpe, qui sont les parties essentielles de l'oreille : toutes les autres parties ne sont que des parties accessoires.
La digestion proprement dite, c’est-à-dire laction particulière de l'estomac et des intestins sur les aliments, se complique, dans l’homme et dans les animaux supérieurs, de- plusieurs fonctions auxiliaires et secondares, de la mastication, de l'action des glandes salivaires, de celle du pancréas, de celle du foie, etc. Elle se réduit dans le polype, dans le rhisostome, ete., à l'action de la cavité alimentaire ou de l'estomac.
Le mécanisme de la respiration, dans les animaux supérieurs, est très-compliqué; 11 s’y compose du jeu des narmes, de celui du larynx, de celui du thorax, etc. Dans les animaux inférieurs, qui respirent par des branchies libres el placées à l'extérieur, il suffit que l'animal soil placé dans l’eau pour que la respiration se fasse. Les squilles, par exemple, crustacés qui portent
leurs branchies à leurs pattes, n'ont besoin que de remuer ces pattes pour renouveler l'eau, et par conséquent l'air contenu dans l'eau. La respiration est plus simple encore quand l'animal n’a plus d'organe respiratoire distinct, quand il respire par sa peau, comme les lombrices, comme les nddes, parmi les annélides, comme les polypes, parmi les z00phytes.
À mesure qu on passe donc des classes supérieures aux classes inférieures, les fonctions les plus compliquées se simplifient, et leurs conditions fondamentales.se montrent : la condition fondamentale de laudition se montre dans l'action du nerf qui se rend à la pulpe du labyrinthe; celle de la digestion dans l’action de la cavité alimentaire, où de l'estomac ‘; celle de la respiration, dans l’action de l'air sur le sang, car tout mécanisme respiratoire, quelque compliqué, quelque varié qu'il soit, n’a jamais qu'un seul objet : de conduire l'un à l’autre, de mettre en rapport l'un avec l’autre, le sang et l'air.
1 Ou, plus exactement, du fluide sécrété par l'estomac, du fluide gastrique.
Symétrie des organes vitaux
Bichat, se réglant d’après ce qu'il voit dans l'homme et dans les animaux voisins de l'homme, fait une loi générale de la non-symétrie des oroanes vitaux. ;
« La plus essentielle des différences, dit-il, qui « distinguent les organes de la vie animale de ceux « de la vie organique, c'est la symétrie des uns «et l’irrégularité des autres ?. »
Bichat se trompe. La loi générale est la symétrie. À considérer l’ensemble des animaux (et depuis les travaux de M. Cuvier sur les animaux à sang blanc, c'est l’ensemble des animaux qu'il faut considérer en physiologie), les organes de la vie
1 Voyez mes Etudes sur les lois de la symétrie dans le rêgne animal (dans mes Mémoires d'anatomie et de physiologie comparées), t. I, p. 1. Paris, 1844. |
? Voyez ses Recherches sur la vie et la mort, article second.
organique ne sont pas moins soumis à la symétrie que ceux de la vie animale.
Le poumon est presque symétrique dans l'homme, dans plusieurs mammifères ; le lama, le rhinocéros, le marsouin; il l’est tout à fait dans tous les oiseaux, dans la plupart des reptiles : les chéloniens, la plupart des sauriens, tous les batraciens ; les branchies sont symétriques dans tous les poissons, dans les mollusques, dans les crustacés, dans les annélides, etc.; les trachées sont symétriques dans les insectes.
Au milieu de cette symétrie générale paraissent, il est vrai, quelques irrégularités remarquables.
Par exemple, les mollusques, qui respirent l'air en nature, n'ont qu'une cavité pulmonaire. Dans la classe des reptiles, quelques sauriens, et presque tous les ophidiens où serpents, ont un poumon très-petit par rapport à l'autre; et même, dans quelques ophidiens, le petit poumon disparaît tout à fait : 1 n'y a plus qu'un seul poumon dans ces animaux.
Parmi les vrais serpents, les boas ont le petit
poumon de moitié plus court que l'autre ; il est quatre fois plus court que l'autre dans les typhlops; 11 manque tout à fait dans les amphisbènes, dans les rouleaux, elc. Dans le bipède lépidopode, le petit poumon est de moitié plus court que l’autre : dans le bimane cannelé, le petit poumon n'est plus qu'en vestige, etc., etc
Il y a deux cas de symétrie: dans un cas, l'organe est double; il v a deux organes, et chaque organe est placé de chaque côté du corps; dans l’autre cas, l'organe est simple: 1l est placé sur la ligne médiane du corps, et se compose de deux moitiés semblables *.
Toutes les fois, par exemple, que les divers cœurs sont réunis en une seule masse, cette masse est placée sur la ligne médiane. Dans l'homme, dans les mammifères, dans les oiseaux, où les
1 C’est ce que Winslow a très-bien vu pour les os. « IL y a des « os, dit-il, qui seuls sont symétriques, c’est-à-dire qui ont une « certaine réciprocité de côté et d'autre... Ces os sont impairs el « placés dans le milieu qui distingue la partie droite du corps de là « partie gauche, Tous les autres os, pris séparément, n'ont poin‘ « de symétrie; mais chacun d'eux, pris avec celui qui lui répond « de l’autre côté, fait une figure régulière : ces os sont pairs et « placés à droite et à gauche. » (Exposition anatomique de la strurture du corps humain.) |
deux cœurs ne sont séparés que par une cloison commune, le cœur est placé sur la ligne médiane.
Dans les mollusques céphalopodes, 11 y a deux cœurs pulmonaires, et ils sont latéraux; il n'y à qu'un cœur aortique, et 1l est médian.
Dans les insectes, enfin, où 1l nv a plus, pour dernier vestige de cœur, que le vaisseau dorsal, ce vestige de cœur, ce vaisseau dorsal, est toujours placé sur la ligne médiane.
Le foie est symétrique dans les oiseaux, et SV compose de deux moitiés latérales.
Il est symétrique dans le crocodile ; 11 l'est, à peu de chose près, dans les mollusques céphalopodes, etc.
La rate elle-mème n'échappe pas entièrement à la symétrie, car elle est placée sur la ligne médiane dans les oiseuux.
Bichat ne pouvait se dissanuler que, dans l'homme lui-même, les appareils sécréteurs de l'urine, du lait, des larmes, l'appareil générateur, l'appareil salivaire, sont exactement symétriques.
Ainsi donc, à considérer le règne animal entier,
c'est-à-dire à considérer l'ensemble des espèces
pour chaque organe, la symétrie forme, même
pour les organes de la vie organique, la loi générale.
La physiologie proprement dite, la physiologie humaine, ne donne que des vues particulières, bornées; la physiologie comparée donne seule les vues générales.
120 ANATOMIE COMPAREÉE
Théories ostéologiques ‘.
L'ostéologie comparée, née des travaux de Daubenton, de Camper, de Pallas, est devenue, entre les mains de M. Cuvier, un mstrument nouveau : c'est par l'ostéologie comparée qu'il à reconstruit les espèces perdues; el ce qui est à remarquer, cest que, dans cette longue et laborieuse suite de recherches et d'efforts, aucun de ces savants hommes n’est jamais sorti du domaine des faits positifs.
1 J'intitule cet article Théories ostéologiques, bien que je n’y expose que la fheorie de M. Cuvier. Celle-ci, la 4lus rigoureuse de toutes, pourra servir de terme de comparaison pour les autres.
Car toutes varient, M. Cuvier, M. Oken, M. Gcoffroy-Saint-IHilure, M. Spix, chacun a la sienne. Nul n’est d'accord avec les autres, ni sur les analogies, ni même sur le nombre des os. Chacun décide de ces analogies et de ce nombre, d'après des principes qu'il s’est faits, et qu'il est seul à admettre.
Je donne ici les principes de M. Cuvicr. On les étudiera avec fruit, C’étaient ecux d’un grand maitre.
THÉORIES OSTÉOLOGIQUES. 121 Tel est, effectivement, l'empire de ces faits sur l'esprit humain, que ce n'est guère qu’à leur défaut qu'il se Jette dans le domaine des conjectures et des hypothèses. Presque en tout genre, ce n’est que lorsque les faits ne sont pas connus, ou qu’ils commencent à être épuisés, que l'on a recours aux systèmes ; et ce qui est affligeant pour l'histoire des sciences, ce n'est pas la manie des systèmes qui règne avant la connaissance des faits, c'est celle qui cherche à se reproduire après.
Le grand ouvrage de M. Cuvier sur les ossements fossiles" montre qu'il n'est pas un seul os, -une seule partie d'os, dont l'étude ne soit précieuse, nécessaire, souvent indispensable pour la distinction des espèces fossiles d'avec les espèces actuelles. Cet ouvrage semble partout la preuve vivante de cette parole d'un écrivain célèbre, que ce n'a jamais été que dans l'étude approfondie des détails que l’on a surpris les secrets de la nature; et l'on voit avec peine que, tant qu'il reste à découvrir quelqu'un de ces faits dont les moindres circonstances ont une telle importance,
1 Voyez, dans le chapitre suivant, l'analyse de cet ouvrage.
{ant d'auteurs se détournent de celte recherche curicuse et solide pour tant d’autres recherches si vancs et si oiseuses : ceux-ci voulant à {toute force, par exemple, retrouver toutes les parties dans chacune, le corps entier dans la tête, les membres dans les mâchoires, le (thorax dans le nez', clc.; ceux-là faisant passer, tour à tour, les pièces d'un appareil dans un autre, pour parvemr ainsi à une unité de nombre que ce bouleversement même de toutes choses ne leur donne pas.
L'objet de M. Cuvier n'a point été, on le conçoit aisément, de suivre les auteurs dont il s'agit dans ces recherches, si peu limitées ; 1l ne prétend nulle part trouver dans un appareil, ni des représentations des parties étrangères à cet appareil, ni des nombres constants de pièces ou d'os ; mais 1l cherche jusqu où va la correspondance de ces pièces et où elle s’arrète.
On n'a pu, à aucune époque, comparer entre
1 Ces exagérations sont de M. Oken, qui pourtant avait débuté par une trè:-belle et très-judicicuse analogie, l’analogie du crâne avec les vertèbres.
Le crâne est une vertèbre, où plutôt la réünion de trois ou quatre vertèbres, disposées et développées pour contenir l’encéphale, comme les autres vertèbres le sont pour loger la moelle épinière.
Re RSR
eux les divers êtres qui composent le règne animal, sans remarquer, tout à la fois, leurs ressemblances et leurs différences ; et la difficulté n’a jamais té que de poser la limite précise entre les analooies qui constituent, d'une part, les caractères plus ou moins généraux des espèces, et les différences qui en constituent, de l'autre, les caractères plus ou moins distincüifs, et particuliers.
De là, deux branches d'une même étude, qui, toutes deux, datent des premiers âges de la science : l'une, la recherche des analogies; l’autre, la recherche des différences. Or on conçoit que, selon les époques, telle ou telle de ces recherches a dû paraitre plus ou moms importante par rapport à l'autre ; mais, au fond, 1l est aisé de voir que l'une suppose toujours l’autre ; et que ce ne sont ni les analogies, ni les dissemblances évidentes qui ont jamais pu être le sujet de discussions sérieuses , mais bien les dissemblances réelles cachées sous des analogies apparentes, ou réciproquement les analogies cachées sous des dissemblances.
En un mot, de même qu'on ne peut marquer le point où commencent les dissemblances sans marquer celui où cessent les analogies, de mêne
on ne pouvait porter aussi loin que l’a fait M. Cuvier l'étude des différences, sans marquer le point où commencent les analogies ; et peut-être fallait-il, en effet, épuiser d’abord l'étude des différences pour être bien sûr de ne laisser subsister ensuite que des analogies réelles et incontestables.
Quoi qu'il en soit, ce sentiment profond qu'une immense analogie, ou plutôt, que des analogies de tout genre lient plus ou moins entre eux tous les êtres du règne animal, est un sentiment qui, comme Je le disais tout à l'heure, date des premiers âges de la science. -
Tout l'ouvrage d'Aristote porte sur le rapprochement des diverses espèces entre elles, et de toutes avec l’homme, pris pour terme commun de comparaison. Buffon admirait « cette conformité « constante, ce dessein suivi de l'homme aux qua- « drupèdes , des quadrupèdes aux cétacés, des « cétacés aux oiseaux, des oiseaux aux reptiles, « des reptiles aux poissons, etc. ‘. » Il se demande « si cette ressemblance cachée n'est pas plus mer- « veilleuse que les différences apparentes?. » Dau-
© Voyez mon édition de Buffon, €. IF, p. 413. ? Ibid.
benton avait démèêlé cette conformité de structure dans la plupart des parties du squelette, et surtout dans le pied, c’est-à-dire dans celle des parties du squelette qui varie le plus”.
On a de Camper deux Discours, études imgénieuses, sur « l'étonnante analogie qui se trouve, « dit-il, entre la structure du corps humain et « celle des quadrupèdes, des oiseaux et des pois- « SONS *. » |
Il montre comment, par les seuls changements oradués de l'attitude horizontale en attitude vercale, «on peut changer une vache en oiseau, un « quadrupède en homme, etc. * ; » et, bien avant lui, il avait suffi à Belon de placer verticalement un squelette d'oiseau pour y rendre saillants une foule de rapports, jusque-là inaperçus, avec le squelette humain *.
Enfin, on voit partout cette grande idée dominer dans les œuvres de Vicq-d'Azyr, « que la na- « ture semble opérer toujours d'après un modèle «primitif et général dont elle ne s’écarte qu'à
1 Description du cheval.
? Deux Discours sur l’analogie qu'il y a entre la structure du corps humain et celle des quadrupédes, ete.
5 Ibid. :
* Histoire de la nature des oiseaux, etc.
«regret, et dont on rencontre partout des tra- « ces... ; qu'on observe partout ces deux carac- « lères que la nature semble avoir imprimés à « tous les êtres, celui de la constance dans le « type et celui de la variété dans les modifica- « tions, ete...»
Toutefois (les termes mêmes que je viens d’emprunter à Buffon, à Camper, à Vicq-d'Azvr, le font assez voir), cette opinion d'un dessein suivi ?, d'une analogie étonnante”, d'un modèle primitif et géncral*, ne portait encore que sur un sentiment vague et plus ou moins confus. Et c'est de nos jours seulement que la question si complexe de l'analogie de structure dans les animaux s'est enfin débrouillée, divisée, qu'elle a pris, pour champ de discussion, des faits déterminés, précis, et que, devenue queslion positive, elle a pu être débattue d'une manière rigoureuse et détaillée.
On a appelé cette question, la question de l'u-
! Voyez surtout son Mémoire Sur le parallèle des extrémités, etc.
? Buffon.
5 Camper.
4 Vicq-d'Azvr
nité d'organisation; on aurait pu l'appeler tout aussi bien la question de la variété d'organisation : tout dépend, en effet, du point de vue sous lequel on la considère ; car, puisqu'il v à des espèces animales diverses, l'unité suppose nécessalrement 101 une certaine variété; et puisque, d'un autre côté, ces espèces diverses se ressemblent toutes, du moins par ce fonds commun qui les fait êlre du même règne, 1l est évident que cette variété suppose aussi nécessairement une certaine unité ou conformité. Le véritable titre de la question, ou plutôt, son véritable objet était donc la détermination des limites où s'arrêtent, tour à tour, et les ressemblances et les différences dans l'organisation, tout à la fois si semblable et si variée, des animaux.
Une fois divisée, comme je viens de le dire, la question a pris un tout autre aspect. La ressemblance générale des animaux n'a plus été conclue de quelques ressemblances particulières, ou bor-
nées à certains embranchements, à certaines “classes.
Pour le système osseux, par exemple, on a bien-
tôt senti que, n'appartenant qu'aux animaux verpk
mo
tébrés, ce système ne peut donner que des résultats bornés à cet embranchement, à ce type. Les ressemblances du système osseux qui témoignent si hautement d’un fonds commun, d'une unité de structure, ne témoignent donc, et de ce fonds com-
mun et de cette unité de structure, que pour le
seul fype qui ait un système osseux, que pour le type des vertébrés.
Considéré dans son ensemble, le système osseux forme le squelette, lequel se divise en plusieurs parties ou appareils": l'appareil des vertèbres, celui du crâne, ceux de la face, de l'oreille, de l'hyoïde, des opercules, des côtes, du sternum, de l'épaule, du bassin, des membres.
Or il n'est pas un seul de ces appareils qui, dans les diverses classes, ne varie par la forme, par le nombre, par la complication des pièces qui le constituent. Pour la plupart, et sauf les variations que je viens de dire, ils se reproduisent dans toutes; ilen est cependant qui manquent à telle
ou telle classe ; ilen est qui sont l’attribut exclusif | à
1 Considérés également ici dans l’ensemble des animaux ver-
tébris.
dE a
d’une seule. La question est de voir quel est le caractère particulier de chaque appareil dans chaque élasse, c'est-h-dire de quelles pièces il s'y compose, et quelle y est la forme, quelle y est la combinaison de ces pièces.
Or un pareil examen montre bientôt que, parmi toutes ces parties dont est composé le squelette, les unes sont essentielles, et par là même plus con-
stantes ; les autres accessoires, et par là même plus
variables ; que les vertèbres, que le crâne, qui logent la moelle épinière, l'encéphale, peuvent bien varier par le nombre, par la forme de leurs os, d'une classe à l’autre, mais se retrouvent dans toutes ; qu'au contraire les osselets de l'oreille, les”
opercules, les membres, etc., toutes parties ac-
cessoires et subordonnées, peuvent manquer, et manquent en effet, dès que les conditions de l'audition, de la respiration, de la locomotion, ne sont plus les mêmes.
Il y a donc des analogies graduées comme l’est l'importance même des parties quiles présentent ; chaque partie à donc ses limites propres et de vuriété et d'analogie'; chacune doit donc être étudiée à part; et, si l'on peut s'exprimer ainsi, 11 v a une ostéologie comparée particulière de chaque appa-
reil osseux, comme 1l y à une ostéologie comparée sénérale de tout le système.
Le crâne, ce premier, ce plus compliqué des appareils du squelette, offre, dans tous les mammifères, une composition à peu près semblable : on peut v suivre chaque os, de l'homme aux quadrumanes, des quadrumanes aux carnassiers, aux rongeurs, aux édentés, aux pachydermes, aux ruminants, aux célacés ; on y reconnait partout les frontaux, les pariétaux, les occipitaux, les temporaux, le sphénoïde, l’ethmoïde ; et on les y reconnaît partout à leur position comme à leurs usages. C'est à pee si les interpariétaux paraissent manquer dans quelques espèces. ù
Il en est de même de la face. Les os du nez, des pommettes, des mâchoires, du palais, etc., ne manquent jamais. Les seuls lacrymaux manquent dans les phoques, dans les dauphins, etc. Toutes les autres différences de nombre ne sont qu'apparentes, et ne liennent qu’au plus ou moins de promptitude avec laquelle, selon les espèces, les os ou les parties d'os, constamment séparés dans le premier âge, s'unissent el se confondent dans l’âge adulte.
TIIÉORIES OSTÉOLOGIQUES. 131
C'est ainsi que, selon les espèces, l'occipital, le pariétal, le sphénoïde, le temporal, etc., paraissent tantôt simples, tantôt doubles, tantôt triples, tantôt quadruples; mais c’est que, dans le fœtus, l'occipital est toujours divisé en quatre parties, le pariétal en deux, ou plutôt en quatre, en comptant les interpariétaux qui finissent constamment par s’y réunir, le temporal en quatre, le corps du sphénoïde en deux, etc. Il y a done, dans les mammifères, un nombre normal pour les os du crâne ; et, lorsque ce nombre paraît masqué par l'oblitération des sutures à l'état adulte, la division primitive de l'état fœtal le reproduit toujours et le restitue; ut ce que je dis des os du crâne doit être dit aussi, et des os de la face, et de leurs subdivisions plus nombreuses dans les premiers âges.
On sent combien 1l était curieux de voir si celte singulière analogie se soutiendrait dans les autres classes, dans les oiseaux, dans les reptiles, dans les poissons; si un même nombre d'os s’y reproduirait partout; si, masqué dans l'état adulte, il y reparaitrait à l’état fœtal; si, enfin, les repiles et les poissons, où les os du erâne sont tou-
jours beaucoup plus nombreux, pourraient être regardés comme répondant, sous ce rapport, aux premiers âges des oiseaux et des mammifères.
Cette grande question, M. Cuvier l’a traitée successivement par rapport aux repüles' et aux poissons *; il me suffit d'indiquer ici la manière dont 1l l’a résolue relativement aux repüules.
Le reptile dont la tête présente les traits de conformité les plus sensibles avec celle des mammifères est le crocodile; du crocodile M. Cuvier passe successivement aux tortues, aux lézards, aux serpents; 1l finit par les batraciens, qui conduisent des reptiles aux poissons, comme le crocodile conduit des reptiles aux mammifères.
La tête du crocodile se compose d'un nombre d'os beaucoup plus grand que celle du mammifère adulte; mais, en remontant jusqu'au fœtus de cette dernière classe, on finit par reconnaitre, à la tête du crocodile et à celle du mammifère, un nombre d’os à peu près pareil.
Ainsi M. Cuvier. après avoir retrouvé dans
1 Recherches sur les ossements fossiles, tome V. 2 Histoire naturelle des poissons, tome I.
le crocodile, et- à la même place que dans les mammifères, les intermaxillaires, les maxillaires, les nasaux, les lacrymaux, les jugaux, les palains, l’ethmoiïde *, le corps du sphénoïde, le pariétal, retrouve aussi, et toujours à la même place, l’occipital, mais divisé en quatre parties, comme il l'est dans le fœtus des mammifères, les grandes ailes du sphénoïde, des vestiges de ses petites ailes, ses ailes ptérygoïdes internes, ses ailes ptérygoides externes, mais toutes ces parties séparées du corps de l'os, comme elles le sont toutes, excepté la dernière *, dans le mammifère à son premier âge, enfin un temporal, mais un temporal composé de quatre os, comme il l'est dans le premier âge des mammifères, l'écailleux, le mastoïdien, la caisse et Le rocher. I ne reste plus à ramener à l'analogie que les os qui répondent au frontal; mais ces os sont au nom-
! Avec sa lame cribleuse, ses ailes latérales, ses cornets supérieurs, sa lame verticale; mais toutes ces pièces ou dépendances de l’ethmoïde, en grande partie, à l’état cartilagineux.
* C’est pourquoi M. Cuvier nomme d’un nom spécial, (os fransverse) l’apophyse ptérygoide externe, laquelle n’est effectivement séparée à aucun âge de la grande aile temporale dans les mammifères. Ce n’est donc pas proprement un os nouveau, mais un démembrement du sphénoïde, comme les os frontaux, antérieurs et postérieurs, sont des démembrements du frontal.
bre de six dans le crocodile: et, comme le frontal des mammifères n’est jamais divisé qu'en deux, M. Cuvier est obligé d'admettre ici un démembrement particulier de cet os, démembrement qui, dans le crocodile, ou, à parler plus généralement, dans la plupart des vertébrés ovipares, subdivise chacun des deux frontaux des mammifères en trois autres, les frontaux principaux, les antérieurs et les postérieurs.
Cette détermination des os de la tête du crocodile, comparés à ceux de la tête des mammifères, une fois établie, 1l est aisé d'y rapporter comme à une sorte de type les os de la tête de tous les autres reptiles, particulièrement des tortues, des lézards et des serpents.
Ainsi, et sauf, comme on pense bien, toutes leurs différences de forme et de proportion, la plupart des os de la tête du crocodile se reproduisent dans la tête de la tortue : les maxillaires, les intermaxillaires, le vomer, les frontaux primcipaux, les antérieurs, les postérieurs, les palatins, les jugaux, etc. ; mais cette tête manque de nasaux, lesquels n'y sont représentés que par des lames cartilagineuses, d'os transverses ou pté-
rygoidiens externes, de lacrymaux. D'un côté, le pariétal, qui élait simple dans le crocodile, est double dans la tortue: mais ce même pariélal redevient unique dans les lézards; le lacrymal, l'os transverse, y reparaissent; un os nouveau SV montre, que M. Cuvier nomme columelle, ele. : toutes differences légères, et qui n’empêchent pas qu'on ne reconnaisse partout avec évidence la prédominance d'un même plan dans les têtes des crocodiles, des tortues et des lézards.
Une nouvelle et plus difficile étude commence avec les batraciens. D'abord, la composition géncrale du crâne s’y simplifie singulièrement. I n° a plus que les deux occipitaux latéraux, sans occipital supérieur n1 basilaire ; un seul sphénoïde sans ailes temporales ut orbitares; un seul os y remplace à la fois le frontal principal et l’ethmoiïde ; iln'ya point de frontaux postérieurs ; mais il y à deux frontaux antérieurs, deux pariétaux et deux rochers. La face n'est pas moins simplifiée ; car le transverse n'y fat qu'un avec le ptérygoidien, le temporal n’y fait qu'un avec le tympanique, etiln'r a point de mastoïdien.
Le crâne de la grenouille n'a done que dix os : un ethmoïde, deux frontaux, deux pariétaux, deux occipitaux, un sphénoïde, deux rochers: sa face n en à que seize : deux mtermaxillaires, deux maxillaires, deux nasaux, deux palatins, deux vomers, deux ptérygoidiens, deux tympaniques et deux jugaux; en tout, sa tête n'a que vingtsix os, et celle du crocodile en a près de quarante : deux intermaxillaires, deux maxillaires, deux nasaux, deux lacrymaux, deux jugaux, deux palatins, un ethmoïde, six frontaux , quatre occipitaux, quatre temporaux, un sphénoïde, deux grandes ailes, deux ptérygoiïdiens internes, deux ptérygoïdiens externes ou os transverses, eiC:
Et cette différence de nombre se reproduit Jusque dans chaque appareil particulier de la face :
ainsi la mâchoire inférieure du crocodile a six os de chaque côté; et chaque côté de la mächoire de la grenouille n’en a que trois, ete.
J'ai dit que l'appareil des vertèbres est, avec celui du crâne, le plus constant; chaque vertèbre peut même être considérée comme un petit appareil distinet, ef qui se compose d'un certain nom-
TIIÉORIES OSTÉOLOGIQUES. 137
bre d'os, lequel n’est pas le même pour toutes les vertèbres dans chaque espèce, nt pour chaque vertèbre dans toutes les espèces : l'atlas du crocodile a six os; son axis en a cinq; l'atlas de la tortue n'en à que quatre; celui du monitor, trois, etc.
Mais c'est surtout par leur nombre total que les vertèbres varient d'une classe à l'autre, et jusque dans les différents ordres, dans les différents genres de chaque classe. Pour ne pas sortir ici des reptiles, le crocodile, par exemple, a vingt-six vertèbres, sept cervicales, douze dorsales, cinq lombaires et deux sacrées ; on en comple plus de deux cents dans les couleuvres, dans les boas, etc.; la grenouille n'en à que neuf.
Quant aux autres appareils, comme 1ls ne sont qu'accessoires, la plupart peuvent manquer, et manquent en effet dans telle ou telle classe, dans tel ou tel ordre, dans tel ou tel genre, ete. Les extrémités postérieures manquent aux célacés, les extrémités antérieures et postérieures manquent aux serpents ; les côtes manquent à la grenouille, l'appareil auriculaire manque aux poissons, etc.
Rien n'est plus fait pour donner une idée Juste
de la manière dont une certaine conformité générale se combine dans certains cas avec toutes les variations de détail, que ce qui se voit dans l'épaule, dans le sternum.
L'épaule, qui ne se compose dans le mammifère que d’un os, l'omoplate, ou de deux, l'omoplate et la clavicule, en a toujours trois dans l'oiseau : l’omoplate, la clavicule et l'os coracoïdien ; elle n'en a que deux dans le crocodile, l'omoplate et l'os coracoïdien, la vraie clavicule y manque ; elle en a de nouveau trois dans les lézards, l’omoplate, l'os coracoïdien, la clavicule ; elle en a deux dans la tortue, l’omoplate, l'os coracoïdien, et peut-être trois, car on peut y admettre une clavicule ; elle en a sûrement quatre dans la grenouille, la clavicule, l'os coracoïdien et une omoplate divisée en deux pièces; et, chose remarquable, c'est précisément de ces deux pièces de l’omoplate que se compose l'épaule dans les poissons.
Le sternum n'a d'osseux qu'une seule pièce dans le crocodile ; il se compose toujours de neuf pièces dans les tortues; il se rapproche, dans les lézards, de Ta simplicité qu'il a dans le crocodile; il n'a dans la grenouille que deux pièces ossifiées;
THÉORIES OSTÉOLOGIQUES. 139 c'est à peine si l'on retrouve une espèce de sternum dans quelques poissons ; 1l est, au contraire, très-développé dans les mammifères; on y comple jusqu'à sepl, huit, neuf pièces, placées ordinairement sur une seule hgne ; et, quant aux oiseaux, 11 à cinq pièces dans les gallinacés, 1l n'en à plus que deux dans les canards : sa composition change encore dans les pigeons, dans les passercaux, dans les oiseaux de proie, ec. Ainsi ie sternum ne varie pas seulement d'une classe à l’autre : il varie dans la même classe, el cela jusque dans la classe même des o!1seaux, où néanmoins l'unité, la conformité d'orsanisation est, en général, si constante et si prononcée.
Mas, relativement à cede question de l'unité ostéologique des animaux vertébrés, deux appareils surtout ont une importance particulière; ce sont les appareils auriculaire et hyridien.
On nomme appareil auriculaire une chaine de petits os placés dans la caisse de l'oreille, et qui vont de la membrane du tympan à la fenêtre ovale. Dans les mammifères, on compte toujours quatre
de ces petits os : le marteau, l'enclume, le lenticulare et l'étrier; déjà, dans les oiseaux, 1l n'y en a plus qu'un, formé de deux branches, dont l’une adhère au tympan et dont l’autre s'appuie sur la fenêtre ovale; un seul osselet remplace pareillement, dans le crocodile, les quatre petits os de l'oreille des mammifères; €’est un étrier encore plus simple que celui des oiseaux ‘; 11 n'y a qu'un seul osselet dans les tortues, dans les lézards, dans les serpents; dans la grenouille, la chaîne auriculaure paraîtrait se compliquer un peu, si elle n'y restait en grande partie cartilagimeuse ; enfin, dans les salamandres, dans les sirènes, dans les protées, le dernier osselet auditif lui-même, l'étrier, se réduit à une simple plaque cartilagineuse.
Il y a loi de là, sans doute, à l'appareil compliqué des mammifères; et quand on suit ainsi, pas à pas, cette simplification successive, quand on arrive ainsi à cette réduction finale de tout l’appareil à une simple plaque cartilagineuse, on sent toute la force de l'opinion de M. Cuvier, que cel
‘ On pourrait, à la vérité, nommer marteau la branche qui, dans les oiscaux, dans le crocodile, est enchàssée dans la membrane du tympan, mais toujours n’y aurait-il ni enclume, ni osselet lenticulare. ù
appareil, après avoir disparu dans les vertébrés aériens, ne r'enait pas, tout à coup, dans les poissons pour y former les opercules, et que ces opercules sont, par conséquent, un appareil spécial et propre à cette dernière classe.
Les faits qui concernent la marche mverse de l'appareil hyoilien, c'est-à-dire son développement graduel des mammifères aux poissons, sont encore plus importants, et, relativement aux théories ostéologiques, plus décisifs.
Dans l'homme, cet appareil se compose de cmq parles : d'un corps, de deux branches ou cornes antérieures qui süuspendent l’hyoïde au crâne, et de deux branches ou cornes postérieures qui suspendent le larynx à l’hyoïde. Dans les mammifères, l'appareil éprouve déjà de notables modifications, dépendant de la forme du corps, de la plus ou moins prompte soudure qu'il contracte avec les cornes postérieures, du nombre, de la forme, de là proportion des pièces des cornes antérieures. Dans les oiseaux, les cornes antérieures ne s'attachent plus au crâne, mais elles se bornent à le contourner par derrière; à l'arrière du corps de l'os se soude un os grêle, impair, sur lequel re-
pose le farvnx, et qui représente, à lui seul, les deux cornes postérieures ; à son avant est un autre os qui pénètre dans la langue, c'est l'os linqua. |
L'hyoide du crocodile est un des plus simples. Son corps consiste en une grande et large plaque cartilagineuse, sans vestige bien prononcé de cornes postérieures, et dont les cornes antérieures n'ont d’osseux qu'une seule pièce.
L'hyoïde des lézards est beaucoup plus compliqué. [l'a généralement un corps simple; mais il porte quelquefois jusqu à trois paires de cornes.
L'hyoïde des tortues est plus compliqué encore. Le corps lui-même de l'os s'y subdivise quelquefois en plusieurs pièces; 1! y porte quelquefois jusqu'à trois paires de cornes dont chacune se subdivise également en plusieurs os, et dans les trionyx, par exemple, la totalité de l'appareil ne comprend pas moins de vingt-cinq pièces osseuses différen- Les. Ajoutez que les tortues ont un os Hingual, comme les oiseaux, comme les lézards.
Mais c’est surtout dans les batraciens que l'hyoide prend de l'importance, et conduit ainsi, par degrés, à l'hyoïde si riche et si compliqué des
THÉORIES OSTÉULOGIQUES. 145
poissons. On avait eu recours, pour expliquer celle richesse de l’hyoïde des poissons, à une prétendue intercalation qui s'y serait faite de pièces empruntées tout à la fois au sternum, au larynx, aux côtes. On sent que la métamorphose de la grenouille, qui, dans son premier âge, respire par des branchies, comme les poissons, qui, plus tard, respire par des poumons, comme les animaux terrestres, et dont l'appareil branchial se change pell à pelit, et à vue d'œil, en un hvyoïle véritable, devait, à cet égard, trancher toute difficulté.
M. Cuvier a done étudié toute cette singulière métamorphose ; 1l l'a suivie dans tous ses progrès; il a vu successivement tomber les branchies, les arcs branchiaux; 1l a vu se dessiner, à mesure, l'hyoide propre de la grenouille adulte; et dans aucun temps, même au temps de la plus grande complication, au temps où existaient les arcs branchiaux, les branchies, ni le sternum, ni le larynx, n'ont pris ni pu prendre aucune part à toute celte composition; car l'appareil branchial subsiste fort nettement encore, et avec toutes ses pièces, avec ses arcs branchiaux, ses branchies, que l'on voit déjà très-bien le larvax avec les pou-
mons qui en dépendent et le sternum avec les os qui s y appulent.
L'hyoide de la salamandre se métamorphose comme celui de la grenouille; et de même l'appareil branchial v subsiste fort distinetement encore que déjà le larynx, les poumons, le sternum se montrent; et tout cela prend une nouvelle force par ce qui se voit, avee tant d'évidence, dans l'axo- Jotl, dans le protée, dans la sirène, animaux où l'appareil branchial existe simultanément, et d'une manière Constante, avec le larynx, la trachéeartère, etc. L'appareil branchial n’est donc qu’un appareil hvoïdien plus compliqué, et non un appareil résultant de la combinaison de pièces étranoères et provenues d'appareils voisins.
Chaque appareil a donc sa constitution propre, il a ses accroissements, ses décroissements marqués; ses parlies changent d'une classe à l'autre, de forme, de nombre, de complication, et ce sont ces changements mèmes qui déterminent les caracières organiques des classes, des ordres, des genres, des espèces. Que doit-on done entendre par unité, où, à parler plus exactement, par conformité d'organisation, par conformilé de plan, dans
les animaux vertébrés, du moins en ce qui concerne leur système osseux, smon un ensemble d'analogies graduées, plus constantes dans les appareils essentiels, plus variables dans les appareils accessoires, et dont la limite ne peut être donnée, pour chaque appareil, que par l'étude directe et suivie de toutes les modifications de cet appareil dans toutes les classes ?
Or cette étude suivie d’un appareil dans toutes les classes, et de toutes les modifications graduées qu'il éprouve d'une classe à l'autre, est précisément ce qui constitue le trait le plus prononcé de la méthode de M. Cuvier, et le point qui doit peutêtre fixer le plus l'attention des bons esprits; car c'est toujours de la seule rigueur, et, pour dire quelque chose de plus, de la seule adaptation spéciale de la méthode à son objet, que dépend toute l'exactitude des résultats.
Or de quoi s'agit-il 1c1? de suivre, de reconnaitre un appareil à travers toutes ses métamorphoses de nombre, de forme, de complication de parties. Et, dès lors, n'est-il pas visible qu'il suffirait de perdre une seule métamorphose Imtermédiaire pour ne plus se reconnaitre dans les sui-
vantes, pour perdre le fil qui les lie les unes aux autres, pour perdre l'appareil lui-même? Le principe des modifications suivies el graduées, employé par M. Cuvier, est donc un des moyens d'investigation les plus féconds, les plus mgénieux dont il ait enrichi la science, et le seul qui puisse donner, d'une manière sûre et précise, et la détermination de chaque appareil, et la limite de ses analogies ou de ses dissemblances dans chaque classe.
Le principe des modifications suivies et graduées est le seul criterium assuré des théories ostéolo-
o1ques.
PALEONTOLOGIE".
Du livre intitulé: Recherches sur les ossements fossiles
OU L’ON RÉTABLIT LES CAPRACTÈRES DE PLUSIEURS ANIMAUX DONT LES RÉVOLUTIONS DU GLCBE ONT DÉTRUIT LES ESPÈCES.
La première édition de ce grand ouvrage*, publiée en 1812, n'était guère que la réunion des mémoires insérés successivement par l'auteur
1 M. Cuvier n’a jamais employé le mot paléontologie. 1] a créé la chose, c’est-à-dire la science, el non pas le mot. Il a dit: Recherches - sur les ossements fossiles, et non paléontologie, de même que Buffon disait: Histoire des animaux, et non zoologie, Histoire de la terre, et non géologie. On ne songe à faire un nom pour une science que lorsque cette science est déjà assez avancée ; mais alors ce nom arrive bientôt, car il est nécessaire.
? La troisième édition, la dernière qui ait paru du vivant de l’auteur, se compose de sept volumes (ou parties de volumes) grand in-4. M. Frédéric Cuvier [frère de Georges) en a publié, de 1834 à 1836, une nouvelle édition en dix volumes in-8°.
Ce
dans les Annales du Muséum d'histoire naturelle. La seconde parut de 1821 à 1824 : elle est nonseulement enrichie d’un grand nombre de faits nouveaux, mais l’ouvrage entier s'y montre refondu dans son ensemble, et mis dans un ordre plus méthodique. La troisième est de 1828, et se distingue de la seconde par quelques développements ajoutés à l'Introduction, morceau plusieurs [ois imprimé à part, et devenu célèbre sous le titre de Discours sur les révolutions de la surface du globe.
Tout, dans ce grand ouvrage, est presque également neuf, les faits, les résultats, la méthode; et trois sciences à la fois, la géologie, la zoologie, l'anatomie comparée, semblent s'y être réumies pour produire le plus bel ensemble de lois générales que possède l'histoire naturelle, et pour jeter un jour inattendu sur les populations antiques du globe.
IT
Coup d'œil historique sur l'étude des êtres perdus ‘
Tout le monde sait aujourd'hui que le globe que nous habitons présente, presque partout, des traces irrécusables des plus grandes révolutions.
Les productions de la création actuelle, de Ia nature vivante, recouvrent partout les débris d'une création antérieure, d'une nature détruite.
D'une part, des amas immenses de coquilles et d'autres corps marins se trouvent à de grandes distances de toute mer, à des hauteurs où nulle mer ne saurait atteindre aujourd hui; et de là sont venus les premiers faits à l'appui de toutes ces traditions de déluges, conservées chez tant de peuples.
D'autre part, les grands ossements découverts à divers intervalles dans les entrailles de la terre, dans les cavernes des montagnes, etc., ont fait naître ces autres traditions populaires, non moins
1 Je üre ce Coup d'œil historique de mon Kloge de Cuvier. (Vovez le premier volume de mes Eloges historiques.)
répandues et non moins anciennes, de races de géants qui auraient peuplé le monde dans ses premiers âges.
Les traces des révolutions de notre globe ont donc frappé de tout temps l'esprit des hommes: mais elles l'ont frappé longtemps en vain, et d'un étonnement stérile.
Longtemps même l'ignorance a été portée à ce point qu'une opinion à peu près générale, el je ne parle plus d'une opinion populaire, je parle de l'opinion des savants et des philosophes, regardait les pierres chargées d'empremtes d'animaux ou de végétaux, et les coquillages trouvés dans la terre, comme des jeux de la nature.
« Il a fallu, dit Fontenelle, qu'un potier de terre, « qui ne savait n1 latin mi grec, osât, vers la fin du « seizième siècle, dire dans Paris, et à la face de « tous les docteurs, que les coquilles fossiles étaient « de véritables coquilles déposées autrefois par la « mer dans les lieux où elles se trouvaient alors, « que des animaux avaient donné aux pierres figu- « rées toutes leurs différentes figures, et qu’il dé- « fiât hardiment toute l’école d’Aristote d'attaquer « ses preuves. )
Ce potier de terre était Bernard Palissy, immor-
tel pour avoir fait à peine un premier pas dans celte carrière, parcourue depuis par tant de orands hommes, et qui les a conduits à des découvertes si étonnantes.
A la vérité, les idées de Palissy ne pouvaient ouère être remarquées à l'époque où elles parurent; etce n'a été que près de cent ans plus tard, c’est-àdire vers la fin du dix-septième siècle, qu’elles ont commencé à se réveiller, ct, pour rappeler encore une expression de Fontenelle, à faire la fortune qu'elles méritaient. |
Mais dès lors aussi on s'est occupé avec tant d'activité à rassembler les restes des corps organisés enfouis sous l'écorce du globe, à étudier les couches qui les recèlent; et, sous ces deux rapports, les faits se sont tellement et si rapidement multiphiés, que quelques esprits élevés et hardis n’ont pas craint dès lors même de chercher à en embrasser la généralité dans leurs théories, et d'essayer de remonter ainsi à leurs causes.
C'est en effet à partir de la fin du dix-septième siècle et de la première moitié du dix-huitième qu'ont paru successivement les systèmes fameux de Burnet, de Leibnitz, de Woodward, de Whiston, de Buffon; efforts prématurés sans doute, mais
qui eurent du moins cet avantage d'accoutumer l'esprit humain à porter enfin une vue philosophique sur ces étonnants phénomènes, et à oser se mesurer avec eux.
Un autre avantage, et plus précieux encore, c’est que tous ces efforts, excitant les esprits, amenèrent bientôt, de toutes parts, des observations plus nombreuses, plus précises, plus complètes, dont le premier effet fut de renverser ce que des conceptions trop précipitées avaient d'imaginaire et d’absurde: et le second, de fonder sur leurs débris mêmes la véritable théorie, l'histoire positive de la terre.
Le dix-huitième siècle, qui a marché si vite en tant de choses, n'a rien vu peut-être de plus rapide que les progrès de la science qui nous occupe. Ce même siècle, qui, dans sa première moitié, avait vu ou s'élever ou tomber tous ces systèmes dont je viens de parler, édifices brillants et fragiles, a vu poser dans la seconde, par les mains des Pallas, des Deluc, des de Saussure, des Werner, des Blumenbach, des Camper, les premiers fondements du monument durable qui devait leur succéder.
Parmi ces progrès, je dois surtout rappeler 1ci
ÉTUDE DES ÊTRES PERDUS. 155 ceux qui se rapportent aux dépouilles fossiles des corps organisés.
Ce sont en effet ces restes des corps organisés, témoins subsistants de tant de révolutions, de tant de bouleversements éprouvés par le globe, qui ont fait naître les premières hypothèses de la géologie fantastique; et ce sont encore ces restes qui ont fini par donner, entre les mains de M. Cuvier les résultats les plus évidents, les lois les plus assurées de la géologie positive.
Les recherches de M. Cuvier ont eu principale ment pour objet les ossements fossiles des quadrupèdes : partie du règne animal jusqu'alors peu étudiée sous ce nouveau point de vue, et dont l'étude devait néanmoms conduire à des conséquences bien plus précises, bien plus décisives que celle de toute autre classe.
J'ai déjà parlé de ces grands ossements fossiles découverts à différentes époques, et de ces idées ridicules de géants, qui se renouvelaient à chaque découverte qu'on en faisait. |
Daubenton, a, le premier, détruit toutes ces idées; 1 a, le premier, appliqué l’anatomie comparée à la détermination de ces os; mais, ainsi qu'il l'avoue lui-même, cette science était loin d'être
Qt
assez avancée encore pour donner dans tous les cas, et donner avec certitude, l'espèce ou le genre d'animal auquel un os inconnu, un os isolé, pouvait appartenir ; et tel était pourtant le problème à résoudre. |
Le mémoire où Daubenton a tenté, pour la preimière fois, la solution de ce problème important est de 1702.
tn 1769, Pallas publia son premier mémoire sur Îles ossements fossiles de Sibérie. On nv put voir sans étonnement la démonstration de ce fait que l'éléphant, le rhimocéros, l'hippopotame, tous animaux qui ne vivent actuellement que sous la zone torride, avaient habité autrefois les contrées les plus septentrionales de nos continents.
Le second mémoire de Pallas dut beaucoup plus clonner encore; car 1l y rapporte ce fait, qui parut alors à peine croyable, d'un rhimocéros trouvé tout entier dans la terre gelée, avec sa peau et sa chair ; fait qui s'est renouvelé, depuis, dans cet éléphant découvert en 1806 sur les bords de la mer Glaciale, et dont toutes les parties étaient si bien conservées que les chiens et les ours purent S en disputer et en dévorer les chaus.
L'éveil une fois donné par Pallas, on trouva
ÉTUDE DES ÊTRES PERDUS. 155 bientôt de ces dépouilles d'animaux du Midi, nonseulement dans les pays du Nord, mais dans tous les pays de l’ancien comme du nouveau monde,
Buffon se hâta d'en déduire son système du refroidissemont sraduel des régions polaires et de l'émigration successive des animaux du Nord au Midi.
Mais le dernier fait observé par Pallas, et que je viens de citer, renversait déjà ce système. Ce fait démontre effectivement que le refroidissement au globe, lom d'avoir été graduel, a nécessairement été, au contraire, subit, instantané, sans aucune gradation, 1} démontre que le même instant qui a fait périr les animaux dont 1l s'agit a rendu glacial le pays qu'ils habitaient, car, s'ils n’eussent été gelés aussitôt que tués, ils n'auraient pu nous parvenir avec leur peau, leur chair, toutes leurs parties, el toutes ces parties parfaitement conservées.
L'hypothèse du refroidissement graduel ne pouvant plus être soutenue, Pallas y substitua celle d'une irruption des eaux venues du sud-est; irruption qui, selon lui, aurait transporté dans le Nord les animaux de l'Inde.
Mais cette seconde hypothèse ne s'est pas
trouvée mieux fondée que la première; car les animaux fossiles sont très-différents de ceux de l'Inde, et même de tous les animaux aujourd'hui vivants : dernier fait qu'il était réservé à M. Cuvier de mettre dans tout son jour.
Nous avons vu comment, vers la fin du seizième siècle, Bernard Palissy avait osé, le premier parmi les modernes, avancer que les ossements, les empreintes, les coquillages fossiles, regardés pendant si longtemps comme des jeux de la nature, étaient les restes d'êtres réels, les véritables dépouilles de corps organisés.
En 1670, Augustin Scilla renouvela l'opinion de Palissy et la soutint avec force. Peu après, en 1683, Leibnitz lui donna l'autorité de son nom et de son génie. Enfin, dès la première moitié du dixhuitième siècle, Buffon la reproduisit avec plus d'éclat encore, et la rendit bientôt populaire.
Mais ces êtres organisés, dont les débris innombrables se montrent répandus partout, sont-ils les analogues de ceux qui vivent aujourd’hui, soit sur les lieux mêmes où l'on trouve ces débris, soit dans d'autres lieux? ou bien leur espèce, leur
senre, ont-ils péri, et sont-ils entièrement perdus ?
C'est là qu'est toute la difficulté, et l'on peut croire que cette difficulté n'aurait Jamais été résolue, du moins avec une certitude complète, tant que lon s'en serait tenu, par exemple, à l'étude des coquilles fossiles ou des poissons.
On aurait eu beau trouver, en effet, de nouvelles coquilles, de nouveaux poissons inconnus, on aurait pu toujours supposer que leur espèce vivait encore, soit dans des mers éloignées, soit à des profondeurs inaccessibles.
I n'en est pas, à beaucoup près, ainsi pour les quadrupèdes. Leur nombre est beaucoup plus borné, surtout pour les grandes espèces; on peut donc espérer de parvenir à les connaître toutes; il est donc infiniment plus facile de s'assurer si des os inconnus appartiennent à l'une de ces espèces encore vivantes, ou s'ils viennent d'espèces perdues.
C’est 1 ce qui donne à l'étude des quadrupèdes fossiles une importance propre, et aux déduelions que l’on peut en tirer une force que ne sauraient avoir les déductions tirées de l'étude de la plupart
des autres classes.
Buffon semble l'avoir senti. C'est principalement, en effet, sur les grands ossements fossiles de la Sibérie et du Canada qu'il chercha d’abord à appuyer la conjecture (car, vu l’état de l'anatomie comparée à l'époque où 1l écrivait, ce ne pouvait ètre encore qu'une conjecture) de certaines espèces perdues.
Et d'ailleurs cette conjecture même était si peu établie dans son esprit, qu'après avoir regardé, dans sa Théorie de la Terre, tous les animaux auxquels ces os extraordinaires ont appartenu comme des animaux perdus, 1l déclare ensuite, dans ses Époques de la Nature, qu'il ne reconnait plus qu'une seule espèce perdue, celle qui a été nommée plus tard mastodonte, et que tous les autres os dont il s’agit ne sont que des os d’éléphants et d’hippopotames.
Camper alla beaucoup plus lom; et cela devait être, car l'anatomie comparée n'avait cessé de marcher à grands pas depuis Buffon.
Aussi, dès 1787, dans un mémoiré adressé à Pallas, Camper énonce-t-il hautement l'opinion que certaines espèces ont été détruites par les catastrophes du globe; et il fait plus: il l'appuie des premiers faits réellement positifs, quoique fort
incomplets encore, qui aient été avancés pour la soutenir.
Ainsi donc, à mesure que la détermination des ossements fossiles a fait des progrès, l'idée d’animaux perdus en a fait aussi, et c'est toujours à la lumière de l'anatomie comparée que ces progrès ont été faits.
C'est, en effet, cette lumière de l'anatomie comparée qui avait jusque-là manqué à tant de recherches laborieuses de tant de naturalistes. Mais il est aisé de voir que vers l'époque dont je parle, c'est à-dire vers la fin du dix-huitième siècle, tout se préparait pour amener la solution cherchée depuis si longtemps, et qu'on touchait enfin, sur ces étonnants phénomènes , au moment de quelque découverte, de quelque résultat complet et définitif.
Le 1” pluviôse an IV, jour de la première
séance publique qu'ait tenue l’Institut National,
M. Cuvier lut devant ce Corps assemblé son mémoire sur les espèces d'éléphants fossiles, comparces aux espèces vivantes.
C'est dans ce mémoire qu’il annonce, pour la
première fois, ses vues sur les animaux perdus. P , P
Et, en effet, il ne se borne pas à y démontrer que l'éléphant fossile est une espèce distinete des espèces acluelles, une espèce étemnte, une espèce perdue; il déclare nettement que le plus grand pas qui puisse être fait vers la perfection de la théorie de la terre serait de prouver qu'aucun de ces animaux, dont on trouve les dépouilles répandues sur presque tous les points du globe, n'existe plus aujourd'hui.
Il ajoute que ce qu'il vient d'établir pour l’éléphant, 11 l'établira bientôt, d'une manière non moins incontestable, pour le rhinocéros, pour l'ours, pour le cerf, elc., fossiles, toutes espèces également distinctes des espèces vivantes, toutes espèces également perdues.
Enfin, il termine par cette phrase remarquable, et dans laquelle 1l semblait annoncer tout ce qu'il a découvert depuis.
«Qu'on se demande, dit-il, pourquoi l'on trouve « lant de dépouilles d'animaux inconnus, tandis «qu'on n'en trouve aucune dont on puisse dire «qu elle appartient aux espèces que nous connais-
Lun
«sons, et l’on verra combien il est probable «qu'elles ont toutes appartenu à des êtres d’un « monde antérieur au nôtre, à des êtres détruits
en,
« par quelques révolutions du globe, à des êtres « dont ceux qui existent aujourd’hui ont rempli la « place. »
L'idée d'une création entière d'animaux antérieure à la création actuelle, l'idée d'une création entière détruite et perdue, venait donc enfin d'être conçue dans son ensemble !.
Mais, pour transformer en un résultat positif et démontré cette vue si vaste et si élevée, 1l fallait rassembler de toutes parts les dépouilles des animaux perdus ; il fallait les revoir, les étudier toutes sous ce nouvel aspect; il fallait les comparer toutes, et l’une après l’autre, aux dépouilles des animaux vivants: il fallait, avant tout, créer et déterminer l'art même de cette comparaison.
Or, pour bien concevoir toutes les difficultés de cette méthode, de cet art nouveau, il suffit de remarquer que les débris, que les restes des animaux dont il s’agit, que les ossements fossiles, en un mot, sont presque toujours isolés, épars: que souvent les os de plusieurs espèces, et des espèces les plus diverses, sont mêlés, confondus ensemble; que presque toujours ces os sont mutilés, brisés, réduits en fragments.
Il faïlait donc imaginer une méthode de reconnaitre chaque os, et de le distinguer de tout autre avec certitude; il fallait rapporter chaque os à l’espèce à laquelle 1l appartient ; 1l fallait reconstruire enfin le squelette complet de chaque espèce, sans omettre aucune des pièces qui lui étaient propres, sans en intercaler aucune qui lui fût étrangère.
Que l'on se représente ce mélange confus de débris mutilés et mcomplets, recueillis par M. Cuvier; que l’on se représente, sous sa main habile, chaque os, chaque portion d'os allant reprendre sa place, allant se réunir à l'os, à la portion d'os à laquelle elle avait dû tenir ; et toutes ces espèces d'animaux, détruites depuis tant de siècles, renaissant ainsi avec leurs formes, leurs caractères, leurs attributs, et l'on ne croira plus assister à une simple opération anatomique, on croira assister à une sorte de résurrection, et, ce qui n ôlera sans doute rien au prodige, à une résurrection qui s'opère à la voix de la science et du gëénie.
Je dis à la voix de la science : la méthode employée par M. Cuvier pour cette reconstruction merveilleuse n est en effet que l'application des règles générales de l'anatomie comparée à la détermination des ossements fossiles.
On a déjà vu! comment un principe rationnel, celui de la subordination des organes, partout appliqué, partout reproduit dans l'établissement &es groupes de la méthode, avait changé la face de la classification du règne animal.
Le principe qui a présidé à la reconstruction des espèces perdues est celui de la corrélation des formes?, principe au moyen duquel chaque partie d'un animal peut être donnée par chaque autre, et toutes par une seule.
Dans une machine aussi compliquée, et néanmoins aussi essentiellement une, que celle qui constitue le corps animal, il est évident que toutes les parties doivent nécessairement être disposées les unes pour les autres, de manière à se correspondre, à s ajuster entre elles, à former enfin, par leur ensemble, un être, un système unique.
Une seule de ces parties ne pourra done changer de forme sans que toutes les autres en changent nécessairement aussi. De la forme de l’une d'elles on pourra donc conclure la forme de toutes les autres.
Supposez un animal curnivore, 1l aura nécessai-
1 Au chapitre intitulé : ZooLocie.
* Voyez le chapitre intitulé : ANATOMIE COMPARÉE,
rement des organes des sens, des organes du mouvement, des doigts, des dents, un estomac, des intestins, disposés pour apercevoir, pour atteindre, pour saisir, pour déchirer, pour digérer une proie; el toutes ces conditions seront rigoureusement enchainées entre elles ; car, une seule manquant, toutes les autres seraient sans effet, sans résultat ; l'animal ne pourrait subsister. |
Supposez un animal herbivore, et tout cet ensemble de conditions aura changé. Les dents, les doigts, l'estomuc, les intestins, les organes du mouvement, les organes des sens, toutes ces parties auront pris de nouvelles formes, et ces formes nouvelles seront toujours proporüonnées entre elles, et relatives les unes aux autres.
De la forme d'une seule de ces parties, de la forme des dents seules, par exemple, on pourra donc conclure, et conclure avec certitude, la forme des pieds, celle des mâchoires, celle de l'estomac, celle des intestins.
Cette méthode précise, rigoureuse, de démêler, de distinguer les os confondus ensemble; de rapporter chaque os à son espèce; de reconstruire enfin l'animal entier d'après quelques-unes de ses
ME. à
parties, cette méthode une fois conçue, ce ne fut plus par espèces isolées, ce fut par groupes, par masses, que reparurent toutes ces populations éteimtes, monuments antiques des révolutions du globe.
On put dès lors se faire une idée non-seulement de leurs formes extraordinaires, mais de la multitude prodigieuse de leurs espèces. On vit qu'elles embrassaient des êtres de toutes les classes : des quadrupèdes, des oiseaux, des reptiles, des poissons, jusqu à des crustacés, des mollusques, des zoophytes.
Je ne parle ici que des animaux, et cependant l'étude des végétaux fossiles n'offre pas des conséquences moins curieuses que celles que l’on a tirées du règne animal lui même.
Tous ces ètres orgumsés, toutes ces premières populations du globe, se distinguent par des caractères propres, et souvent par les caractères les plus étranges, les plus bizarres.
Parmi les quadrupèdes, par exemple, se présentent d’abord le paléothérium, V'anoplothérium, ces genres singuliers de pachydermes, découverts par M. Cuvier dans les environs de Paris, et dont au-
cune espèce n’a survécu, dont aucune n est parvenue jusqu à nous.
Après eux venait le mammouth, cet énant de Sibérie, couvert de longs poils et d’une laine grossière; le mastodonte, cet animal presque aussi grand que le mammouth, et que ses dents, hérissées de pointes, ont fait regarder pendant longtemps comme un éléphant carnivore; et ces énormes paresseux, animaux dont les espèces actuelles ne dépassent pas la taille d’un chien, et dont quelques espèces perdues égalaient, par la leur, les plus grands rhinocéros.
Les reptiles de ces premiers âges du monde étaient plus extraordinaires encore, soit par leurs proporlions gigantesques, car 1l y avait des lézards orands comme des baleines; soit par la singularité de leur structure, car les uns avaient l'aspect des célacés où mammifères marins, el les autres le cou, le bec des oiseaux et jusqu'à des sortes d'ailes.
Âjoutons que tous ces animaux ne vivaient point à une même époque.
M. Cuvier compte jusqu’à trois générations, jusqu'à trois populations successivement créées et détruites.
La première comprenait des mollusques, des poissons, des reptiles, tous ces reptiles monstrueux dont je viens de parler ; 1l s’y trouvait déjà quelques mammifères marins, mais il ne s’y trouvait aucun ou presque aucun mammifère terrestre.
La seconde se caraclérisait surtout par ces genres singuhers de pachydermes que je rappelais tout à l'heure; et c'est dès lors seulement que les mammifères terrestres commencent à dominer.
La troisième est celle des mammouths, des mastodontes, des rhinocéros, des hippopotames, des paresseux gigantesques.
Un fait bien remarquable, c'est que, parmi tous ces animaux, on n'a point trouvé l’homme ‘. L’espèce humaine n'a donc été la contemporaine ni de toutes ces races perdues, ni de toutes ces catastrophes épouvantables qui les ont détruites.
Après l’âge des reptiles, après celui des premiers mammifères terrestres. après celui des mammouths et des mastodontes, est donc venue une quatrième époque, une quatrième succession d’êtres créés, celle qui constitue la population actuelle,
1 M. Cuvier croyait aussi qu'il n’y avait point de singes, de quadrumanes. On y en a trouvé depuis.
celle que l’on peut appeler l'âge de l'homme, car c’est de cet âge seulement que date l'espèce humaine.
La création du règne animal a donc éprouvé plusieurs interruptions, plusieurs destructions successives; et ce qui n’est pas moins étonnant, c'est qu'il y a eu une époque, et la première de toutes, où aucun être organisé, aucun animal, aucun végétal, n'existait sur le globe.
Ainsi 1l y a eu une première époque où les êtres organisés n'exislaient point, car les terrains primilifs ou primordiaux ne contiennent aucun de leurs restes; ainsi les reptiles ont dominé dans l'époque suivante, car leurs restes abondent dans les terrains qui succèdent aux primitifs; ainsi la surface de la terre a été plusieurs fois recouverte par les mers, et plusieurs fois mise à sec, car les restes d'animaux marins recouvrent tour à tour les restes d'animaux terrestres, et sont tour
à tour recouverts par eux.
Reconstruction des espèces fossiles.
Le grand objet de M. Cuvier a été la reconstruction, la restitution des espèces fossiles.
Dans cette vaste étude, son attention s’est principalement portée sur deux classes des animaux verlébrés : les mammifères et les reptiles.
Il commence par les pachydermes; il continue par les ruminants, les carnassiers, les rongeurs, les édentés, les cétacés; 11 finit par les reptiles.
Le résultat fondamental de tout son livre‘ est qu'aucune * espèce fossile, du moins dans les deux classes dont il s’agit, n'a son analogue parmi les
1 Voyez ce que j'ai déjà dit de ce livre, p. 147 et suivantes.
? Ou presque aucune. Voyez ce que je dis plus loin de quelques espèces, par exemple des bœufs et des chevaux fossiles, qu’on n’a pu distinguer encore par des caractères bien sûrs des bœufs et des chevaux d'aujourd'hui.
espèces vivantes, ou, en d'autres termes, que toute espèce fossile est une espèce perdue.
Je commence, avec M. Cuvier, cette grande revue des espèces perdues, par les pachydernes.
Cette famille, si remarquable, des pachydermes avait été presque entièrement méconnue par Linnæus. Storr, qui l'avait beaucoup mieux sentie, la caractérise par cette définition : mammifères à sabots, à plus de deux doigts. Mais, sans parler de l'anoplothérium, genre fossile qui n'a que deux doigts seulement, et qui n'en est pas moms un. vrai pachyderme, 1 est évident, à consulter l'ensemble de la structure, que les solipèdes doivent être réunis aux pachydermes ordmaires. Le nombre des doigts ne peut donc pas plus être pris en considération dans cette famille que dans les autres. M. Cuvier la définit : animaux à sabots, non ruminants.
Jusqu'à lui, l'ordre ou la famille des pachydermes ne comprenait que emq genres: les éléphants, les rhinocéros, les hippopotames, les tapirs et les cochons. M. Cuvier y fait rentrer deux autres senres, les chevaux et les damans : 11 en détache
un de celui des éléphants, les mastodontes ; deux de celui des cochons, les pécaris et les phacochæres ; et il en ajoute six entièrement inconnus, les palæothériums, les anoplothériums, les lophiodons,
les anthracothériums, les chæropotames et les ada-
pis: ce qui porte, en tout, le nombre des genres de pachydermes, découverts ou décrits par lui, à seize.
Considérés dans leurs rapports avec les révolutions du globe, les pachydermes fossiles forment deux groupes, savoir : les pachydermes des terrains meubles et d'alluvion, et les pachydermes des carrières de pierre à plâtre, si abondamment rassemblés dans les environs de Paris.
Les premiers sont les éléphants, les mastodonles, les hippopotames, les rhinocéros, les chevaux, etc., fossiles. Les seconds sont les palæothériums , les anoplothériums , les lophiodons , les anthracothériums, les chæropotames, les adapis.
Toutes les espèces du premier de ces deux groupes sont aujourd'hui perdues, mais la plupart de ses genres subsistent. Il n'en est pas de même du second, où tout, genres et espèces, est également perdu.
Ici, comme dans le reste de son ouvrage, l'au-
teur ne s’est nullement astreint ni à un ordre rigoureusement géologique ni à un ordre rigoureusement zoologique. En plaçant, par exemple, les pachydermes des terrams meubles avant les pachydermes des carrières à plâtre, 1l renverse l’ordre géologique ; en les séparant les uns des autres, il rompt, jusqu à un certain point, l'ordre z0ologique ; mais, Ce qui était bien autrement important, 11 nous conserve la suite, le fil de ses idées et de’ ses recherChes:
En effet, c'est par l'étude des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames fossiles, que M. Cuvier a commencé la démonstration de ce grand fait, que des générations entières d'animaux ont été successivement détruites par les catastrophes du globe; et cette démonstration, il l'avait déjà fort avancée avant de connaître les pachydermes fossiles des environs de Paris, « avant de se dou- « ter, comme il le dit lui-même, qu'il marchait « sur un sol rempli de dépouilles plus extraordi- « naires que toutes celles qu'il avait vues Jjus- « que-là. »
Je viens de dire que l'histoire des pachydermes fossiles commence par les pachydermes des ter-
rains meubles et d’alluvion. Le premier de ces animaux qui ait été étudié par M. Cuvier, sous ce nouveau point de vue de la comparaison des espèces fossiles avec les espèces vivantes, est l'éléphant.
Jusque-là, presque tout était également inconnu sur ce singulier quadrupède. On ne savait, du moins avec quelque précision, ni s'il n'y avait qu’une seule espèce d’éléphants, ni s’il y en avait plusieurs, ni, à plus forte raison, si les ossements fossiles se rapportaient ou non aux espèces vivantes.
La première distinction vraiment spécifique de ces animaux, celle qui se fonde sur la structure de leurs dents molaires, remonte seulement à Camper. Blumenbach avait aussi vu cette différence de la forme et du nombre des plaques des dents molaires, qui distingue l'éléphant d'Afrique dg l'éléphant des Indes; mais tout se réduisait encore là ; et c'est à M. Cuvier que l’on doit la détermination de toutes les autres différences, tirées des os du cräne, de ‘ceux de la face, de ceux du squelette enticr.
On sent, en effet, que ce n'était qu'après avoir
fait connaitre l'ostéologie des espèces vivantes, que ce n'était qu'après avoir rigoureusement démêlé ces espèces elles-mêmes, qu'il pouvait se livrer, avec sûreté, à l'étude des espèces fossiles.
Il montre que les deux espèces vivantes, celle des Indes et celle d'Afrique, se distinguent par tout leur squelette, et surtout par leur crâne, leurs dents, leurs oreilles, ete. Ainsi l'espèce des Indes a la tête longue et le front plat ou même concave, tandis que celle d'Afrique a la tête ronde et le front convexe ; la première a les plaques de ces dents molares en forme de rubans ondoyants ou festonnés, la seconde à ces mêmes plaques en losanges; celle-ci a ses défenses plus grandes, ses oreilles plus larges que la première, etc. |
Quant à l'espèce fossile, ou mammouth des
iusses, elle se distingue essentiellement des deux espèces vivantes, et en particulier de l'espèce des Indes, dont elle est pourtant la plus voisine, par ses molaires dont les rubans sont plus étroits et plus droils, par les alvéoles de ses défenses quisont plus longs, par sa mâchoire inférieure qui est plus obtuse, elc.; enfin, l'individu entier, découvert en 4806, sur les côtes de Sibérie, nous a appris
RECONSTRUCTION DES ESPÈCES. 175 qu'elle avait deux sortes de poils, une laine rousse, grossière, touffue, ct des crins roides el Noirs *.
Ajoutez qu'on ne trouve les os de cette dernière espèce qu'à l’état fossile, et que l'on ne trouve Jjamais, au contraire, à cet état fossile les os d'aucune des deux autres espèces. L'espèce fossile est donc une espèce perdue. Ajoutez encore que ces os, répandus dans presque tous les pays du monde, se trouvent toujours dans les mêmes couches que ceux des mastodontes, des rhinocéros, des hippopotames. Toutes ces espèces sont donc du même âge, de la même époque ; et toutes, comme nous le verrons bientôt, sont également perdues.
Parmi ces espèces, celle qui se rapproche le plus de l'éléphant est le mastodonte. I en avait la taille, la forme ; il avait des pieds de même structure ; 11 avait comme lui une trompe, de longues défenses ; mais il en différait essentiellement, par
1 Les os qui furent montrés à Paris, vers le commencement du dix-septième siècle, par un chirurgien de Beaurepaire, nommé Mazurier, comme étant les os du roi Teutobochus; ces os, sujet fameux des longues disputes d'Habicot et de Riolan, sont aujourd’hui au Muséum. Ils n’appartiennent pas à l'éléphant, ainsi que l'avait cru Riolan, mais au mastodonte.
ses dents molaires, qui, au lieu d'être formées de lames transversales, offraient une couronne
simple et toute hérissée de tubercules ou mame- Jons.
Le mastodonte est le plus grand des animaux fossiles". C'est à propos de cet animal que Buffon a écrit ces mots remarquables : « Tout porte à croire que cette ancienne espèce, qu'on doit regarder comme la première et la plus grande de tous les animaux terrestres, n'a subsisté que dans les premiers temps et n'est pomt parvenue Jusqu à nous. »
Cependant Daubenton avait cru pouvoir rapporter une partie de ses os à l'éléphant, et une
1 Depuis M. Cuvicr, on a découvert un pachyderme fossile plus ovand encore que le mastodonte : c’est le dinothérium, dont M. Kaup a trouvé, en 1829, une mächoire inférieure dans les sablières d'Eppelsheim, et M. Klipstein, en 1836, un crâne entier dans ces mêmes sablières.
Le dinothérium portait deux défenses, mais à la mâchoire inférieure, et recourbées vers la terre.
Les défenses de l'éléphant et du mastodonte sont à la mâchoire supérieure el recourbées en haut.
M. Cuvier qui n'a connu, du dinotherium, que les dents molaires, lavait pris pour un énorme tapir, et l'avait nommé fapir gigantesque.
On connaît déjà plusieurs espèces de dinothérium : le dinotherium giganteum, le dinothérium Cuvieri, ete.
RECONSTRUCTION DES ESPÈCES. 177 autre partie à l'hippopotame. W. Hunter fit voir que le mastodonte diffère sensiblement de l'un et de l’autre de ces deux animaux; Camper montra qu'il se rapproche plus du premier que du second; mais W. Hunter tomba dans une double erreur, d'abord en confondant le mastodonute avec le mamimouth, et ensuite en le prenant, à cause des tubercules de ses dents, pour un animal carnivore; et c'est encore Camper qui, le premier, a eu le mérite de combattre et d'ébranler cette double erreur.
Enfin, M. Cuvier a complétement démontré que le mastodonte n'est ni l'éléphant n1 l'hippopoame, ‘et que, quoique plus rapproché du premier, il s'en distingue néanmoins essentiellement par ses mâchelières, et non-seulement à titre d'espèce, mais à titre de genre.
Ce genre comprend même déjà jusqu’à six espèces. La plus célèbre est le grand mastodonte, ou l'animal de l'Ohio, qui n'a laissé de ses os que dans l'Amérique septentrionale.
Une autre espèce, longtemps confondue avec celle-ci, en a été distinguée par M. Cuvier : c'est le mastodonte à dents étroites, dont on retrouve les
os dans les deux continents. Des quatre autres espèces, deux ont appartenu à l'Amérique et deux à l'Europe.
Le genre des éléphants ne nous avait montré qu'une espèce détruite’. Le genre entier des mastodontes est perdu.
Celui des hippopotames, qui ne possède jusqu 1ct qu une seule espèce vivante, en compte déjà plusieurs fossiles. La première, ou la plus grande, el la seule d’ailleurs dont on eût quelques notions imparfaites avant M. Cuvier, différait à peu près autant de l'espèce vivante que l'éléphant fossile diffère des éléphants vivants. Une seconde, le petit hippopotame fossile, en différait beaucoup plus. Les autres sont encore peu connues. Les os d'hippopotames accompagnent dans plusieurs endroits ceux des éléphants et des mastodontes ; mais ils sont beaucoup plus rares; le Val d’Arno supérieur est même jusqu'ici le seul lieu où l'on en ait trouvé avec quelque abondance.
Après le genre des hippopotames, vient celui
Ÿ On connait aujourd'hui {mais encore avec quelques doutes sur leur détermination définitive) plusieurs espèces d’éléphants fossiles.
RECONSTRUCTION DES ESPÈCES. 179 des rhinocéros. Ici, comme pour les éléphants, comme pour les hippopotames, l'ostéologie et la distinction des espèces vivantes sont toujours les deux points de comparaison auxquels se rapporte toute l'étude des ossements et des espèces fossiles.
On connait aujourd'hui jusqu'à quatre espèces vivantes de rhinocéros. La première est le rhinocéros bicorne du Cap, lequel n'a que des molaires, et point d'incisives ; la seconde est le rhinocéros unicorne des Indes , lequel a des incisives séparées des molaires par un espace vide; la troisième, le rhinocéros de Sumatra, parait former comme une espèce intermédiaire entre les deux précédentes, car elle a deux cornes comme le rhinocéros du Cap, et elle a des incisives comme celui des Indes. La quatrième est le rhinocéros unicorne de Java.
Voilà donc quatre espèces vivantes', deux unicornes, sayoir, le rhinocéros des Indes et celui de Java; et deux bicornes, savoir, le rhinocéros du Cap et celui de Sumatra. Le nombre des espèces fossiles n’est pas encore clairement établi. La plus
{ Aux quatre espèces de rhinocéros vivants, connus de M. Cuvicr, il faut en ajouter aujourd’hui trois autres : les rhinoceros Brucit, Gordoni et Simus, ele. Ces nouvelles espèces ne sont pourtant pas encore aussi rigoureusement définies que les quatre autres.
célèbre, celle dont les narines sont séparées par une cloison osseuse, se trouve en Sibérie et en différents endroits d'Allemagne. La seconde, celle dont les narines ne sont point séparées par un os, n'a été jusqu'ici trouvée qu'en Italie. Elles étaient l'une et l'autre à deux cornes, et elles paraissent avoir manqué toutes deux d'incisives. Quant aux autres espèces, au nombre de deux outrois”, elles ne sont indiquées encore que par quelques fragments.
C'est à l'espèce à narines cloisonnées qu'appartenait le rhinocéros entier, retiré de la glace sur les bords du Wilhouïi, en 1770. Ce rhinocéros était couvert d'un poil épais, à peu près’ comme l'éléphant fossile, ce qui semble prouver qu'ils ont pu, l'un et l'autre, vivre au nord. « Ainsi, dit «à cette occasion M. Cuvier, les conirées froides « qui entourent le pôle auraient donc cu, à l'e- € poque qui a précédé la dernière révolution du « globe, de grands pachydermes, comme elles ont «aujourd'hui de grands ruminants, le bœuf mus- « qué, le bison, l'élan, le cerf du Canada, le renne; « de grands carnassiers, l'ours blanc, le morse el « tant de grands phoques. »
{On ena ajouté, depuis M. Cuvier, plusieurs autres. #
On ne connaît encore que la mâchoire inférieure de l'élasmothérium, genre fossile de Sibérie, découvert par M. Fischer, genre entièrement perdu comme le mastodonte, et dont, à en juger par cette mâchoire, la taille et la forme devaient se rapprocher beaucoup de la taille et de Ia forme du rhinocéros.
Le genre des chevaux a laissé une grande quantilé de ses os, mêlés à ceux d'éléphants et de rhinocéros. On ne peut donc pas douter quil n'y ait eu des chevaux fossiles; cependant on n'a trouvé jusqu'ici aucune différence ostéologique entre ces espèces fossiles et les espèces vivantes; el ce qui n'est pas moins singulier, c'est qu'on n’en trouve non plus aucune, du moins assez fixe, assez tranchée, pour être réellement caractéristique, entre les diverses espèces vivantes du genre cheval : le cheval, l'âne, le zèbre, le couugga, ete.
Le genre des cochons n'a point encore montré de ses os ! dans des couches aussi anciennes queles éléphants, les chevaux, les rhinocéros. M. Cuvier n'en donne pas moins l'ostéologie de ce genre, car son livre à partout deux objets également impor-
{II en a montré dns ces derniers temps.
tants : l'un, la détermination même des espèces fossiles, et l’autre, les règles, les éléments, les moyens de cette détermination, c'est-à-dire les lois séntrales de l'ostéologie comparée, lois sur lesquelles repose en effet, comme je l'ai déjà dit ?, toute cette détermination. |
C'est uniquement aussi pour établir ce grand ensemble de faits et de lois ostéologiques que M. Cuvier donne la description du daman, car on n'a point trouvé non plus de ses os parmi les osscments fossiles. Le daman, petit animal d'Afrique ct d'Arabie, passait pour un rongeur. M. Cuvier montre que c'est un vrai pachyderme, et même celui de tous qui se rapproche le plus du rhimo- Céros.
Un genre non moins singulier que celui du daman, et dont l’ostéologie n'était pas moins inconnue, est celui des fapirs. On en compte aujourd'hui trois espèces vivantes : deux d'Amérique et une des Indes; et M. Cuvier déerit plusieurs animaux fossiles voisins des tapirs*.
1 Voyez, ci-devant, p. 120.
2? Quant à son fapir gigantesque, j'ai déjà dit que c’est un animal très-différent des tapirs : le Dinothérium giganteum. (Voyez ci-devant, la Note de la page 176).
Ces éléphants, ces rhimocéros, ces hippopotames fossiles, ces mastodontes, etc., tels étaient les pachydermes des terrains meubles. On voit que toutes leurs espèces sont distinctes des espèces vivantes; qu'elles sont toutes perdues, détruites, et qu elles ont toutes été détruites à la même époque et par la même catastrophe, car leurs os se trouvent partout dans les mêmes coutches. :
Les pachydermes fossiles, que nous allons voir, sont tous, au contraire, d’une autre époque, d'une époque beaucoup plus reculée ; et presque tous ont élé découverts par M. Cuvier dans ces platrières des environs de Paris, devenues par là si fameuses. Ge sont les palæothériums, les anoplothériums, les lophiodons, les anthracothériums, les chæropotames, les adapis.
Les os de tous ces genres, ou plutôt de toutes ces espèces, car la plupart de ces genres en ont plusieurs, les os de toutes ces espèces étaient mêlés, confondus ensemble. Il à fallu commencer par les déméler; il a fallu rapporter ensuite chaque os à son espèce ; 1l a fallu reconstruire enfin
le squelette entier de chacune d'elles; et c'est 1ci | 40.
que se montre dans toute sa force la méthode imaginée par l’auteur pour cette reconsiruction.
En fait d'espèces fossiles, les dents sont toujours la première partie à étudier, et la plus importante; car on détermine par les dents si l’animal est carnivore ou herbivore, el même, dans quelques cas, à quel ordre particulier d’'herbivores ou de carnivores il appartient. M. Cuvier, ayant done rétabli la série complète des dents qui se trouvaient les plus communes parmi celles qu'il avait recueillies, vit bientôt qu'elles provenaient de deux espèces différentes, dont l'une était pourvue de dents canines saillantes, et dont l’autre en manquait.
La seule restitution des dents donnait donc ainsi deux espèces de pachydermes : l'une, à eanines saillantes, est le palæothérium ; l'autre, sans canines saillantes, ou à série de dents continue, . est l'anoplothérium. De plus, cette seule restitution montrait déjà, dans chacune de ces espèces, le type d'un nouveau genre: deux genres voisins des tapirs et des rhinocéros, mais deux genres entièrement perdus, car aucun pachyderme vivant
ne reproduit, même génériquement, leur système dentaire.
Et telle, d'un autre côté, était la rigueur des lois zoologiques suivies par l'auteur, que, les dents lui ayant donné deux genres distincts, 1l ne pouvait douter que toutes les autres parles du squelette, la tête, le tronc, les pieds, ne fussent aussi de deux genres différents. Il prévit donc aussitôt, pour chacun de ces genres, une tête, un tronc, des pieds d’une forme particulière, comme il leur avait trouvé un système dentaire propre; et 1l ne tarda pas à trouver tout ce qu'il avait prévu.
Les dents étant rétablies, il fallait s'occuper de la restitution des têtes; et bientôt il fut évident qu'il y en avait aussi de deux genres. Les pieds sont, après les dents et la tête, les parties les plus caractéristiques du squelette; et leur restitution donna de même deux genres. Il ne restait donc plus qu’à rapporter chaque pied à sa tête, et chaque tête à son système dentaire.
Or la restitution des pieds de derrière en avait donné de deux sortes, les uns à trois doigts, et les
autres à deux seulement; et la restitution des pieds de devant en avait parcillement donné de deux sorles, les uns à trois doigts, les autres à deux. S'aidant, tour à tour, de l'analogie générale des espèces qu'il reproduit avec les espèces vivantes les plus voisines, et des rapports particuliers de proportion et de grandeur des diverses parties dont 1l s'agit, les unes avec les autres, M. Cuvier réunit d'abord les pieds de derrière à deux doigts à ceux de devant qui en ont deux ; 1l réunit ensuite les pieds de derrière à trois doigts à ceux de devant qui en ont trois aussi ; et, toujours guidé par la même analogie, par les mêmes rapports, il réunit les premiers au système dentaire sans canines saillantes, et les seconds au système dentaire à canines saillantes. Il réunit successivement ainsi, pour chaque genre, tous les os du crâne, du tronc, des extrémités; il refait, enfin, leur squelette entier; et à peine ce grand travail est-il terminé, que, par un hasard singulier, un squelette à peu près complet de l’un d'eux, trouvé à Pantin, vient confirmer tous les résultats déjà obtenus. Dans ce squelette, tous les os étaient réunis, joints ensemble, comme les avait réunis M. Cuvier.
XECONSTRUCTION DES ESPÈCES. 187
Une première espèce de chaque genre étant ainsi reconstruite, et, en quelque sorte, de nouveau rendue à Ja lumière, leur nombre ne tarda pas à-s’accroitre : M. Cuvier compta bientôt jusqu'à cinq espèces d'anoplothériums, et jusqu’à onze ou douze palæothériums.
Tous les anoplothériums, qui ont été connus de M. Cuvier, sont des environs de Paris. Le plus commun était de la taille d’un âne; un autre était de la taille d'un cochon; un troisième, de la taille d'une gazelle; un quatrième, de la taille d'un hèvre ; le cinquième était plus petit encore.
Parmi les palæothériums, 11 y en avait, à Paris seulement, jusqu à sept espèces : une de la taille du cheval, une de celle du tapir, une de celle du mouton, une de celle du lièvre, etc.; une autre espèce, découverte près d'Orléans, égalait à peu près le rhinocéros, etc.
Le palæothérium qui, à Paris, est toujours accompagné de l’anoplothérium, l'est, presque partout ailleurs, d'un autre genre non moins remarquable, le lophiodon. Ce nouveau genre se rapprochait aussi beaucoup des tapirs, comme le palæothérium, comme l'anoplothérium ; il est,
comme ces derniers, entièrement perdu, ct, comme eux, déjà riche en espèces. M. Cuvier en a fait connaitre jusqu à douze, toutes de France.
Le genre chœropotame, le genre adapis, ne comptent chacun qu'une espèce‘. Le genre anthracothérium en compte cmq*, dont une approchait du rhinocéros par sa taille.
Avec ces nombreux pachydermes, première population de mammifères terrestres, M. Cuvier a recueilli quelques débris de carnassiers du genre des chiens, de celui des genettes, de celui des ratons, etc.; une chauve-souris du genre des vespertlilions; une espèce de sarique, voisine de la marmose ; deux rongeurs, l'un du genre des loirs, l'autre de celui des écureuils ; jusqu'à six espèces d'oiseaux de divers ordres; des crocodiles, des trionyx, des émydes; et quelques espèces de poissons d'eau douce. |
Mais, pour nous en tenir ici aux seuls pachydermes, lesquels forment la partie, sans aucune
! Depuis M. Cuvier, le genre chœropotame en compte deux de plus.
* Depuis M. Cuvier, il en compte quelques antres.
comparaison, la plus importante de celte antique population du globe, voilà près de quarante espèces, et jusqu'à cinq genres entièrement perdus ; et, ce qui n'est pas moins notable, aucune de leurs espèces ne se trouve mêlée avec les espèces de la population des éléphants et des mastodontes. Ccs deux populations appartiennent donc à deux âges essentiellement distincts.
Les ruminants, dont M. Cuvier fait succéder l'étude à celle des pachydermes, nous ramènent aux animaux des terrains meubles: ce n’est, en cflet, que dans ces terramns que leurs os abondent. Deux genres surtout s y montrent en grand nombre, les cerfs et les bœufs.
M. Cuvier commence toujours par l’ostéologic et la détermination des espèces vivantes ; 1l passe ensuite aux espèces fossiles. La plus célèbre de ces espèces, dans le genre cerf, est le cerf à bois gigantesque, Si commun en frlande, et par cela même connu pendant quelque temps sous Île nom d’élan fossile d'Irlande, mais retrouvé depuis en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France, etc.
Avec cette grande espèce, dont la taille surpas-
sait même celle de l'élan, vivaient deux espèces très-voisines du renne: la première, des environs d'Étampes et de la caverne de Breugue, la seconde, de Scanie; une espèce de daim gigantesque, trouvée dans la vallée de la Somme et en Allemagne; une espèce de chevreuil, à peu près de la taille de celui d'Europe, trouvée à Montabusard ; enfin, les cerfs des brèches osseuses de Gibraltar, de Cette, de Nice, etc".
Le genre des bœufs compte huit espèces vivantes : le bœuf commun, l'aurochs, deux espèecs disünguées pour la première fois l’une de l’autre par M. Cuvier; le buffle, dont une variété à lonvues cornes est l’arni, le bison, le yack ou buffle à queue de cheval, le buffle musqué, le buffle du Cap, et le bœuf des Jongles.
Les espèces fossiles sont moins nombreuses.
M. Cuvier n'en a connu que trois : une très-voisine de l’aurochs, l’autre du bœuf commun, et la troisième du buffle musqué*.
1 M. Cuvier comptait déjà huit espèces de cerfs fossiles. On na cessé, depuis, d'en découvrir de nouvelles. On en compte aujourd'hui près de cinquante.
? On croit pouvoir en admettre aujourd’hui quelques-unes de plus. |
NT
Les brèches osseuses donnent quelques débris d'une espèce de mouton où d'antilope : c’est l'antilope ou mouton de Nice. Les autres genres
de ruminants, les chèvres, les girafes, les cha-
meaux, les lamas, les chevrotains, n'ont offert à M. Cuvier aucun de leurs os à l'état fossile *.
est dans les cavernes d'Allemagne, d'Angleterre, de France, etc., qu'abondent surtout les restes fossiles des carnassiers.
Après avoir débrouillé la détermination, jusquelà si confuse, de leurs espèces vivantes, M. Cuvier décrit les espèces fossiles des carnassiers : quatre espèces d'ours, l'ours des cavernes, l'espèce de toutes la plus nombreuse, l'ours arctoïde, l'ours intermédiaire, et l'ours à dents comprimées; une hyène, presque aussi abondante que l'espèce d'ours
qui l'est le plus; deux tigres ou panthères, un
loup, un renard, une mouffette, deux belettes, un glouton, etc.
Les rongeurs fossiles sont peu nombreux. Les grandes couches de terrains meubles n'ont même * Depuis M. Cuvicr, on a découvert quelques os de chameaux el
de girafes fossiles.
fl
192 DA LÉONTOLOGIE.
donné jusqu'ici qu'une grande espèce de castor, nommée trogonthérium par M. Fischer; les brèches osseuses montrent deux espèces de lagomys, deux espèces de lapins, des campagnols, des
rats, etc.
L'ordre des édentés na offert à M. Cuvier que deux espèces fossiles, mais gigantesques : le mégalonyx, de la taille des plus grands bœufs, et le mégathérium, de la taille des plus grands rhimoctros. Les deux énormes espèces sont d'Amérique". Une phalange onguéale, trouvée dans un canton de l’ancien Palatinat, non loi du Rhin, lui en à indiqué une troisième voisine du pangolhin, et toui aussi gisantesque que les deux autres.
Ici finit la population des terrains meubles. Les cétacèés appartiennent tous à des couches essen- Hellement marimes ; et il en est des mammifères dits amphibies, c'est-à-dire des phoques et des
morses, comme des célacés.
! Au mégathérium, au mégalonix, il faut ajouter aujourd'hui le genre #7ylodon de M. Owen, son genre scelidoihérium, etc., et surtout son glyptodon, gigantesque fatou à carapace énorme des plames sablonneu-es où pampas de la Plata.
« RECONSTRUCTION DES ESPÈCES. 193 Un premier groupe de ces mammifères marins, dont l'ostéologie et les espèces vivantes ellesmêmes étaient encore si peu connues, un prenne groupe a précédé tous les mammifères terrestres. Ses dépouiiles ont montré à M. Cuvier des os de daujhins, de lamantins, de morses. Un second groupe à succédé aux palæothériums ; M. Cuvier y à reconnu un dauphin, voisin de l'épaulard; une baleine, voisine des rorquals; et tout un genre enuèrement perdu, les phius, voisin des cachalots et des hypéroodons.
J'arrive aux reptiles. M. Cuvier éludie successivement les crocodiles, les tortues, les lézards, Les batraciens ; 1 finit par la famille si extraordmaire des ichthyosaurus et des plésiosaurus.
Les crocodiles fossiles sont très-nombreux.
M. Cuvier en décrit jusqu'à quinze espèces, dont quatre appartiennent au sous-genre des gaviais : le gavial de Monheim, crocodilus priscus de Sæmmerring, le gavial de Caen, et les deux gavials de Honfleur ; les autres sont des crocodiles proprement dits, tels que celui de Sussex, celui d'Argen- Lon, etc.
Les tortues fossiles sont plus nombreuses encore
ee PALÉONTO LOGE:
que les crocodiles ; 11 y en a déjà jusqu'à seize ou dix-sept espèces, dont plusieurs tryonix, plusieurs émydes ou tortues d'eau douce, plusieurs chélonées ou tortues de mer, et quelques tortues terrestres.
La famille des batraciens nous offre une espèce fossile énorme, la salamandre gigantesque d'OEningen, où le prétendu homme fossile, lhomo diluvii testis de Scheuchzer.
L'ordre de reptiles qui donne les espèces fossiles Les plus extraordmaires est celui des sauriens. D'abord, la plupart étaient gigantesques, Une première, le grand saurien de Monheim, le lacerta qigantea de Sæmmerrmeg, le géoscurus de M. Cuvier, avait jusqu'à douze ou treize pieds de longueur; une seconde, le mosasaurus, le grand saurien des carrières de Maestricht, pris longtemps pour un crocodile, en avait plus de vingt-quatre; et une troisième, vraiment gigantesque, le meyalosaurus, en avait plus de soixante-dix. Voilà done un lézard qui surpassait les plus grands crocodiles, et qui approchait même, par sa taille, d’une baleine. Ce orand lézard a été découvert par M. Buckland, dans les banes d’oolithe de Stonesficld, près d'Oxford.
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