‹ Histoire des travaux de Georges CuvierChapitre 13 sur 94 · NE PRE UE · texte numérisé non relu

NE PRE UE

M. Cuvier fait connaitre encore quelques débris de monitors fossiles de Thurimge, d’un grand saurien de Honfleur, d'un saurien gigantesque des carrières de Caen, etc.

Le genre des ptéroductyles, où lézards volants, n'est plus remarquable par sa taille, mais il l'est sinoulièrement par une structure des plus bizarres: une queue très-courte, un cou très-long, un bec d'oiseau, enfin un doigt très-prolongé, et qui ne se prolongeait ainsi que pour porter une sorte d'aile. M. Cuvier a décrit deux espèces de ptérodactyles': une de la grandeur d’une chauve-souris, l’autre un peu plus grande. Il est inutile d'ajouter que le genre est entièrement perdu.

Mais quelque chose de plus étrange encore en fait de structure, c'est ce que présentent les deux autres genres de sauriens également perdus, les ichthyosaurus et les plésiosaurus : les premiers, réunissant {out à la fois un museau de dauphin, des dents de crocodile, une tête et un sternum de lézard, des pattes de cétacé, mais au nombre de quatre, et des vertèbres de poisson; et les seconds joignant à ces mêmes pattes de cétacé une tête de

Ÿ On en connait aujourd’hui jusqu’à neuf.

lézard, et un cou d’une lonoueur si démesurée ) D qu où y compte plus de trente vertèbres.

L'ichthyosaurus et le plésiosaurus ont été trouvés, pour la première fois, en Angleterre ; ils ont élé retrouvés depuis en Allemagne et en France. La découverte du premier de ces deux genres est due à Everard Home, et celle du second à M. Convbeare. On connait déjà jusqu'à quatre espèces d'ichthyosaurus, et jusqu à cimq de plésiosaurus.

Ces reptiles si nombreux et si variés, ces crocodiles, ces tortues, cette énorme salamandre, ces sauriens bizarres ou gigantesques, tous ces reptiles, joints à des crustacés, à des mollusques, à des zoophytes, à des poissons, à des mammifères marins, formaient la première population animale qui ait couvert le globe; la seconde est celle des palæothériums; la troisième est celle des mastodontes ; la quatrième est la population actuelle.

Il y a donc eu, ainsi que je le disais tout à l'heure, et cela sans compter l'époque actuelle, trois populations animales distinctes: celle des reptiles, celle des palæothériums, celle des mastodontes; et, après chacune de ces populations, à

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mer est venue s'emparer du sol que celte population occupait, pour le céder ensuite à une population nouvelle: car constamment des couches marines succèdent à des couches terrestres, conslamment des animaux qui ont vécu dans les mers succèdent à des animaux qui ont véeu sur la terre sèche.

Tel est l’ensemble des espèces fossiles reconstruites par M. Cuvier. On connait’ les lois précises sur lesquelles se fonde cette reconstruction; et l’on à vu comment, d'après ces lois, on peut d'une seule partie conclure toutes les autres.

Par exemple, cette phalange de pangolin trouvée dans l’ancien Palatinat, et dont je parlais il n'y à qu'un instant”, cette phalange énorme démontre, à elle seule, une espèce perdue.

« Rien ne prouve mieux, dit à celte occasion «M. Cuvier, l'importance des lois de l'ostéologie

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comparée que loutes les conséquences qui peu-

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vent légitimement se tirer de ce seul fragment ;

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et cependant aucune des personnes qui ont lu

mes chapitres précédents ne doutera de la jus-

! Voyez, ci-devant, pages 163 et suivantes, ? Page 192.

« Lesse de ces conséquences. A lui seul, ce mor- « eeau prouverait qu’il a existé autrefois des ani- «maux aujourd'hui inconnus, qu une catastrophe « quelconque a fait disparaitre des pays qu'ils chabitaient, et a probablement anéantis sur «toute la surface du globe. »

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Rapports des espèces fossiles avec Les conehes du globe.

Les rapports des couches du globe avec les êtres qu’elles récèlent constituent la base de toute la théorie de la terre. Le

M. Cuvier lui-même s'exprime ainsi : « C'est aux , fossiles seuls qu'est due la naissance de la théorie de la terre: sans eux, l'on n'aurait peut-être « jamais songé qu'il y ait eu, dans la formation du « globe, des époques successives et une série « d'opérations différentes. Eux seuls donnent la « certitude que le globe n'a pas toujours eu la « même enveloppe, par la certitude où l'on est qu'ils ont dû vivre à la surface avant d'être en-

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« sevelis dans la profondeur. »

La vie n'a pas toujours existé sur le glohe.

Les rapports des couches du globe avec les êtres

organisés marquent le point où elle a commencé, ils montrent, de plus, que depuis qu'elle existe, elle a souvent été troublée par des catastrophes terribles ; 1ls montrent enfin qu'à chacune de ces catastrophes elle a pris de nouvelles formes, c’està-dire que les espèces alors subsistantes ont disparu, et qu'il en a paru de nouvelles".

La vie, considérée d'une vue générale, a donc eu ses phases de développement, ses progrès, ses interruplions, ses reprises.

Commençant notre revue des couches du globe par les formations les plus anciennes, les granits, les gneiss, les marbres et les schistes primitifs, ces antiques fondements de l'enveloppe actuelle du globe *, nous remarquons que, dans cette première époque, la vie ne se montrait pot encore.

Passant aux terrains de transition, nous voyons paraitre des x0ophytes, des mollusques, des crusta-

1 J’expose ici les idées de M. Cuvier. Il admettait des créalions successives. Après de longues méditations sur ce grand sujel, j’æ eru pouvoir prendre la thèse contraire. Je publierai bientôt un livre sous ce titre : DE L’UNITÉ DE CRÉATION.

? Expressions de M: Cuvier:

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cés, peut-être même des os et des squelettes de poissons.

Traversant les couches de houille, ces restes des premières richesses végétales qui aient orné lu face du globe”, et arrivant au schiste cuivreux placé sur ces couches, nous découvrons, parmi d'innombrables poissons d'un genre aujourd'hui inconnu, les premières traces des reptiles ; remontant jusqu'au calcaire dit du Jura, nous voyons la classe des replies prendre tout son développement; et ce n'est que dans le calcaire grossier qui repose sur les argiles placées au-dessus de la craie, que commencent à se trouver des os de mammifères: encore appartiennent-1ils tous à des mammifères marins, à des dauphins mconnus, à des lamantins, à des morses.

Les couches qui ont succédé au calcaire grossier sont donc les premières où se montrent des mammifères terrestres. La est toute cette population si remarquable de pachydermes découverts par M. Cuvier dans les gypses, mêlés de calcaire, des environs de Paris: les palæothériums, les lophiodons , les anoplothériums, les anthracothériums, elc., etc.

! Expressions de M. Cuvier.

Nous avons vu plus haut qu'avec ces pachydermes vivaient des carnassiers, des rongeurs, des oiseaux, des crocodiles et des forlues, des poissons, etc.

Toute celte population, que M. Cuvier appelle d'âge moyen, a été détruite : de grands dépôts de formation marine en recouvrent partout les débris; et à ces dépôts appartiennent quelques célacés déjà plus semblables à ceux de nos jours, un dauphin, voisin de l'épaulard, une baleine, voisme des rorquals, etc.

La mer dans laquelle vivaient ces cétacés, s’étant retirée, laissa la place à une population nouvelle, à celle dont les dépouilles remplissent les couches sablonneuses et limoneuses de tous les pays connus, population composée d’éléphants ou mammouths, de rhinocéros, d'hippopotames, de mastodontes , d'innombrables chevaux, de plusieurs grands ruminants, de carnassiers de la taille du lion, du tigre, de l'hyène, de l'ours, d'énormes édentés, le mégalhérium, le mégalonyx, de rongeurs, elc., ete., « population dont le caractère, «dit M. Cuvier, ressemble, même-dans l'extrême «nord et sur les bords de la mer Glaciale d’au-

« Jourd’hui, à celui que la seule zone torride nous « offre maintenant; et toutefois, ajoute-t-il, aucune « espèce n y était absolument la même. »

Telle est la population qui nous a été conservée dans ces amas de terres, de sables, de limons, dans ce diluvium, comme l'appelle M. Buckland, débris immense de la dermère des catastrophes du globe, lequel recouvre partout nos grandes plaines, remplit nos cavernes, obstrue les fentes de nos rochers, etc.

Parmi tous ces animaux perdus de l'avant-dernier âge de la vie sur le globe, M. Cuvier n'avait trouvé aucun débris de quadrumane. On v en a trouvé depuis *.

M. Cuvier n'y avait trouvé, non plus, aucun débris d'homme; et, malgré loutes Les recherches qui ont été faites depuis, aujourd'hui encore on n yen connait point ”.

Il y a donc eu, dans la nature animale, nonseulement une succession de variations, mais aussi une progression de formes. Car les premiers animaux qui paraissent sont des 20ophytes, des mollusques, des crustacés, des poissons; les reptiles

! Voyez ci-devant, p. 167.

* Voyez ci-devant, p. 167.

ne viennent qu'ensuite; les mammifères ne viennent qu'après les reptiles; et ces mammifères ont “déjà paru jusqu'à deux reprises différentes, que l'homme ne se montre point encore: il ne se montre que dans la population actuelle.

Ajoutez que tous ces mammifères terrestres sont distincts de genre ou d'espèce des animaux actuels, et qu'il y a encore ici une progression: presque tous les animaux de l'âge des palæothériums, comparés à ceux d'aujourd'hui, diffèrent de genre ; au contraire, les animaux de l’âge des mammouths, comparés toujours à ceux d'aujourd'hui, ne différent plus que d'espèce; mais tous, ou presque tous, diffèrent d'espèce *.

! Parmi les espèces de l'époque du mammouth, 11 n’y a de doute que pour les chevaux, pour les bœufs, et pour quelques espèces de cerfs : pour tous les autres animaux, la différence spécifique est certaine; et encore vous remarquerez qu'ilne s’agit ici que de la comparaison des squelettes. Or, nommément pour les chevaux, l'identité du squelette n’est pas une preuve absolue de lidentité de l'espèce. On n'a pu découvrir jusqu'ici, comme je l'ai déjà dit (p. 181), aucune différence spécifique entre le squelette de l'âne et celui du cheval; et cependant l’âéne et le cheval sont deux espèces distinctes et bien tranchées.

De la dernière révolution du glohe.

Cette dernière révolution n'est sûrement pas très-ancienne. Ce qui le prouve, c'est l'état de conservation que présentent les débris fossiles renfermés dans les couches les plus rapprochées de la superficie du globe.

On a retiré de la gélatine des os fossiles de ce dernier âge.

J'ai mis une défense d'éléphant fossile dans de l'acide hydro-chlorique étendu d'eau, et elle m'a restitué son cartilage presque aussi complétement que l'aurait fait une défense d'éléphant vivant.

Enfin, l'éléphant, le rhinocéros fossiles, saisis par la glace, et dont j'ai parlé plus haut, étaient si bien conservés, que, comme je l'ai déià dit aussi, les ours et les chiens ont pu s’en disputer et en dévorer les chairs *.

{ Voyez, ci-devant, p, 154

Quant à la quatrième et dernière population, à la population actuelle, elle n'a pas été elle-même à l'abri de loute grande catastrophe. |

«Je pense avec MM. Delue et Dolomieu, dit CM. Cuvier, que, s'il y a quelque chose de con- « staté en géologie, c'est que la surface de notre « globe a été la victime d’une grande et subite «révolution, dont fa date ne peut remonter beau-

« coup au delà de cinq ou six mille ans ; que cette révolution à enfoncé et fait disparaitre les pays < qu'habitaient auparavant les hommes et les es-

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