APPLICATION DE L'ANATOMIE A L'HISTOIRE NATURELLE GÉNÉRALE
Bonnet avait porté l'histoire naturelle dans Îa philosophie: c'est là sa gloire. Mais 1l restait à porter l'anatomie dans l'histoire naturelle générale, et c est ce qu'a fait M. Cuvier.
L'anatomie comparée cest le grand ressort par lequel il a, comme nous avons vu, renouvelé la zoologie et fondé l'étude des ossements fossiles. En introduisant l'anatomie comparée dans l'histoire naturelle générale, 1l a rendu un service non moins important peut-être, quoique d'un ordre très-différent.
208 IISTORE NATURELLE
Cest par là qu'il a soumis à l'empire des faits positifs et des idées précises toutes ces questions de l'Échelle continue des êtres, de l'Unité de structure, de la Fixité des espèces, elc., questions pleines d'intérêt et qui occupent si fort les esprits depuis un siècle.
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Be l'échelle continue d#s êtres.
Rien n’est plus célèbre, en histoire naturelle, que l'échelle des êtres, développée par Bonnet.
Leibnitz, mspiré par une vue philosophique , semblait avoir prédit la découverte du jolype. « Les hommes, avait-1l dit, tiennent aux ani-
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«maux, ceux-ci aux plantes, et celles-ci aux fos-
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siles.. La loi de continuité, avait-il dit encore, « exige que tous les êtres naturels ne forment « qu'une seule chaine, dans laquelle les différen- « tes classes, comme autant d'anneaux, tiennent « Si étroitement les unes aux autres, qu'il soit im- « possible de fixer précisément le point où quel- « qu'une commence ou finit, toutes les espèges qui « occupent les régions d'inflexion et de rebrousse- « ment devant êlre équivoques et douées de carac-
«{ères qui se rapportent également aux espèces « voisines. Ainsi l'existence de xoophytes, par « exemple, d'animaux-plantes, non-seulement n’a «rien de monstrueux, mais il est même con- « venable à l'ordre de la nature qu'il v en ait!»
Enfin, 1l avait ajouté ces paroles remarquables : « Teile est chez moi la force du principe de conti- Qnuilé, que non-seulement je ne serais poinl « étonné d'apprendre qu'on eût trouvé des êtres «qui, par rapport à plusieurs propriétés, par «exemple, celles de se nourrir ou de se multi- « plier, pussent passer pour des végétaux à aussi « bon droit que pour des animaux, et qui renver- « sassent les règles communes, bâties sur la sup- « position d'une séparation parfaite et absolue « des différents ordres des êtres simultanés qui « remplissent l'univers; j'en serais si peu étonné, « dis-je, que même je suis convameu qu'il doit y «en avoir de tels, et que l'histoire naturelle par- « viendra à les connaitre un jour, quand elle aura «Ctudié davantage cette infinité d'êtres vivants « que leur petitesse dérobe aux observations com- « munes, et qui se trouvent cachés dans les en-
1 Lettres de Leibnitz. Voyez lPAppel au public de Kæœnig, 4ÿpendice, p. 45.
PHiLOSOPHIQUE. 211 « trailles de la terre et dans l'abime des eaux’. »
Or ces êtres annoncés par Leibnitz, ces êtres qui devaient tenir également de l'animal et du vécétal, les expériences de Trembley, bien plus étonnantes que l'espèce de prédiction de Lerbnitz, semblèrent enfin les avoir découverts.
Le polype, si admirablement étudié par Trembley, pousse des bourgeons comme une plante ; il se reproduit par section, par bouture, comme une plante ; il est done, tout à la fois, animal par sa mobilité, par sa sensibilité, par la manière dontil se nourrit, et végétal par la manière dont il se reproduit et se régénère. Le chainon qui le le règne végétal au règne animal, ce chaînon qui jusque-là avait manqué à a chaîne continue des êtres, ce chaînon était donc trouvé.
La découverte des propriétés singulières du polype est assurément une des plus belles que l'histoire naturelle ait jamais faites. Mais ce qui frappa surtout Bonnet dans cette découverte, c'est qu'elle ne Semblait être que la conséquence d'un prin-
! Lettres de Leibnits. Vovez Appel au public de Kœmg, Ap-
pendice, p. 46,
212 HISTOIRE NATURELLE cipe déjà posé, du principe de la continuité des ètres. |
C'est donc à ce principe que s’attacha Bonnet. Cette échelle, si je puis ainst dire, métaphysique, qu'avait proposée Letbnitz, Bonnet voulut la transformer en une échelle réelle et matérielle. <
Il rangea donc les êtres sur une seule ligne, en allant du plus simple au plus compliqué, ou du règne minéral au règne végétal, du règne végétal au règne animal, du rêgne animal à l'homme ; et cette ligne unique, 11 voulut, de plus, qu'elle fût partout continue, c'est-à-dire qu'elle n offrit nulle part des interruptions, des hiatus, des sauts.
Deux idées principales le ælirigèrent donc :
l'une, que les êtres ne formaient qu'une seule ligne; l'autre, que cette ligne était partout continue.
Or, de ces deux idées, l’une ne pourrait pas plus être soutenue aujourd'hui que l’autre. Les êtres, et, pour nous borner tout de suite au règne anal, qui seul nous oceupe ici, les animaux ne forment pas une seule ligne, ils en forment mille.
SI vous remontez des espèces inférieures vers
PHILOSOPHIQUE. 215 les supérieures, vous trouverez autant de lignes de complication que vous trouverez d'organes. Ki
vous considérez le système nerveux, vous mettrez les insectes au-dessus des mollusques; si vous con- … sidérez la circulation, les sécrétions, elc., vous
mettrez les mollusques au-dessus des insectes ; si
- vous considérez la respiration, l'oiseau aura le pas sur le mummifère ; si vous considérez l'intelligence, le mammifère aura le pas sur l'oiseau; le reptile est au-dessus du poisson par la respiration, 1 est au-dessous par la circulation, etc., ete.
I n’y a donc pas de développement graduel, uniforme, de la totalité des organes. La gradation se fait tantôt par une partie, tantôt par une autre. imaginez une série par les sens, une par la cireulation, une par la respiration, etc.; aucune ne sera tout à fait semblable. Si vous prenez la respiration, l'insecie et l'oiseau l'emporteront sur tous les autres animaux, car ils ont, l'un et l’autre, la respiration la plus étendue possible, une respnraion générale, une respiration double; voila donc
oiseau placé tout près de l'insecte : prenez à présent la cireulation, et tout cet ordre sera renversé: l'insecte el l'oiseau seront placés aux deux bouts opposés de l'échelle, car l'un a la circulation Îa
2 i4 HISTOIRE NATURELLE plus complète possible, et l’autre n’en a point du | P | |
Lout.
Supposer une seule ligne de gradations organiques, c'est supposer un seul plan de structure. Mais il y a plusieurs plans de structure, et c’est pourquoi il y a plusieurs gradations parallèles.
Il y a des plans de structure qui sont Imverses. La respiration générale et la respiration circonserile sont, en tout point, des stractures in-
verses, CLOS EE.
En cherchant l'unité dans les organes, les naturalistes se sont trompés. Ce n'est pas dans les organes que réside l'unité, c'est dans les fonctions. Et encore ne faut1l regarder 1ie1 que les fonctions générales et essentielles.
Or les fonctions générales et essentielles sont au nombre de quatre : la sensibilité, le mouvement, la nutrition, la reproduction.
Ces quatre fonclions se retrouvent partout, car 11 n'y a pas d'animal possible sans elles. Ce sont à, si Je puis ainsi dire, les conditions absolues de Panimalité ; mais il y a mille moyens de satisfaire à ces conditions.
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La question de l'unité de ligne dans l'échelle des
êtres se résout donc en celle de l'unité de structure,
question dont on s’est beaucoup occupé aussi, et jusque dans ces derniers temps, et dont l'examen fera l'objet d'un autre chapitre.
Je viens à la seconde idée qui à dirigé Bonnet dans la furmation de son échelle des êtres. H veut que cette échelle soit partout continue.
Pour passer d'une espèce à l’autre, d'un groupe à l'autre, d'une nature à l'autre, sans saut, sans hiatus, 11 lui faut donc des espèces qui tiennent des deux espèces, des deux groupes, des deux natures qu'il veut rapprocher. C'est ce que Leibmiiz avail appelé espèces équivoques, et que Bonnet appelle, tour à tour, espèces mitoyennes ou passages.
Or ces passages proposés par Bonnet, ces pussages qu sont le point fondamental de sa théorie (et de quelle théorie? de la théorie, peut-être, qui a le plus exercé d'influence sur Ja partie plulosophique de l'histoire naturelle pendant un siècle , ces passages peuvent à peine êlre rappelés aujourd'hui d'une manière sérieuse.
« Le polype, dit Bonnet”, unit les plantes aux «insectes. Le ver à tuyau conduit des insectes «aux coquillages. La limace touche aux coquil- « lages et aux reptiles. L'anguille forme un passage « des reptiles aux poissons. Le poisson volant est « un milieu entre les poissons et les oiseaux. La
« chauve-souris enchaine les oiseaux avec les qua- « drupèdes ?. »
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Le polype, selon Bonnet, fait donc le passage du règne végétal au règne animal. Or, si l’on entend dire par là que le polype, à ne considérer que la simphoité de structure, est l'animal qui se rapproche le plus de la plante, on a raison. Mais, si l'on entend dire que le polype est une espèce mitoyenne, équivoque, qu'il est moitié animal, moitié \égétal, on se trompe. Le polype est animal et n'est qu'animal. Il sent, 1l se meut, 1l di-
cère, etc. I se reproduit, à la vérité, par bou-
! Je m'en tiens toujours à la seule partie de son échelle des étres qui concerne le règne animal. Il convient d’ailleurs lui-même que: « Sile polype nous montre Îe passage du végétal à l'animal, « on ne découvre pas également celui du minéral au végétal. » Considérations sur les corps crganisés, p. 175. OEuvres de Bonnet, Neuchàtel, 4779.
? Principes philosophiques sur la cause première et sur son effet, p. 226. Voyez aussi sa Coutemplalion de la nature, 5° partie.
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ture, comme la plante; mais cette propriété même, il la partage avec des animaux d'une structure bien plus compliquée, et dont le caractère exclusif d'animalité ne saurait être mis en question, par exemple, avec des vers (le lombric ou ver de terre, les naïdes ou vers d'eau douce), animaux qui ont un estomac, des intestins, une circulation complète, des artères, des veines, un système nerveux distinct, etc., etc. La salamandre, qui est un animal vertébré, un reptile, reproduit sa queue et ses pattes, et les reproduit autant de fois qu'on les coupe. Le polype n’est donc pas un étre équivoque ; c'est un animal dont la structure est plus simple que celle des autres, et voilà tout.
Il est curieux de voir sur quelles bases fraailes Bonnet se fonde pour établir les autres passages.
Ainsi, par exemple, la limace fait passage des coquillages aux reptiles, parce qu'elle rampe ; l'anguille, des reptiles aux poissons, parce qu'elle a un corps allongé; le poisson volant (l’hirondelle de mer, etc.), des poissons aux oiseaux, parce qu'il peut s'élever et se soutenir dans l'air; la chauve-souris, de l'oiseau au mammifère, parce qu elle vole, etc.
C'est donc toujours par une circonstance extérieure, et qui ne fait rien au fond des structures, à la nature intime de l'animal, que Bonnet se décide.
Toute la structure intérieure, profonde, sépare la limace, qui est un mollusque, du reptile, qui est un animal vertébré : même cette action de ramper, qui leur est commune, se fait par des moyens trèsdifférents dans le reptile et dans la limace: la limace rampe par la simple contraction d'un disque charnu placé sous le ventre; le reptile par le jeu de vertèbres à facettes arliculaires très-compliquées, etc. L'anguille, qui a les nageoires, les branches, les vertèbres, etc., des poissons, n'a rien du reptile; le poisson volant, qui est un vrai poisson, n'a rien de l'oiseau ; la chauve-souris, qui est vivipare, qui a des mamelles, qui allate ses petits, qui à une respiration simple, ete., vole, il est vrai, et n'en est pas plus viseau pour cela, car elle vole par des moyens tout différents de ceux de l'oiseau”.
À considérer la nature imtime des choses, 1l n°y a donc nulle espèce mitoyenne, équivoque, nul
oiseau vole par tout son bras, et n’a de doigts qu’en vestige; la chauve-souris vole par des doigts très-développés, au contraire, et réunis lun à Fautre par des membranes.
être mi-parti de deux natures diverses. Les prélendus passages de Bonnet n'en sont donc point; et, si Bonnet les propose pour tels, c’est qu il s’en tent à l'extérieur, à la surface des êtres; c'est que, comme. il le dit lui-même, « il se borne à « contempler et n'entreprend pas de disséquer ‘.» Et ce dernier mot dit tout : c'est qu'il n'est pas anatomiste, ou qu'il néglige de l'être.
1 Contemplation de la nature, 2 partie, p. 57
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Unité de structure, — Unité de composition. — Unité de type. — Unité de plan.
Y'a-t-1l unité de structure? En d'autres termes, en termes plus simples et dégagés de toute abstrac- Lion, tous les animaux ont-ils la même structure? Évidemment non.
Le polype *, qui n'a pas un seul organe distinct, dont l'estomac n'est qu’une simple cavité, creusée dans la substance commune et homogène de son corps, le polype n’a pas la structure du mollusque?, lequel a des organes des sens, des veux, des oreilles, un système nerveux, un cerveau, une circulation complète, des artères, des veines, plusieurs cœurs, des glandes sécréloires, etc. Le mollusque, qui n'a pas de moelle épinière, dont le cerveau n'est qu'une petite masse de substance
{ Le polype à bras, par exemple.
? Lu poulpe, de la seiche, par exemple.
nerveuse, etc., le mollusque n'a pas la structure de l’animal vertébré, qui a une moelle épimière, un cerveau composé de plusieurs masses distinctes, et dont chaque masse à sa fonction propre, l'une étant le siège de l'intelligence, l’autre du principe qui règle les mouvements de locomotion, une troisième du principe qui règle le mécanisme de la respiration, elc. ‘; le mollusque qui n'a pas de squelette n'a pas la structure de l'animal vertébré qui a un squelette; l'insecte qui n'a pas de circulaion n'a pas la structure des animaux qui ont une circulation, etc., etc.
Y a-t-il unité de composilion? Pas plus qu'unité de structure.
Il ya des animaux * qui n'ont point d'organes distincts, dont toutes les fonctions, la nutrition, la sensibilité, le mouvement, se font par une substance homogène et commune. Tout est si homogène dans le polype, que chaque partie de l'animal reproduit l'animal entier, que l'animal, retourné
! Voyez mes Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animaux vertébrés, seconde Edition. Paris, 1842.
? Par exemple, le polype, etc:
comme un doigt de gant, continue à vivre : dans son état ordinaire, 1l respirait par sa face externe, il digérait par sa face interne; dans ce nouvel éLat, qui est l'inverse de l'autre, il respire par sa face interne, qui est devenue l'externe, il digère par sa face externe, qui est devenue l’interne.
I y a des animaux, au contraire, les animaux vertébrés, par exemple, dont toutes les fonctions, jusqu'aux plus délicates, se spécialisent et se localisent. La sensibilité se localise dans le nerf; la contracthté, dans le muscle; chaque sensibihté spéciale, dans chaque nerf des sens ; l'intelligence elle-même se localise dans une partie détermmée de l’encéphale, etc.
Si par unité de composition vous entendez un méme nombre de matériaux, c'est-à-dire, de parties constitutives de chaque appareil ou de chaque organe, ce même nombre de matériaux ne se retrouve nulle part. |
Les animaux dont tous les sens se réduisent au toucher n'ont pas le même nombre de matériaux que ceux qui ont des veux, des oreilles, un organe pour l'odorat, un pour le goût; les animaux qui n'ont pas de squelette n'ont pas le même nombre
de matériaux que ceux qui en ont un; et parmi
ceux qui ont un squelette, ceux qui n'ont que quelqués vertèbres ! n'ont pasle méme nombre de matériaux que ceux qui en ont des centaines ? : ceux qui n'ont pas de membres * n’ont pas le même nombre de matériaux que ceux qui en ont, etc., etc.
Ÿ a-t-1l unité de type ? Dire qu'il n'y à qu'un seul iype, c’est dire qu'il n'y à qu'une seule forme du système nerveux, car c’est la forme du système nerveux qui décide du type, c'est-à-dire de la forme générale de l'animal.
Or peut-on dire qu'il n’y ait qu'une seule forme du système nerveux? Peut-on dire que le système nerveux du 400phyte soit le même que celui du mollusque; le système nerveux du mollusque, le même que celui de l'articulé ; le système nerveux de l'articulé, le même que celui du vertébré? Et, si l'on ne peut pas dire qu'il n y ait qu'un système nerveux, peut-on dire qu'il n’v ait qu'un seul type?
! La grenouille, qui n’en a que neuf.
? Le boa, le python, etc.
Les cétacés, parmiles mammifères, n'ont pas de membres posérieurs ; les serpents, parmi les reptiles, n’ont point de membres du tout.
# Le système nerveux est proprement le modèle primitif, le type du corps entier. Voyez, ci-devant, p. 39 et suivantes.
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Enfin, y a-Lal unité de plan ?
Le plan est la position relative des parties. On conçoit très-bien l'unité de plan sans l'unité de nombre : 11 suffit que les parties, quel qu’en soït le nombre, gardent toujours, les unes par rapport aux autres, les mêmes positions données. Mais peut-on dire que le vertébré, dont le système nerveux est placé sur le canal digestif, soit fait sur le même plan que le mollusque, dont le canal digestif est placé sur le système nerveux? Peut-on dire que le erustacé, dont le cœur est placé par-dessus la moelle épinière, soit fait sur le même plan que Île vertébré, dont la moelle épinière est placée pardessus le cœur? etc. La position relative des parties est-elle gardée? N’est-elle pas, au contraire, évidemment renversée? Et, s'il y a renversement dans la position des parties, y a-t-1l unité de plan?
Tous les vertébrés forment un seul plan. Le nombre des parties a beau varier, les parties subsistantes conservent toujours leur position relative, leur ordre.
Le cœur est double dans le quudrupède, dans l'oiseau ; se compose d’un seul ventricule et de deux oreillettes dans la plupart des reptiles ; 11 ne
se compose que d'un seul ventricule et d'une seule oreillette dans les poissons. Mais ce cœur, dont le nombre des cavités varie, et varie du double au simple, conserve toujours sa position donnée; il est toujours placé sous le canal digestif ; le canal digestif est toujours placé sous la moelle épmière.
Rien ne varie plus, dans les animaux vertébrés, que le nombre des os, mais les os subsistants conservent toujours leur ordre. Le crâne à toujours la même position par rapport au rachis, le rachis par rapport aux membres, toutes les parties des membres les unes par rapport aux autres. Le nombre total des vertèbres, la forme particulière de chaque vertébre, tout cela peut varier, et varie en effet, et varie beaucoup; mais les vertèbres, quel qu'en soit le nombre, se rangent toujours en série, en suite, forment toujours un rachis, une épine du dos, une colonne vertébrale, un ensemble de parües enfin, dont la disposition générale est toujours la même.
Le plan, c est-à-dire la position relative des par- {ics, se conserve donc dans les vertébrés : il se conserve de même dans les mollusques, dans les
arhiculés, dans les 20ophytes ; mais 1 change du vertébré au mollusque, du mollusque à l'articulé, de l'articulé au 20ophyte; et c'est pour cela qu'il y à quatre plans, comme il y à quatre types dans le règne animal, el non un seul plan, un seul lype.