‹ Histoire des travaux de Georges CuvierChapitre 18 sur 94 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

‘Fransformation de la théorie des causes finales en théorie des conditions d'existence.

Un des plus grands services que M. Cuvier ait rendus à l'histoire naturelle a été d'y ramener la théorie des causes finales.

J ai parlé bien souvent, dans cet ouvrage, dela loi des corrélations organiques : on à vu que, dans un animal, toutes les parties tiennent les unes aux autres, se donnent les unes les autres, tranchons le mot, ont été faites les unes pour les autres.

La loi des corrélations organiques est la loi des conditions d'existence (nul être ne pourrait exister, si toutes ses parties n'étaient pas faites les unes pour les autres); la loi des conditions d’exis. tence est la loi même des causes finales.

« L'histoire naturelle, dit M. Cuvier, a un prin- « cipe qui lui est particulier ; c’est celui des con- « ditions d'existence, vulgairement nommé des « causes finales. Comme rien ne peut exister,

ses LC

« s'ilne réunit les conditions qui rendent son exis- « tence possible, les différentes parties de chaque « être doivent être coordonnées de manière à ren- « dre possible l'être total, non-seulement en lui- « même, mais dans ses rapports avec ceux qui « l'entourent !. )

C'est au moyen de la loi des conditions d’existence, de la loi des corrélations organiques, que, comme Je l'ai déjà dit tant de fois, M. Cuvier a rétabli toutes les espèces perdues.

Il y a un emploi mais des causes finales. Mais, à ne parler ici que de l'emploi sensé, on se trompe de marche. On veut aller des causes finales aux faits ; il faut aller des faits aux causes finales *.

Plus je pénètre dans l'étude de la nature, plus

1 Il dit ailleurs: « Il ne suffit pas que les parties de chaque être « soient entre elles dans cette harmonie, condition nécessaire de « l’existence ; il faut encore que les êtres eux-mêmes soient entre «eux dans une harmonie semblable pour le maintien de l’ordre « du monde. Les espèces sont mutuellement nécessaires, les unes « comme proie, les autres comme destructeur et modérateur de « propagation. On ne peut pas se représenter raisonnablement un « état de choses où il y aurait des mouches sans hirondelles, et ré- « ciproquement. »

? Voyez ce que J'ai dit des Causes finales dans mon Histoire des travaux et des idées de Buffon, chap. xiv, p. 259 et suivantes {seconde édition).

je trouve partout la preuve d’un dessein suivi: ce

dessein suivi est la preuve des causes finales, c’està-dire des causes qui se rapportent aux fins, c'est

à-dire de la man surrÊME qui a établi ces fins et ces causes.

Et remarquez bien que Je ne conclus pas le dessein suivi des causes finales ; je conclus, au contraire, les causes finales du dessein suivi.

Des Lecons de M. Cuvier sur l'histoire des sciences naturelles.

Je ne dirai qu'un mot de ces Leçons. On sait que M. Cuvier est mort sans avoir eu le temps de les réunir en un corps d'ouvrage *.

Il y suivait l'histoire des sciences naturelles depuis leur première origine jusqu’à l’état brillant où nous les voyons aujourd'hui; et il divisait cette histoire en trois grandes époques.

La première est celle de l'Orient : c'est l’époque religieuse où mystique ; la seconde est celle de la Grèce: c'est l'époque philosophique ; la troisième est l'époque moderne : M. Cuvier la nommait l'époque de la division du travail.

! Une partie de ces Leçons à été recueillie et publiée par M. Magd.leine de Samt-Agy, sous ce titre : Histoire des sciences naturelles, depuis leur origine jusqu'à nos jours, chez tous les peuples connus, professée au Gollëge de France par Georges Cuvier.

Arrivé à celle troisième époque, qui est l’époque vraiment scientifique de l'histoire des hommes, 1l suivait la marche particulière de chacune des branches de l'histoire naturelle: de l'anatomie, de la

zoologie, de la botanique, de la minéralogie, de la

chimie, marquant, pour chacune, la chaîne des cfforts qui l'ont conduite, de ses premières erreurs à ses premières vérités, des hypothèses aux faits, des systèmes à la méthode expérimentale”.

Jamais nos chares n'ont eu d'enseignement plus haut; et l'on peut appliquer à M. Cuvier ces belles paroles qu’il appliquait lui-même à Bacon : Il instruisait le monde en théorie.

I l'a aussi instruit en pratique, comme Galilée; car il a consacré sa vie entière à recueillir des faits, et à faire sortir de ces faits les méthodes et es théories les plus élevées.

C'est aux faits qu'il demandait toujours la raison

des théories, et à l'observation, la raison des faits.

1 «Il résulte de l'histoire des science:, dit M. Cuvier, deux avan- « tages, celui de faire naître des idées nouvelles qui multiplient

Il disait que : « chaque fait a une place déter- « minée, et qui ne peut être remplie que par lui « seul. »

Il disait encore : « On doit considérer l'édifice « des sciences comme celui de la nature: tout \ «est infini, mais tout y est nécessaire. »

Il a eu la gloire, gloire très-réelle dans un siècle aussi savant que le nôtre, de donner à l'enseienement une forme nouvelle’. On se bornait à

« les connaissances acquises, et celui d’enseigner le mode d’inves- « ligation qui conduit le plus sûrement aux découvertes.

« Ce dernier enseignement est de la plus haute importance, car « telle est l'influence de la méthode dans les sciences naturelles « que, pendant les trente ou quarante siècles qui ont déjà été em- « ployés à leur développement, tous les systèmes à priori, toutes « les pures hypothèses, se sont détruits réciproquement et ont laissé « avec eux, dans les obscurités du passé, les noms de ceux qui les «avaient imaginés; tandis que, au contraire, les observations, les « faits qui ont été décrits avec exactitude et avec clarté sont venus « jusqu’à nous et subsisteront aussi longtemps que les sciences, ac- « compagnés du nom de leurs auteurs pour lesquels ils sont des « titres éternels à la reconnaissance des hommes. »

£ QI n’est pas de science, dit M. Cuvier, dont l’histoire ne soit «utile aux hommes qui la cultivent, mais l’histoire des sciences « naturelles est indispensable aux naturalistes. En effet, les notions « dont ces sciences se composent ne sauraient être le résultat de « théories faites à priori. Elles sont fondées sur un nombre prec- « que infini de faits qui ne peuvent être connus que par l’obser- «. vation . .... Nous sommes done obligés de recourir à l’histoire « où sont consignées ces observations. Mais à cette histoire des

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