SUITE
. L'article qui précède est de 1841, date de la première édition de ce livre.
J ai commencé, en 1845, des expériences, conünuées depuis sans interruption, sur les unions croisées du loup avec le chien et du chien avec le chacal.
Buffon avait déjà vu des métis de chien et de loup”, et, sous la surveillance de Frédéric Cuvier, notre Ménagerie en a eu souvent.
On n'en peut dire autant des métis de chaeal et de chien. Je crois être le premier qui les ait fait connaitre.
L'accouplement d'un chacal avec une chienne me donna, en 1845, trois petits. L'un d'eux avait le pelage gris-fauve du père ; le pelage des deux autres était un peu plus noir ; la mère était noire.
1 Voyez mon édition des Œuvres de Buffon, t: AV, p. 197.
Ces trois métis, élevés au milieu de petits chiens de leur âge, en différaient d’abord par des allures brusques, farouches. C'étaient trois sauvages élevés au milieu d'un peuple civilisé.
D'un autre côté, leur première dentition marcha beaucoup plus vite que celle des petits chiens.
Mais ce qui les distinguait surtout de ces petits chiens, c'est qu'ils avaient les deux poils de tout animal sauvage : le poil soyeux et le poil lamneux, landis que les petits chiens n'avaient qu'un poil, le poil soyeux ‘.
Buffon avait déjà constaté que le renard ne s’accouple point avec la chienne*. Mes expériences ont confirmé celles de Buffon. Jamais le renard n’a voulu s'accoupler avec la chienne, ni le chien avec la renarde. Je suis même convaincu que leur accouplement, s’il a jamais lieu, sera sans effet.
Des animaux qui différent par quelque carac- (ère marqué, soit dans les dents, soit dans les or- “anes des sens, ne sont plus du même genre.
à ci
! Tout quadrupède sauvage a deux poils : le soyeux et le laineux.
Par un contraste singulier, le mouton domestique a perdu son poil soyeux, et le chien domestique son poil laineux. 2 Voyez mon édition des Œuvres de Buffon, t. 11, p. 488.
TS
Le chien a la pupille en forme de disque, le renard a la pupille allongée”; le chien est diurne, le renard voit mieux la nuit que le jour. Avec une telle différence, et relative à un tel organe, 1l ne peut y avoir unité de genre.
Le chien, le loup, le chacal, ont toute leur structure semblable ; la forme de leur pupille est la même. Aussi le loup et le chien, le chien et le chacal, produisent-ils ensemble, comme on vient de voir.
« La parenté des espèces, dit Buffon, est un des « mystères profonds de la nature que l'homme «ne pourra sonder qu à force d'expériences aussi « réitérées que longues et difficiles. Comment « pourra-t-on connaître, autrement que par les ré- « sultats de l'union mulle et mille fois tentée des « animaux d'espèce différente, leur degré de pa- « renté ? L'âne est-il parent plus proche du cheval « que du zèbre ? Le loup est-il plus près du chien « que le renard et le chacal ?? »
Mes expériences répondent à cette dernière ques-
1 Quand la pupille se ferme, elle forme une fente verticale comme daus les chats, |
? Voyez mon édition des Œuvres de Buffon, t. IV, p. 210.
hon. Le loup et le chacal sont plus près du chien que le renard, ear le loup et le chacal produisent
avec le chien, et le renard et le chien ne produisent
pot ensemble.
Quant à la première, on peut répondre que
l'âne est parent aussi proche du cheval que du zèbre, car il a produit également, dans notre Ménaserie, avec l’un et avec l’autre.
« L'union des animaux d'espèces différentes, dit « L'ès-bien Buffon, est le seul moyen de reconnai- «tre leur parenté”. »
On ne peut marquer la limite de l'espèce que par la limite de ses croisements féconds.
Buffon a fait, sur la reproduction du chien et du loup, une série d'expériences *. El n’a Jamais pu passer la troisième génération. Frédéric Cuvier, qui a été, pendant trente ans, le surveillant de la Ménagerie du Jardim-des-Plantes, n’a pu aller plus loin que Buffon. Moi-même je n'ai pu obtenir davantage.
Sur le chacal et le chien, j'ai pu aller jusqu'à la quatrième génération: mais je n'ai pu la dépasser.
! Voyez mon édition des Œuvres de Buffon, t. IV, p.211: 2 [bid., t. IV, p. 214 ctsuivantes.