Tome VU, page 1 29, Suppléments
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LOIS DE LA DISTRIBUTION
Buffon dit ailleurs : « Ce n’est pas qu’absolument parlant, et môme raisonnant philosophiquement, il ne fût possible qu’il se trouvât dans les climats méridionaux des deux continents quelques animaux qui seraient précisément de la môme espèce...; mais il ne s’agit pas ici d’une possibilité philosophique , qu’on peut regarder comme plus ou moins probable : il s’agit d’un fait et d’un fait très général, dont il est aisé de présenter les nombreux et très nombreux exemples. Il est certain qu’au temps de la découverte de l’Amérique, il n’existait dans ce nouveau monde aucun des animaux que je vais nommer : l’éléphant, le rhinocéros, l’hippopotame, la girafe, le chameau, le dromadaire, le buffle, le cheval, l’âne, le lion, le tigre, les singes, les babouins, les guenons, etc., et que, de môme, le tapir, le lama, la vigogne, le pécari, le couguar, le jaguar \ l’agouti, le paca, le coati, l’unau, l’ai, etc., n’existaient point dans l’ancien continent. Cette multitude d’exemples, dont on ne peut nier la vérité, ne suffît-elle pas pour qu’on soit au moins fort en garde lorsqu’il s’agit de prononcer, comme le fait
1. « Buffon a méconnu le jaguar, qu’il a pris pour la panthère de l’ancien continent, et il n’a pas bien distingué la panthère du léopard.... » (Cuvier, Bégne animal, tome I, page 1G2J. La distinction exacte de ces espèces a été faite depuis, et la loi de Buffon en a été confirmée.
ici M. Yosmaër, que. tel ou tel animal se trouve également dans les parties méridionales des deux continents 1 ? »
En comparant les uns aux autres les animaux de l’Amérique et ceux de l’ancien continent, Buffon a fait deux remarques, toutes deux très importantes.
La première est que la nature vivante paraît, en général '2, beaucoup moins grande, beaucoup moins forte dans le Nouveau-Monde que dans l’ancien.
Par exemple, le tapir est l’animal le plus gros de l’Amérique, le lama en est le plus grand ; mais le tapir n’approche pas de l’éléphant, du rhinocéros, de l’hippopotame ; le lama n’approche.pas du chameau, du dromadaire, de la girafe ; le jaguar, qui est l’animal le plusterrible du Nouveau-Monde, n’est pas aussi fort, à beaucoup près, que le lion, que le tigre, etc., etc.
La seconde remarque de Buffon est plus importante encore : c’est que les animaux du Nouveau- Monde, comparés à ceux de l’ancien, forment comme une nature parallèle, collatérale, comme un second règne animal, qui correspond presque partout au premier.