‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 137 sur 236 · Tome I, page · texte numérisé non relu

Tome I, page

3. Observations sur la formation des montagnes et les changements arrivés au globe , 1777. Pallas va peut-être un peu trop loin. Buffon avait vu plusieurs parties des Alpes; il remarque même quelque part (ce qu’il oublie bientôt, à la vérité), que les vieilles roches ne contiennent point de coquilles. « On ne trouve jamais, dit-il, de coquilles, ni dans le roc vif ou granit, ni dans le grès; au moins je n’y en ai jamais vu...» (Tome I, page 277).

toutes les montagnes ; au lieu que, par des observations plus récentes, il paraît qu’il n’y a pas de coquilles sur les plus hauts sommets..., d’où il résulte que la mer n’a peut-être pas surmonté ces hauts sommets h.. »

Mais, si Buffon s’était trompé en admettant beaucoup trop vite qu’on trouvait des coquilles sur les sommets des plus hautes montagnes, du moins ne se trompa-t-il pas sur la véritable nature, et de ces coquilles, et de tous les débris organisés que renferme le sein du globe. Il a même ici une gloire particulière. Malgré les ouvrages deBurnet, de Whiston, deWoodward, etc. , malgré l’autorité du grand Leibnitz, les vieilles erreurs subsistaient encore. Voltaire lui-même se plaisait à les protéger ; il ne voyait dans les pierres figurées que des jeux de la nature1 2. Il prétendait que ce c’étaient les pèlerins qui, dans le temps des croisades, avaient rapporté de Syrie les coquilles

1. Tome V, page 321 ( Suppléments ). Les matières qui composent ces hauts sommets ont été sous la mer; mais elles n’étaient pas alors à l’état de hauts sommets. La théorie du soulèvement des montagnes nous a donné, sur toutes ces choses, des idées plus justes. Nous verrons cette théorie dans le chapitre suivant sur les Epoques de la nature.

2. «Ces pierres figurées sont fort communes; on les appelle... zoomorpliiles , quand le jeu de la nature leur a imprimé la ressemblance imparfaite de quelques animaux... » Des Singularités de la nature.

THÉORIE HE LA TERRE. i‘J3

que nous trouvons dans le sein de la terre en France C »

« Comment se peut-il, s’écrie Buffon à cette occasion, que des personnes éclairées, et qui se piquent même de philosophie , aient encore des idées aussi fausses sur ce sujet 2 ? » — a II ne faut pas croire, ajoute-t-il, comme se l’imaginent tous les gens qui veulent raisonner sur cela sans avoir rien vu, qu’on ne trouve ces coquilles que par hasard ; qu’elles sont dispersées çà et là, ou tout au plus par petits tas, comme des coquilles d’huîtres jetées à la porte; c’est par montagnes qu’on les trouve, c’est par bancs de cent et de deux cents lieues de longueur1 2 3... »

Voilà comment s’exprime Buffon dans un moment d’humeur ; mais 5 dans les Époques cle la nature , lorsqu’il est calme, quel autre langage !

« On a pu trouver, dit-il, comme je le trouve moi-meme , que je n’ai pas traité M. de Voltaire assez sérieusement; j’avoue que j’aurais mieux fait de laisser tomber cette opinion que de la relever par une plaisanterie , d’autant que ce n’est pas mon ton , et que c’est peut-être la seule qui

1. Lettre italienne , oilce par Buffon. Voyez aussi les Singula rites de la nature.

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