Singularités de la nature: Delà formation des mcMitagncs
2. Qu’il intitule : Telliamed, mot qui est l’anagramme de son nom (de Maillet).
3. Il y a des diminutions locales , il n’y a pas de diminution totale de la mer. La mer se retire de certains lieux ; elle ne se retire pas de partout , comme l'entend Maillet.
2i6 CARACTÈRE PROPRE DE BUFFON,
menoé par être poissons. 11 faut voir, dans son livre, comment, de poissons, ils sont devenus reptiles, oiseaux, quadrupèdes; comment les écailles se sont changées en poils, en plumes, les nageoires en ailes, enjambes, etc. L’homme luimême vient de la mer : avant V homme terrestre, il y avait X homme marin, qui vivait dans la mer, qui avait une queue de poisson, des nageoires, des écailles, etc. Toutes ces folies l’enchantent, il les expose gravement dans son livre, mais il avait eu l’esprit de commencer par en rire dans sa préface. Cette préface est une épître dédicatoire à Cyrano de Bergerac.
« C’est à vous, illustre Cyrano, lui dit-il, que j’adresse cet ouvrage : puis-je choisir un plus digne protecteur de toutes les folies qu’il renferme?... » Et il finit par l’assurer, ce que son livre prouve en effet très bien : « qu’on peut extravaguer dans la mer comme dans la lune. »
Boulanger, l’auteur de X Antiquité dévoilée par ses usages, avait étudié l’histoire naturelle de la terre autant qu’on peut le faire sans être naturaliste. Diderot nous dit, en parlant de lui, et dans un style beaucoup trop enflé : « Qu’il avait vu la multitude de substances diverses que la
terre recèle dans son sein; qu’il avait vu
l’homme couché au nord sur les os de l’éléphant, et se promenant ici sur la demeure des baleines;
la nourriture d'un monde présent croissant sur la surface de cent mondes passés1...»
Boulanger avait écrit quelques pages sur les révolutions du globe, et les avait adressées à Buffon. Après la mort de Boulanger, le manuscrit s’égara, Buffon n’en parla point, et on ne manqua pas de l’accuser d’en avoir profité, sans en rien dire.
Voici ce que je trouve là-dessus dans une lettre de Buffon à l’abbé Bexon.
« Je suis maintenant très décidé à ne faire aucune réponse au sujet du manuscrit Boulanger; je n’ai jamais lu moi-même ce manuscrit : on m’en a lu quelques endroits, et l’on m’a fait l’extrait de ce qui regardait le cours de la .Marne, dont je vous ai remis à vous-même la carte. Voilà tout ce que j’ai retiré de ce manuscrit , que je connaissais d’avance par la lettre que Boulanger m’avait écrite en 1750; en sorte qu’ayant alors jeté cette lettre, j’ai de même jeté le manuscrit comme papier très inutile ; mais je vois qu’il n’est pas nécessaire d’en convenir aujourd’hui : il vaut mieux laisser ces mauvaises gens dans l’incertitude, et, comme je garderai un silence absolu, nous aurons le plaisir de voir leurs manœuvres à découvert2. »