‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 198 sur 236 · BEVUE DES ÉDITIONS DE BUFFON · texte numérisé non relu

BEVUE DES ÉDITIONS DE BUFFON

Je ne dirai qu’un mot des éditions de Buffon.

On sait assez que la première de toutes , celle qui a été donnée par Buffon lui-même, l’édition in-4° de l’imprimerie royale, est encore aujourd’hui la meilleure. Elle se compose de trente-six volumes : quinze pour les quadrupèdes, neuf pour les oiseaux , cinq pour les minéraux, et sept pour les suppléments h

Cette belle édition parut de 174-9 à 17892 : monument élevé à la gloire d’un siècle, et témoignage admirable de cinquante années de grands travaux !

t. Le titre de l’ouvrage est : Histoire naturelle générale et ; particulière , avec la description du cabinet du Roi. L’imprimerie royale en a donné deux autres éditions : la première, en 73 volumes in-12 (1752 et années suivantes), n’est qu'une réimpression exacte de celle dont je parle dans le texte ; la seconde, en 28 volumes in-4 (1774 et années suivantes), manque de la partie anatomique par Daubenton, et n’a que de mauvaises gravures.

2. Buffon était mort le 16 avril 1788. Le dernier volume des Suppléments fut publié en 1780 par M. de Lacépède.

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Je dis cinquante années : en effet , Buffon , nommé en 1739 intendant du Jardin du Roi, mit dix années à préparer, avec Daubenton les matériaux de ses premiers volumes. Il en parut trois en 1 749 ; le quatrième est de 1 733 ; les autres suivirent. Une seule interruption survint, et voici comment Buffon la déplore : « J’en étais, dit-il, au seizième volume de mon ouvrage sur l’histoire naturelle, lorsqu’une maladie grave et longue a interrompu, pendant près de deux ans, le cours de mes travaux. Cette abréviation de ma vie, déjà fort avancée, en produit une dans mes ouvrages. J’aurais pu donner, dans les deux ans que j’ai perdus, deux ou trois autres volumes de l’Histoire des oiseaux x. »

Buffon se faisait beaucoup aider. Toufbs les descriptions anatomiques des quadrupèdes sont de Daubenton. Pour les oiseaux, Gueneau de Montbeillard etBexon lui prêtèrent souvent leur attention, et même leur plume. Ce noble concours n’ôte rien à la grandeur de Buffon. Buffon avait plus le génie de la pensée que celui de l’observation, et la patience de l’esprit que celle des sens. Il avait besoin que l’on vît, que l’on cherchât, que l’on décrivît pour lui : il se réservait de penser et de peindre. Il a dit un mot qui nous fait bien

j. Tome III, page j (Oiseaux),

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voir jusqu’où allait sa confiance dans la force de la pensée.

Un physicien lui parlait d’une expérience qu’il projetait sur un diamant. Je le ferai brûler dans un creuset d’or, disait-il. Le meilleur creuset, c’est l’esprit, répondit Buffon.

«La plu part des naturalistes, disait-il encore, ne font que des remarques partielles. Il vaut mieux avoir un faux système : il sert du moins à lier nos découvertes, et c’est toujours une preuve qu’on sait penser L »

Quand il était satisfait d’un ouvrage, son premier éloge était dans cette expression : « Il y a de l’idée. »

Vicq-d’Azyr a dit : « Pour savoir tout ce que vaut M. de Buffon, il faut l’avoir lu tout entier1 2. » J’ajoute, ou plutôt je répète, que, pour connaître les idées de Buffon, il faut en avoir l’histoire entière.

Buffon ne pense pas de la méthode au milieu de son livre ce qu’il en pensait au commencement. Ses idées sur la formation du globe ne sont pas dans les Époques de la nature ce qu’elles étaient dans la Théorie de la terre.

1. Nouveaux mélanges, extraits des manuscrits de madame Necker, tome II, pa^e 9.

2. Eloge de Buffon ( Discours de réception à V Academie fi ançaise } .

DE RU FF ON

Nous avons eu souvent occasion de le remarquer dans cette suite d’études : nul homme n’a plus constamment travaillé ses idées ; il les élaborait sans cesse ; il mit trente ans à faire , de sa Théorie de la terre , ses Epoques de la nature.

Quand on cite une opinion de Buffon, il faut donc en citer la date. Or, c’est là le premier, le grand avantage, l’avantage philosophique, si je puis ainsi dire, de l’édition dont je parle. Elle ne donne pas seulement les pensées de Buffon , elle donne les raisons mêmes de chacune de ses pensées.

Il y a, de Buffon, deux éditions absurdes, et fameuses par leur absurdité même : celle de Castel, et celle de Sonnini. ^

Castel mêle tout, transpose tout, met tous les discours généraux dans un seul volume, range les histoires de Buffon d’après le système de Linné, ne laisse aucune idée à sa place dans un livre où chaque idée ne s’explique que par sa place, prend une phrase dans un volume pour la porter dans un autre; et, quand il a fait tout cela, se croit fort habile : « il est heureux, dit-il, d’avoir trouvé le remède tout préparé par l’auteur. C’est lui-même qui se corrige ; une phrase, une page, sont remplacées par celles qu’il destinait à cette fin, et son style, sans mélange, demeure dans toute sa pu-

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reté » Le style demeure dans foute sa pureté sans doute, puisque c’est toujours le style de B u ITon ; mais que devient l’ordre des idées? Castel ne s’en inquiète guère.

Sonnini s’en inquiète beaucoup moins encore. Castel ne mêle au moins que les idées de Butfon; Sonnini môle les idées de Bubon avec celles de tout le monde. Dans son édition, après un article de Buiï’on, vient un article de Sonnini, et, après un article de Sonnini, vient un article d’un autre ; car cet honneur que Sonnini se donne d’écrire à côté de BufFon, il ne le refuse à personne.

Ailamand, professeur d’histoire naturelle àl’université de Leyde, fit réimprimer, de 1766 à 1779, tout ce qui, dans la belle édition de Bubon, se rapporte aux généralités et aux quadrupèdes1 2.

Ailamand ne respecte pas toujours l’ordre des chapitres ; mais, ce qui vaut beaucoup mieux, il respecte toujours l’ordre des idées. Il rapproche, par exemple, l’histoire du chat de celle des autres animaux domestiques 3; il réunit tous les singes

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