Tome I, page
3. Tome 1, page 13. « La nature ne va jamais par sauts, dit-il encore. » (Tome XIV, page 12 ). Natura non facit salins, avait dit Linné.
4. « Tout est gradué et nuancé dans la nature : il n’est point d’être qui n’en ait au-dessus ou au-dessous de lui qui lui ressemblent par quelques caractères et qui en diffèrent par d’autres... Il est, entre deux classes, deux genres, des productions pour ainsi dire mitoyennes, qui sont comme autant de liaisons ou de points de passage... » (Bonnet , Principes philosophiques., etc., page 22G, Neuchâtel, 1783).
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besoin que celle d’une unité de plan d’être sérieusement discutée.
a Que veut-on dire, s’écriait déjà Réaurnur, que veut-on dire lorsqu’on nous annonce que lanature marche par des gradations inconnues . . . , qu'elle passe d'une espèce à une autre espèce, et souvent d’un genre à un autre genre par des nuances imperceptibles? ... Yeut-on dire que, dans le spectacle que la nature nous offre, elle nous présente une suite d’animaux qui diminuent de perfection dans leur organisation, de manière que nous confondons aisément les espèces moins parfaites de ces animaux avec les simples végétaux ?... J’entends cela; mais je n’y vois point d’autre.mystère, sinon que nos yeux ne peuvent suivre le travail de la nature dans la dernière perfection. Car de penser que le polype à bras qui a l’air d’une plante, que le polype à bouquets qui ressemble à une fleur..., que tous ces polypes, dis-je, aient une construction qui ne diffère que très peu de celle d’une plante, d’une fleur, c’est assurément ce qu’on ne me fera pas croire. Tant que je verrai à un corps des mouvements spontanés, une sorte d’industrie, une adresse à se dérober à tout ce qui tend à le détruire, un art pour se procurer de la subsistance, la faculté de changer de place, je ne verrai qu’un animal ; et, entre cet animal et une plante quel-
conque, j’apercevrai une ligne très forte et très sensible h »
Ces idées sont justes. Buffon s’attache, comme tous ceux qui sont venus après lui, à l’exemple du polype. « 11 y a, dit-il, des êtres qui ne sont ni animaux, ni végétaux, ni minéraux, et qu’on tenterait vainement de rapporter aux uns ou aux autres; par exemple, lorsque M. Trembley, cet auteur célèbre de la découverte des animaux qui se multiplient par chacune de leurs parties détachées, coupées ou séparées, observa pour la première fois le polype de la lentille d’eau, combien employa-t-il de temps pour reconnaître si ce polype était un animal ou une plante ! et combien n’eut-il pas sur cela de doutes et d’incertitudes ! C’est qu’en effet le polype de la lentille n’est peutêtre ni l’un ni l’autre, et que tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il approche un peu plus de l’animal que du végétal h »
Mais, point du tout : on peut très bien dire que le polype est un animal, et qu’il n’est qu’un animal. Il a la sensibilité, l’instinct, le mouvement des animaux; il se nourrit comme eux, il mange, il digère; à la vérité, il se reproduit par bouture, comme les plantes ; mais il n’est pas le seul animal qui se reproduise ainsi : des animaux parfai-
1. Lettres à an Américain , etc., tome I, lettre IX, page 22.
2, Tome II, page 202,
sur l’économie animale. r>9
tement animaux , des animaux qui ont un cœur, un estomac, un cerveau, une circulation, des intestins, des nerfs , etc. , etc. , le ver de terre , les vers d' eau douce ‘, etc., se reproduisent aussi par bouture : le polype n’est donc qu’un animal.
Après ce que j’ai dit sur l 'unité de plan , la question de V échelle continue des êtres sera facilement éclaircie.
Il n’y a pas un seul plan, il y en a plusieurs : il y en a quatre. S’il n’y avait qu’un seul plan, il pourrait y avoir une échelle continue 2 pour le règne animal entier. Mais il y a quatre plans : Yèchelle , au lieu d’être continue , sera donc interrompue chaque fois qu’on passera d’un plan à un autre, chaque fois que le plan sera changé3.
Tant que l’on restera , au contraire , dans le même plan , il y aura des gradations continues . Buffon, s’en tenant, comme je le disais tout ê l’heure, aux seuls animaux vertébrés, a vu des nuances graduées, et il abienvu.il y a des nuances graduées d’un animal vertébré à un autre; mais d’un vertébré à un mollusque, d’un mollusque à un insecte, d’un insecte à un zoophyte, ce ne sont plus des nuances graduées , ce sont des changements brusques. La loi des degrés nuancés , comme la loi
t. Voyez les expériences de Spallanzani, de Bonnet, etc, 2. Expression de Bonnet.
•3. Voyez mon Histoire des travaux de G, Cuvier.
IDEES DE RIÏFFON
d’un dessein suivi a donc son côté vrai, car il y a des nuances graduées et des desseins suivis; et elle a son côté faux, car ce qui est, ce n’est pas une seule échelle continue de nuances graduées, ce n’est pas un seul dessein suivi.
« Quoiqu’il y ait des cas, dit M. Cuvier, où l’on observe une sorte de dégradation et de passage d’une espèce à l’autre, qui ne peut être niée, il s’en faut de beaucoup que cette disposition soit générale. L’échelle prétendue des êtres n’est qu’une application erronée à la totalité de la création, de ces observations partielles qui n’ont de justesse qu’autant qu’on les restreint dans les limites où elles ont été faites1. »
J’ajoute encore un mot : Bufïon, comme Bonnet 2, comme tous ceux qui veulent une échelle continue des êtres, suppose toutes les combinaisons possibles.
cdl faut ne rien voir, dit-il, d’impossible, s’attendre à tout, et supposer que tout ce qui peut être, est. Les espèces ambiguës, les productions
1. Le B'egne animal, etc. (seconde édition), tome I, page xxt.
2. « Tonies les combinaisons qui ont pu s’exécuter avec les mêmes particules de la matière, ont été exécutées, et ont produit autant d’espèces différentes. D’autres particules, jointes à celles-là, ont donné naissance à de nouvelles combinaisons, et conséquemment à de nouvelles espèces. Par là, tous les vides ont été remplis, toutes les places ont été occupées. » (Bonnet, Principes philosophiques sur la cause première , etc., page 227).
suu l'économie animale.
irrégulières, les êtres anomaux cesseront dès lors de nous étonner, et se trouveront aussi nécessairement que les autres dans l’ordre infini des choses ; ils remplissent les intervalles de la chaîne, ils en forment les nœuds , les points intermédiaires, ils en marquent aussi les extrémités h » Buffon se trompe. Sans doute , tout ce gui peut être, est; mais tout peut-il être? Évidemment, non. Toutes les combinaisons ne sont pas possibles ; certains organes s’appellent, d’autres s’excluent; un estomac de carnivore exclut nécessairement des dents d’herbivore, etc.; et si toutes les combinaisons d’organes ne sont pas possibles, tous les êtres ne le sont donc pas : il y a des înterruptions, des lacunes, des discontinuités obligées, et la grande loi de la corrélation des parties , posée par M. Cuvier, est la réfutation démontrée de la prétendue continuité de l’échelle des êtres '1 2.
111. — Influence du développement de chaque organe sur la nature des différentes espèces.
J’arrive à la troisième des lois générales, puisées par Buffon dans l’anatomie.
Ici la marche de Buffon est tout expérimentale ;