‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 21 sur 236 · Voyez mon Histoire des travaux de G. Cuvier · texte numérisé non relu

Voyez mon Histoire des travaux de G. Cuvier

IDÉES DE BEEFON

nulle vue générale et comparative, nul travail d’ensemble.

Ce travail d’ensemble n’appartient qu’àM. Cuvier. Et, ce travail fait, toutes ces structures nouvelles des mollusques, des insectes , des zoophytes, ont donné leurs lois distinctes; on a eu de nouvelles formes générales, de nouveaux desseins, de nouveaux plans, de nouveaux types. La belle loi de Bufïbn, bornée aux seuls animaux qu’il connût, c’est-à-dire aux seuls animaux vertébrés, a paru aussi juste que belle. En un mot, Bufïon a donné la loi générale d’une partie du règne animal, et M. Cuvier a donné les lois distinctes du règne animal entier ; Bufïon avait donné la loi générale des animaux vertébrés, et M. Cuvier a donné les lois distinctes des animaux vertébrés, des mollusques, des insectes et des zoophytes.

Il, — Nuances graduées des êtres.

L’idée d’une gradation continue des êtres date d’Aristote.

« Le passage des êtres inanimés aux animaux se fait, dit Aristote, peu à peu : la continuité des gradations couvre les limites qui séparent deux classes d’êtres, et soustrait à l’œil le point qui les divise. Après les êtres inanimés viennent d’abord

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les plantes... Le genre entier des plantes semble presque animé, lorsqu’on le compare aux autres corps ; elles paraissent inanimées, si on les compare aux animaux. Des plantes aux animaux le passage n’est point subit et brusque : on trouve dans la mer des corps dont on douterait si ce sont des animaux ou des plantes. La même gradation insensible, qui donne à certains animaux plus de vie et de mouvement qu’à d’autres, a lieu pour les fonctions vitales1... »

Vingt siècles après Aristote, Leibnitz reproduit l’idée de la continuité des êtres. «Les hommes, dit-il, tiennent aux animaux, ceux-ci aux plantes, et celles-ci aux fossiles..'. La loi de continuité , ditil encore, exige que tous les êtres naturels ne forment qu’une seule chaîne, dans laquelle les différentes classes, comme autant d’anneaux, tiennent si étroitement les unes aux autres, qu’il soit impossible de fixer précisément le point où quelqu’une commence ou finit, toutes les espèces qui occupent les régions d’inflexion et de rebroussement devant être équivoques et douées de caractères qui se rapportent également aux espèces voisines 2. »

Après Aristote, après Leibnitz, Buffon adopte

1 . Histoire des Animaux , livre VIII, cliap. i (trad. rte Camus).

2. Lettres de Leibnitz , dans V Appel au public , rte Kœnig: Appendice, page 45.

IDEES DE BEFFON

l’idée d’une échelle continue des êtres; Bonnet 1 l’adopte après Buffon ; et presque tous les naturalistes de la fin du dernier siècle l’adoptent avec Bonnet.

« Les nuances imperceptibles, dit Buffon, sont le grand œuvre de la nature2... La nature marche, dit-il encore, par des gradations inconnues... Elle passe d’une espèce à une autre espèce, et souvent d’un genre à un autre genre, par des nuances imperceptibles ; de sorte qu’il se trouve un grand nombre d’espèces moyennes et d’objets mi-partis qu’on ne sait où placer 3. »

Buffon parle donc comme Aristote et Leibnitz ; Bonnet parle comme tous les trois4; et cependant cette idée d’une échelle continue n’a guère moins

1. Bonnet: Considérations sur les corps organisés; Principes philosophiques sur la cause première et sur son effet; Contemplation de la nature , etc.

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