‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 225 sur 236 · Mêlawjes , etc., tome I, page · texte numérisé non relu

Mêlawjes , etc., tome I, page

LETTRES DE BUFFON

L’ABBÉ BEXON.

LETTRE I,e.

Je suis très satisfait, monsieur, et meme plus que content, car on ne peut se plaindre que du trop de travail qu’a dû vous coûter la composition des art icles que vous m’avez envoyés; il y a en général trop d’érudition, et vous ne voulez pas qu’en comparant ces articles avec ceux qui sont imprimés, on voie qu’on a redoublé de science mythologique et d’érudition assez inutiles à l’histoire naturelle. J’en retrancherai donc beaucoup, etj’aurai l’honneur de vous envoyer dans peu le plAmier cahier corrigé de ma main; cela vous servira d’exemple pour ceux de la suite; mais, je vous le répète, monsieur, je suis parfaitement satisfait, et- vous pouvez continuer, attaquer la famille des hérons et suivre ensuite la classe de tous les autres oiseaux de marais. Vous en avez pour du temps, et je trouve que vous en avez beaucoup fait pour le peu de semaines que vous y avez employées. Tâchez, monsieur, de faire toutes vos descriptions d’après les oiseaux memes; cela est essentiel pour la précision. Je sais bon gré à M. Daubenton le jeune de vous donner toutes les facilités nécessaires. Becevez les assurances des sentiments de toute l’estime et de

LETTRES DE BUFFON

tout rattachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur, voire très-humble et très-obéissant serviteur.

Monlbar, ce 27 juillet 1777.

LETTRE IIe.

M. de BufTon fait ses compliments a monsieur l’abbé Bexon, et le prie de ne venir que dimanche, parce que demain, samedi, il ne pourrait le recevoir. Monsieur l’abbé Bexon en aura d’autant plus de temps pour arranger les fauvettes.

Au Jardin du Roi, ce 5 décembre 1777.

LETTRE IIIe.

Je vous envoie, mon très cher abbé, la copie de tous les articles sur les pics et martins-pêcheurs, tirée dés extraits. J’ai vérifié que Y Histoire générale des voyages n’a été extraite que jusque et compris le sixième volume ; ainsi vous pouvez commencer votre travail a la Bibliothèque du Roi, en commençant parle septième volume, cela nous sera très utile; mais il faut vous borner à extraire seulement les articles qui ont rapport aux oiseaux qui nous restent à donner, et dont je crois vous avoir laissé la liste, en commençant par les perroquets, qui doivent être a la tête du sixième volume. Je vous envoie ci-joint le travail que j’ai fait sur cette famille si nombreuse d’oiseaux, et je vous prie, mon cher monsieur, de vous en occuper de préférence lorsque vous serez quitte des pics et des martins-pêcheurs.

Vous voudrez bien suivre ma distribution et ma méthode pour les perroquets ; je les divise d’abord en deux

a l'abbé bexon. 309

grandes classes : ceux de l’ancien continent et ceux du nouveau monde ; dans la première classe je place : 1° les kakatoès, sur lesquels vous trouverez un petit cahier de six pages;

2° Les perroquets proprement dits, sur lesquels je n’ai encore rien recueilli, et que vous travaillerez tout à neuf;

3° Les loris, sur lesquels je vous envoie un cahier de six pages.

Dans la classe du nouveau continent, les premiers sont : 1° les aras, sur lesquels vous trouverez environ vingt-quatre pages d’écriture;

2° Les amazones, un cahier de vingt-huit pages;

3° Les papegais, huit pages. J’y joins un cahier de notes intitulé : les perroquets, et qui a treize pages.

Ensuite viennent les perruches, dont il faut faire un traité séparé, et qui doit suivre celui des perroquets, en distinguant, autant qu'il est possible, les perruches de l’ancien continent de celles du nouveau, et aussi celles qui, dans chaque continent, sont à queue longue ou a queue courte, à queue étagée ou non étagée^etc. Vous trouverez sur cela trois cahiers, l’un de vingt-deux , le second de huit, et le troisième de vingt et une pages.

Voilà une bien longue et bien ennuyeuse besogne, dont néanmoins nous sommes plus pressés que d’aucune autre, et je vous serai très obligé de ne vous occuper des oiseaux de rivage que quand vous aurez épuisé nos perroquets. Je vous enverrai dans huitaine la copie de tous les extraits qui ont rapport aux perroquets, et qui ne laissent pas d’être considérables; ce travail me fait peur pour vous aussi bien que pour moi, car je suis persuadé que nous ne nous en tirerons pas à moins de cent trente pages d’écriture ; je travaille au préambule, qui sera court , et qui ne contiendra que les qualités

LETTRES I)F, MJFFON

particulières et les rapports qui distinguent ces oiseaux de tous les autres, et qui leur donnent, par la faculté d’imiter la parole, quelque relation avec cette faculté de l’homme. S’il vous vient quelques idées sur la nature en général de ces oiseaux, vous me ferez plaisir aussi de me les communiquer; surtout ne vous pressez pas, mon très cher abbé, ménagez vos petites entrailles, et ne vous excédez sur rien, pas même sur le désir de m’obliger. Je compte que vous en avez ici pour plus de deux mois; mais lorsque cet article sera achevé, j’aurai plus de trois cents pages pour l’impression, car tous les articles suivants sont faits jusqu’aux hérons, et il ne faut songer a ces hérons qu’après les perroquets. Le cinquième volume ne laisse pas d’avancer. M. Mandonnet doit vous envoyer une épreuve pour rectitier un passage italien d’Oliva, qui a été mal copié et que je n’ai pu vérifier ici, ayant prêté ce livre à M. de Montbeillard. Je vous prie de corriger les fautes qui se trouvent dans ce passage.

J’ai reçu vos notes et celles de M. Daubenton sur les

barbus, et j’en fais usage.

Toutes les personnes qui ont entendu lire la belle ode de M. Le Brun s’accordent à l’admirer; mais toutes conviennent aussi qu’elle est un peu trop longue, et qu’il y a trois ou quatre strophes moins belles que les autres qu’on pourrait en retrancher. Je n’ai pas besoin de vous avertir, mon cher monsieur, de ne faire usage de cet avis qu’avec le plus grand ménagement; c’est pour la plus grande gloire de l’auteur que nous parlons ici. Je vous renouvelle, avec le plus grand plaisir, les sentiments d’estime et du véritable attachement avec lesquels j’ai l’honneur d’être, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Murqbur, ce ?> février 1778,

A l/ABBÉ BEXON.

LETTRE IVe.

Je viens, mon très cher abbé, de revoir nos calaos, sur lesquels vous avez fait un travail méthodique dont je suis parfaitement content. J’ai écrit un billet a M. Daubenton le jeune, pour qu’il ait h nommer calao du Malabar, et non pas calao des Philippines, celui que nous avons vu vivant. Je le prie aussi de faire une planche enluminée des quatre becs du calao rhinocéros, du calao à casque rond, du calao des Philippines et du calao d’Afrique, et au moyen de celte représentation de bec, tout deviendra plus clair.

Vous comptez onze espèces de calaos; je les réduis h dix, parce que le calao à bec rouge du Sénégal, qui est le vrai tock, dont j’avais fait la description à part, est le meme oiseau que le calao h bec noir du Sénégal; celui-ci est l’oiseau jeune, et l’autre a bec rouge est l’oiseau adulte. Ce fait in’a été assuré par M. Sonnini, qui m’a dit avoir élevé de ces oiseaux au Sénégal; mais

-»JÇ

comme vous avez observé un rudiment d’excroissance sur le bec noir que vous n’avez pas vu sur le bec rouge, il se pourrait que ce fut ce même bec noir qui fût l’oi seau adulte, et le bec rouge l’oiseau jeune : ceci n’est qu’un doute qui peut-être même n’est pas fondé; car il y a des oiseaux, tels que les pigeons, qui ont de petites protubérances sur le bec quand ils sont jeunes , et qui s’effacent en vieillissant. Il se pourrait donc en effet que le calao h bec noir fût le jeune, et l’autre l’adulte. Quoi qu’il en soit, il me parait certain que tous deux ne font que le même oiseau.

Une seconde observation, c’est que le calao décrit par Petiver, d’après Kamel, dans les Transactions philoso -

LETTRES l)E B l'F F ON

phiques, n’est pas le même que noire calao des Philippines; c’en est une espèce voisine, ou du moins une variété; vous n’aurez, pour en être assuré, qu’à comparer la description de tous deux. Je vous enverrai l’article entier de ces oiseaux dès qu’il sera copié.

Je vous remercie aussi de la bonne note que vous m’avez donnée sur le joli touraco; au reste, vous verrez par l’ébauche de ce travail qu’il y aura encore beaucoup à retoucher, et j’attendrai vos réflexions et vos observations pour l’achever. Le préambule même n’est pas encore, à beaucoup près, comme je le désirerais. J’ai interposé les descriptions du calao à casque rond, du calao d’Abyssinie, etc.

Je viens de recevoir une lettre de M. Le Brun, avec son ode sur la campagne d’Italie du prince de Conti; il y a de très belles strophes et de magnifiques images; mais en tout cette ode n’est pas aussi sublime que celle qu’il m’a adressée : on y reconnaît néanmoins le pinceau du génie dans plusieurs endroits. J’aurai l’honneur de lui répondre dès que j’aurai quelques moments de loisir; mais actuellement les ouvriers des bâtiments et des travaux de mesforges m’occupent prodigieusement: j’ai bien de la peine à dérober quelques heures pour nos oiseaux.

Je suis très fâché qu’on ait si mal servi la Bibliothèque du Roi, et je tâcherai, à mon retour, de lui procurer un meilleur exemplaire de mes ouvrages. Vous ferez mes compliments à M. Le Brun, ainsi qu’à M. l’abbé Desaunais. Vous ferez mes hommages très sincères à madame votre mère et à mademoiselle votre sœur, et j’espère que vous ne douterez jamais de tous les sentiments d’amitié avec lesquels j’ai l’honneur d’être, mon cher monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Montbar, ce 41 février 1778,

A l’abbé bexon. 51 r>

AT. B. Vous trouverez ci-joint tout ce que j’ai pu recueillir sur les perroquets.

Vous pourriez peut-être me dire, moucher abbé, ce que c’est qu’un M. Champlain de la Blancherie, qui se dit à la tête d’une société littéraire, et qui demeure à l’ancien collège de Bayeux , rue de la Harpe : il m’a écrit une grande épitre, comme si tous les gens de lettres devaient s’intéresser a son entreprise, qui se réduit a une espèce de journal, sous le titre de Nouvelles de la République des Lettres. Je crois que tout cela n’est écrit que pour avoir des souscriptions, et je suis étonné que noire ami Panckoucke ne s’oppose pas a tous ces nouveaux journaux qui font du tort au sien.

LETTRE Ve.

Vous travaillez tant et si bien, mon très cher abbé, que je dois par tous moyens vous en marquer ma reconnaissance. Je vous prie donc d’accepter six cents livres que Lucas vous portera dans douze ou quinzîfcjours , et vous m’en enverrez un reçu motivé comme les précédents, pour votre travail sur l’histoire naturelle jusqu’au 1er juillet prochain : je serais charmé que celte petite augmentation pût vous faire jouir plus longtemps de la présence de votre chère maman et de votre très aimable sœur.

Je viens de recevoir les pics, et il ne reste que les martins-pêcheurs pour compléter ma partie du cinquième volume; M. Gueneau fera le reste, et, je crois, ne fera rien de plus. Le sixième volume commencera par les perroquets, dont je vous envoie ci-joint le préambule, d’après lequel vous pourrez diriger vos vues parties

LETTRES 1>F, lUTFON

culières. Je vais travailler l’article des pics, dont je n’ai lu que le premier article, qui me paraît très bien, et j’attendrai celui des martins-pêcheurs pour voir tout le parti qu’on peut tirer de ces sujets comparés. Je vous embrasse, mon très cher monsieur, un peu a la hâte, car la poste presse.

Montbar, ce 3 mars 4778.

LETTRE VIe.

Je vous envoie, mon très cher abbé, toutes mes notes sur les hérons, les courlis et ibis, les spatules, le pélican, le cygne, et une petite note sur le martin-pêcheur; et comme ce paquet était assez gros, je vous enverrai une autre fois les oiseaux guerriers, car je crois que ce sont les mêmes que ceux que vous appelez oiseaux combattants; je joindrai a ce second envoi les notes sur les cigognes, la demoiselle de Numidie, le jabiru, l’oiseau royal ; mais je ne conçois pas comment vous avez pu achever les perroquets en aussi peu de temps, et je vous prie d’en bien vérifier les descriptions avant de me les envoyer, car je n’en suis point pressé; vous me ferez plaisir au contraire de m’envoyer Lout de suite l’article des martins-pêcheurs; car, comme ils doivent aller avec les pics, et que j’ai un arrangement a prendre avec M. Gueneau pour les articles qui doivent entrer dans le cinquième volume, il est nécessaire que je sache combien cet article des martins-pêcheurs contiendra de pages, et je vous serai obligé de me l’écrire tout de suite. Vous ne me marquez pas si le préambule des perroquets vous a fait plaisir; il me semble que la métaphysique de la parole y est assez bien jasée; au reste, vous me fuites

A L’ABBÉ BEXON.

trop de remercîments, et quoique je sois très sensible à la reconnaissance que vous avez la bonté de me marquer, je vous prie de croire que je n’avais pas besoin de nouvelles protestations pour être assuré de votre amitié. Je compte aussi sur celle de votre chère maman et de votre charmante sœur, et comme vous ne parlez pas de leur départ, j’ai quelque espérance de les retrouver à mon retour, qui cependant ne sera guère que vers le 15 de mai. Faites-leur mes compliments très humbles, mon cher monsieur, et soyez sûr de tous les sentiments d’esliine et d’amitié avec lesquels j’ai l’honneur d’être votre très humble et très obéissant serviteur.

Montbar, ce 30 mars 1778.

LETTRE VIIe.

Vous devez avoir reçu, mon cher monsieur, les notes que j’avais recueillies sur les oiseaux-mouches et colibris; il y a quatre ou cinq jours que je les ai adressées par la poste à Lucas. Je viens aussi de remettre a un homme qui pan aujourd’hui pour Paris un paquet a votre adresse, où vous trouverez les notes que vous m’avez demandées au sujet des oiseaux d’eau, sur lesquels vous avez travaillé ; et ce paquet vous sera aussi remis par le sieur Lucas, qui le recevra dans le courant de cette semaine.

Je suis très content de tout votre travail, tant sur les perroquets que sur 1rs martins-pêcheurs; j’ai cru devoir changer quelque chose a l'ordre de distribution des perroquets, et ne point mêler ceux de l’ancien continent avec ceux du nouveau; j’ai aussi un peu augmenté le préambule, et voici mon ordre de distribution ;

LE11 UES 1)E 1JUFF0N

Les perroquets de l’ancien continent.

1° Les kakatoès; 2° les perroquets proprement dils; 3° les loris, qui finissent par les loris-perruches ou loris à longue queue; 4° les perroquets a longue queue également étagée ; 5° les perruches à longue queue inégale ; 6° les perruches h courte queue.

Les perroquets du nouveau continent.

1° Les aras; 2° les amazones; 3° les criks; 4° les papegais; 5° les perruches a longue queue et égale (j’ai appelé perriches celles de l’Amérique pour les distinguer des perruches de l’ancien continent, et ce nom, perriche, est assez en usage); 6° les perriches h longue queue inégale; 7° les perriches a queue courte.

Par cette distribution, l’énumération du grand nombre de ces oiseaux devient très claire, et on en saisit aisément les différences.

Je vais faire a peu près la meme chose sur les martins-pêcheurs, en séparant ceux de l’ancien continent de ceux de l’Amérique, et en les divisant en grands, moyens et petits, comme vous l’avez fait.

Au reste ces derniers oiseaux, qui naturellement devraient être mis après les pics, en ne considérant que la forme du bec, ne laissent pas d’en différer par tant d’autres caractères, qu’on ne risque rien de les en éloigner et de les placer ailleurs, et peut-être après les hirondellesmartinets, d’où leur est venu le nom de martinets-pêcheurs ou martins-pêcheurs.

Je crois, mon cher monsieur , qu’on vous remet, de l’imprimerie royale, les feuilles a mesure qu’on les im-

A l’abbé bexon. 517

prime, car j’ai vu plusieurs corrections de votre main sur les nomenclatures. J’ai écrit à M. Mandonnet que c’était par inadvertance que l’on a mis l’article des todiers entre celui du pitpit et celui du pouillot, et je le prie de me renvoyer cet article des todiers, qui doit aller après celui des martins-pêcheurs.

Mais notre cinquième volume a déjà trois cent cinquante pages d’imprimées, y compris l’article des demitins de M. Gueneau de Montbeillard, et il ne peut contenir que les articles suivants: 1° le pitpit, 2° le pouillot,, 3° le troglodyte, 4° le roitelet, 5° les mésanges, 6° le torchepot, 7° les grimpereaux, 8° les pics et les picsgrimpereaux ; ainsi les martins-pêcheurs sont nécessairement rejetés au sixième volume. Vous avez raison de dire qu’on peut vraiment se plaindre de la fécondité de la nature en même temps qu’on l’admire; vous avez mille occasions d’employer cette jolie phrase, qui est d’ailleurs de toute vérité.

Je vous remercie, mon cher monsieur, du surcroît de travail que vous m’avez envoyé au sujet des nids du Tonquin et des ours marins; ce dernier article me servira pour mon volume de supplément aux quadrupèdes, et je ne serais pas d’avis de renvoyer le premier a l’article des hirondelles , parce que nous ne savons pas quelle espèce d’hirondelle fait ce nid; il y a même plus d’apparence que c’est un martin-pêcheur, puisque vous avez si bien établi que l’alcyon est le même oiseau, et par conséquent les notices que vous avez déjà recueillies sur ce nid, et celles que vous trouverez dans le petit paquet que je joins ici, pourront faire un article intéressant à la suite de nos martins-pêcheurs, et lorsque j’aurai revu cet article, je vous en enverrai la copie corrigée, à laquelle vous retrancherez, ajouterez ou changerez ce que vous jugerez nécessaire. Recevez les assu-

LETTRES DE BUFFON

rances de ma tendre amitié, et mes respectueux hommages pour votre bonne et chère maman et pour votre aimable sœur.

Montbar, ce 27 avril 1778.

LETTRE VIIIe.

Je suis enchanté, monsieur le prieur, de la bonne nouvelle et de ce petit titre, en attendant un plus grand ; car, quoique sans ambition, vous avez le mérite qu’il faut pour en obtenir les fruits, et tous ceux qui vous connaîtront ne peuvent manquer de s’intéresser a votre avancement. Je vois que le petit surcroît de fortune, loin de diminuer votre activité pour le travail, semble au contraire l’augmenter, et je le trouverais bon si je ne craignais pour votre santé. M. Panckoucke, qui vous est sincèrement attaché, le craint aussi bien que moi ; ainsi, par grâce d’amitié, prenez du relâche, et au lieu de finir nos oiseaux en six mois ou un an, prenez dix-huit mois ou deux ans, et je serai encore plus que satisfait. Lucas vous remettra mes notes sur les bécasses, les pluviers, les vanneaux, la poule-sultane et le messager; je vous apporterai aussi, puisque vous le désirez, tous les autres papiers qui ont rapport aux oiseaux d’eau. Je n’ai que la dixième édition de Linnæus, et c’est celle qu’il faudra toujours citer, d’autant que les réformes ou additions qu’il a fait faire sont fort indifférentes. Je ne connais pas Y Essai de l’ Histoire naturelle de la Guyane , en anglais; il faudra prier M. Panckoucke de le faire venir pour mon compte.

Vous auriez du, mon cher prieur, me marquer le nom de la personne de Dijon à laquelle vous avez écrit

a l'abbé bexon. 519

au sujet de la feuille du 7 avril dernier; j’ignore comme vous le motif de la demande mentionnée dans cette feuille, et c’est peut-être les gens qui travaillent a une Histoire de Bourgogne qui ont besoin de ces éclaircissements sur votre famille. Je vais en écrire à M. Frantiu , imprimeur de ces feuilles, et a M. Mailly, qui en est l’auteur, et par lesquels seuls nous pouvons être instruits,

Envovez-moi toujours vos oiseaux-mouches et colibris; j’aurai le temps de les recevoir et d’y travailler avant mon départ: car je ne suis pas sûr de pouvoir partir avant le 7 ou le 8 du mois prochain. Je vous embrasse et fais mille tendres respects à vos dames.

Montbar, ce 2> mai 1778.

LETTRE IXe.

J’ai reçu, mon cher monsieur, votre premier et second paquet; et comme notre carte est ce qu’il yt<a de plus pressé, je vous la renvoie avec mes observations : 1° Il faut que la calotte de glace solide, qui s’étend depuis le pôle jusqu’aux glaces flottantes, soit marquée de hachures d’autant plus noires qu’on approche plus près du pôle; ce qui représentera la vaste étendue de cette portion du globe envahie par les glaces. Je l’ai donc fait ombrer au crayon sur l’épreuve de la carte que je vous renvoie.

°2° Il faut marquer sur cette carte les glaces flottantes trouvées par le capitaine Bouvet aux 48e et 49e degrés de latitude, et qui ne sont pas représentées; et comme ces glaces flottantes sont situées sous les 48, 49, 50 et

LETTRES RE RUFFON

51e degrés de latitude, et en longitude, de 15 il 30 degrés du cap de Bonne-Espérance, cette partie de la carte serait défectueuse, et ne répondrait pas a l’explication que j’en donne; ainsi il est absolument nécessaire d’y marquer toutes ces glaces flottantes qui sont vis-a-vis le cap de Bonne-Espérance, et qui se trouvent sous la latitude de 48, 49, 50 et 51 degrés dans l’étendue de 15 degrés de longitude, c’est-'a-dire depuis le 15e au 30e du méridien de Londres a l’Est, qu’il sera aisé de réduire au méridien de Paris.

3° J’ai fait marquer a l’encre quelques îles de glaces flottantes au 49e degré de latitude sous les 55 et 60e de longitude Est, parce qu’on n’avait marqué les glaces flottantes que jusqu’au 50e degré.

4° J’en ai fait de même marquer plus qu’il n’y en avait sur la carte au 58e degré de latitude, et sous la longitude de 80 à 90e degré Est, et jusqu’au 15e de longitude Est.

5° Il faut marquer par une gravure plus forte les terres de Sandwich et de l’île de Géorgie, sous les latitudes de 55 à 59 degrés, découvertes par Cook : je dis qu’il faut que cette gravure soit plus forte, afin que l’on distingue ces terres d’avec les glaces, et il faudra aussi les indiquer par leurs noms ainsi que toutes les autres terres.

6° J’ai aussi augmenté le nombre des glaces flottantes qui se trouvent sous le 59e degré à 9 ou 10 degrés de longitude Ouest, ainsi que celles qui se trouvent à peu près sous le même parallèle depuis le 60e jusqu’au 80e de longitude Ouest, et jusqu’au 180e; en sorte que la earte sera beaucoup moins imparfaite après ces corrections, auxquelles je vous prie de ne pas perdre de temps, afin de pouvoir m’en envoyer promptement une épreuve.

Je sens, mon cher monsieur, combien cela vous dé-

A LABBÉ BEXON.

tourne, et en meme temps j’admire que vous ayez encore le temps de faire des oiseaux. M. de Montbeillard a voulu terminer le cinquième volume aux grimpereaux, et il est en eiTet assez gros, car il contient cinq cent quarante-six pages , et il y en aura peut-être tientequatre de table des matières, à laquelle je travaille actuellement ; cela fera donc cinq cent quatre-vingts pages avec vingt-neuf planches ; ainsi ce volume sera plus gros qu’aucun des précédents.

Nos jolis oiseaux-mouches vont donc commencer le sixième volume; et comme les perroquets doivent suivre immédiatement, je vous les enverrai dans huit ou dix jours, afin que vous les lisiez attentivement avant de les livrer à l’impression. Je vous adresserai ce paquet, qui sera gros, par la diligence, ou plutôt je l’adresserai h Lucas, qui vous le remettra , et j’y joindrai une vingtaine de dessins d’oiseaux qu’il faudra donner à M. Desève pour les faire graver; car ces gravures doivent entrer dans le sixième volume, et quelques-unes dans le cinquième.

Je lirai avec grand plaisir votre article du vanneau , et j’ai revu ces jours-ci ceux de la cigogne et de la grue avec satisfaction.

Je vous renvoie ci-joint votre cahier d’extraits des voyageurs, dont j’ai fait usage comme vous verrez par la copie ci-jointe de l’explication de la carte géographique ; je vous prie de lire cette explication avec attention, dans laquelle vous changerez les longitudes par la différence du méridien de Londres à celui de Paris; je vous prie aussi d’y faire telles additions et corrections que vous jugerez 'a propos, après quoi vous voudrez bien me la renvoyer, car je ne veux la livrer a l’impression qu’après la carte, tant australe que boréale, entièrement achevée.

322 LETTRES DE BUFFON

Je suis enchanté que vous soyez content de votre nouveau logement ; mille tendres respects h vos dames.

Montbar, ce 3 août 4778 .

P. S. Faites, je vous prie, mes compliments h M. Dauhenton le jeune, en lui disant qu’il me fera plaisir de vous donner une demi-douzaine de colibris et oiseauxmouches bien équipés, et même d’autres bijoux, si vous en voulez, en échange de vos beaux cailloux des Vosges.

M.M. Bleneau et Trécourl vous remercient de voire souvenir.

LETTRE Xe.

Je vous prie, ma charmante enfant, de faire ma paix avec le méchant abbé, qui me gronde de ce que je ne lui écris pas, tandis que j’ai mille fois plus de tort avec vous, mademoiselle, et que vous êtes assez bonne pour ne pas vous en plaindre. Vous verrez combien je vous en sais de gré lorsque je serai de retour, et je compte que ce sera avant la fin de ce mois. Mille tendres respects a votre chère maman , et mille amitiés, avec ces paperasses, a notre cher abbé, en attendant que j’aie l’honneur de lui écrire.

Montbar, ce l*r octobre 1778.

LETTRE XIe.

Voilà, mon très cher abbé, les feuilles C et D de notre septième volume. J’ai renvoyé les deux précédentes par l'ordinaire dernier à l’adresse du sieur Lucas, que je charge de les remettre à l’imprimerie royale. Vous ferez

a l’abbé bexon. 323

bien, mon cher ami, d’exhorter M. Mandonnet, en lui taisant mes compliments , pour lâcher de regagner le temps assez long qn’on a perdu. Je vous envoie en même temps votre article du grèbe et du castagneux, qui a dû, en etlet, vous coûter beaucoup de recherches et de discussions; mais, encore un coup, mon très cher abbé, nous sommes bien en avance vis-à-vis de l’impression ; par conséquent, n’en prenez qu’à votre aise; car je ne cesserai de craindre pour votre santé que quand je vous verrai moins ardent pour le travail. Et qu’importe, que les oiseaux soient achevés celte année ou six mois plus lard, cela m’est bien égal; je conçois que cet ouvrage doit fort vous ennuyer, et c’est pour cela qu’il faut le couper, en allant tantôt auprès de la belle comtesse, tantôt auprès du bon marquis, et plus souvent encore auprès de mon frère et de mon fils : au reste, je vois avec le plus grand plaisir que votre ouvrage ne se sent point du tout de la précipitation avec laquelle vous voudriez 1 achever; tout m’y parait exact, et même scrupuleusement vu. Comme j’ai les yeux très fatigués, je ne relis pas les nomenclatures , et je vous prie d’y donner une double attention. ^

Je suis maintenant très décidé à ne faire aucune réponse au sujet du manuscrit Boulanger; je n’ai jamais lu moi-même ce manuscrit : c’est Trécourl qui m’en a lu quelques endroits, et qui m’a fait l’extrait de ce qui regardait le cours de la Marne, dont je yous ai remis à vous-même la petite carte. Voilà tout ce que j’ai tiré de ce manuscrit, que je connaissais d’avance par la lettre que Boulanger m’avait écrite en 1730; en sorte qu’ayant alors jeté cette lettre, j’ai de même jeté le manuscrit comme papier très inutile : mais je vois qu’il n’est pas nécessaire d’en convenir aujourd’hui; il vaut mieux laisser ces mauvaises gens dans l’incerlitude, et comme

LETTRES DE BUFFON

je garderai un silence absolu, nous aurons le plaisir de voir leurs manœuvres a découvert. Je viens de lire l’extrait de mon ouvrage dans le n° 18 du même journal Grosier ; il est clair que c’est un guet-apens et un piège qu’on a voulu me tendre, en voulant me forcer de répondre à la lettre Gobet, parce que le journaliste, dont l’extrait est pitoyable et de mauvaise foi, s’est bien douté que je ne répondrais pas a sa critique, mais que je serais obligé de paraître pour me défendre de la calomnie. Le seul fait d’avoir lu publiquement à l’Académie de Dijon, en 1772, le premier Discours des Epoques , qui en renferme tout le plan, suffit pour confondre les calomniateurs, puisque le manuscrit Boulanger ne m’a été remis que trois ans après; et voila ce que peuvent dire mes amis avec d’autant plus d’assurance, qu’il en a été fait mention lors de la lecture, dans les feuilles hebdomadaires de Bourgogne, imprimées a Dijon. Il faut donc laisser la calomnie retomber sur elle-même, et je suis très aise que vous en pensiez ainsi.

Faites mille tendresses de ma part a votre très respectable mère et à votre tout aimable sœur. J’ai eu le plaisir de parler d’elles et de vous avec M. et madame de Genouilly, qui sont venus dîner hier ici; ils vous aiment beaucoup tous deux, parce qu’ils vous connaissent bien tous deux; et moi aussi, mon très cher abbé, je vous aime d’autant mieux que je vous connais davantage.

Montbar, ce 8 août 1779.

LETTRE XIIe.

Voila le cormoran que je vous envoie, mon très cher monsieur, avec les premières corrections, car j’en ai

A L’ABBÉ BEXON.

fait de plus grandes sur la seconde copie; mais en tout il est bien, et il n’a pas laissé de vous coûter beaucoup de temps pour les recherches.

Je vous ai dit par ma dernière que je m’étais fort occupé à relire tous nos articles du huitième volume.

Je compte que tout ce qui est fait, jusque et compris le cormoran, fera au moins trois cent trente pages d’impression, a quoi ajoutant quarante pages, tant pour la table des matières que pour celle des chapitres, cela fait déjà trois cent soixante-dix pages pour ce volume, qui, d’ailleurs, contiendra vingt-neuf planches; il ne nous faut donc plus qu’environ deux cents ou deux cent vingt pages au plus pour achever ce huitième volume; et voici l’ordre dans lequel je désirerais que vou's eussiez la bonté d’en préparer le travail.

Après le cormoran, nous pouvons placer les fous et les frégates, dont il y a sept espèces dans Brisson; les paille-en-cul ou oiseaux des tropiques, trois espèces; l’anhinga, une espèce; le bec-en-ciseaux, une espèce; les hirondelles de mer, sept espèces; et enfin les goélands et les mouettes, quinze espèces, avec les plongeons , six espèces. J’imagine que ces articles sont suffisants pour achever ce huitième volume, et s’ils • excédaient les deux cent vingt pages, nous pourrions en ôter les plongeons.

Je fais cet arrangement dans la vue de commencer le neuvième volume par le bel article du cygne, en le continuant par les oies, les canards, souchets, morillons, sarcelles, etc., et de la passant aux pétrels, puftins, albatros, pingouins, etc., et finissant par le manchot, qui, de tous les oiseaux, l’est le moins. Vous me direz que ce restant d’oiseaux , que je destine à commencer le neuvième volume, n’en fera que le tiers ou peut-être le quart, c’est-à-dire cent cinquante ou deux cents paît)

LETTRES DE RUFFON

ges; mais nous y joindrons les articles de suppléments, qui en feront du moins autant, et ensuite la correspondance des noms, qu’il faudra prendre en faisant le dépouillement de tout l’ouvrage, depuis le premier volume jusqu’au neuvième, ce qui seul fera plus de cent pages, et cent trente y compris la table des matières ; en sorte que ce neuvième volume sera tout aussi gros que les autres.

Ainsi vous avez le temps de bien peigner votre beau cygne, et je ne vous conseille pas de vous en occuper, non plus que des oies, des canards et des autres oiseaux estropiés qui doivent entrer dans ce neuvième volume, et vous attacher actuellement a ceux qui doivent terminer le huitième.

M. de Montbeillard m’écrit aujourd’hui qu’il m’enverra dans huit jours la table entièrement faite du sixième volume, et je vous la ferai passer tout de suite pour la remettre à l’imprimerie royale, parce que je vois qu’ils sont bientôt au bout de leur copie, qui finit à l’article du cincle, et que la table du sixième volume doit être imprimée la première après cet article qui fait la fin du septième volume. J’ai aussi beaucoup avancé la table de ce septième volume, parce que je la continue sur les épreuves à mesure qu’elles m’arrivent; mais il faudrait m’envoyer incessamment sept bonnes feuilles qui me manquent, et qui doivent être actuellement tirées, depuis la page 360 jusqu’à la page 416. C’est la seule chose qui me manque pour que cette table puisse être complètement achevée.

Je vous assure, mon cher abbé, que quoique je n’aie pas, à beaucoup près, comme vous, la grande fatigue de ce travail, il me pèse néanmoins beaucoup, et que je désire autant que vous d’en être quitte, et de ne plus

A l’abbé b EX ON. 527

travailler sur des plumes. Adieu , je vous embrasse, ainsi que vos bonnes et aimables bonnes.

Montbar, ce 1\ décembre 1779.

LETTRE XIIIe.

J’ai reçu, mon très cher monsieur, votre lettre du 14 de ce mois, et je désirerais bien que votre santé fût meilleure. M. Panckoucke, qui vient de passer un jour ici, m’a dit que votre rhume continuait, et j’en suis inquiet. Vous me ferez donc grand plaisir de m’en écrire un mot. Je vous conseillerais meme de cesser tout travail; j’ai presque été obligé de discontinuer le mien pour un seul accès de fièvre : ainsi ménagez-vous , je vous en prie; nous aurons toujours de quoi occuper l’imprimerie royale. Je vous envoie ci-joint l’avertissement qui doit être mis à la tête de notre septième volume des oiseaux : je crois que vous serez content de la manière dont j’y parle de vous : cependant voyez, mon cher monsieur, si vous désirez encore quelque chose de plus. M. Gueneau de Montbeillard a vu cet divertissement, et c’est par cette raison qu’il ne faudrait y rien changer; cependant dites-moi naturellement si vous êtes aussi content que je le désire.

Vous trouverez aussi dans ce paquet votre article du paille-en-queue, avec assez peu de cofrections ; c’est un de ceux que vous avez le mieux écrits, et je m’aperçois de plus en plus que chaque jour vous vous perfectionnez, et que la belle imagination ne vous abandonne guère. J’ai fait part a M. Panckoucke de l’ennui que me donne ce malheureux volume des quadrupèdes, qu’il faut refondre en entier; quatre mois de mon séjour ici me suftir

LETTRES DE BUFFON

ronl à peine pour celle solte besogne, el , après celle perle de temps, l’ouvrage ne vaudra encore rien, car ce ne seront que des compilations, des copies de choses déjà données, et qui auraient été toutes neuves si je les eusse publiées il y a quatre ans. Je suis convenu avec M. Panckoucke qu’on imprimerait ce volume d’abord après mon relour à Paris ; nous avons compté qu’il y entrerait soixante-dix planches ; et comme M. Desève nous lanternerait pendant peut-être plus d’un an pour les faire graver, je suis convenu avec M. Panckoucke d’envoyer à M. Plassan vingt-huit dessins qu’il donnera à M. Bénard pour les faire graver à l’insu de M. Desève, auquel je vous prie de n’en rien dire : c’est le seul moyen de pouvoir publier promptement ce volume, qui n’aura guère que trois cent soixante pages de discours; et j’enverrai en effet incessamment ces vingt-huit dessins a M. Plassan.

Quand vous irez a l’imprimerie royale, demandez, je vous prie , mon cher abbé , 1° les bonnes feuilles du septième volume qui me manquent depuis la page 424.

2° Dites a M. Mandonnet d’envoyer à M. Gueneau de Montbeillard les épreuves de la table des matières du sixième volume, comme il lui envoyait précédemment les épreuves des articles de sa composition.

3° De m’envoyer a moi-même les épreuves de la table du septième volume et celles de l’avertissement et de la table des chapitres; il faudrait être entièrement quitte de ce septième volume avant de commencer le huitième. Ne négligez pas, je vous supplie, de voir M. Desève pour que les gravures de ce septième volume ne nous retardent pas trop longtemps, et vous me ferez plaisir de me mander où nous en sommes a cet égard.

Lucas m’a envoyé votre récépissé; ainsi cette petite affaire est en règle. Je vous embrasse , mon très

A l'abbé BEXON.

cher monsieur, et je voudrais bien vous embrasser ici. Voilà aussi une lettre qu’on m’a adressée pour vous.

Montbar, ce 20 janvier 1780.

P. S. Voilà une lettre de M. Bâillon , que je vous prie, mon cher monsieur, de lire avec M. Daubenton le jeune, et de lui faire de concert une très honnête réponse.

LETTRE XIVe.

Fort bien et de mieux en mieux, mon très cher abbé; car vous ne trouverez guère plus, ou peut être moins de changements et de corrections dans ces deux articles que je vous renvoie, que dans celui de l’anhinga. J’ai cru devoir supprimer le nom de coupeur-d’eau , qui n’est pas bien connu, et qui d’ailleurs a été donné par Cook à un oiseau qu’il dit être un pétrel ; j’ai cru de même devoir rejeter celui de stercoraire, autant par sa mauvaise odeur que par sa mauvaise application, et je crois que vous serez content des corrections que j’ai faites sur le bec-en-eiseaux. Toutes les fois quel on traite un sujet dans un point de vue général, il faut tâcher d’être court et précis; cet article et celui de l’anhinga figureront très bien parmi ces tristes oiseaux d’eau dont on ne sait que dire, et dont la multitude est accablante. Je suis surpris de ne point recevoir de nouvelles épreuves de l’imprimerie royale; on vient de m’envoyer les bonnes feuilles jusqu’à la lettre V, mais il y a douze ou quinze jours que je n’ai vu d’épreuves, et à ce train le volume ne sera pas imprimé avant mon retour à Paris, car je compte toujours aller vous revoir sur la fin de septembre; et je trouve déjà que mon temps s’avance,

LETTRES DE BU F F ON

surtout relativement à mon ouvrage des minéraux, quoique j’en perde le moins qu’il est possible : mais l’histoire des métaux est une affaire encore plus difficile, et peut-être aussi longue que celle des autres matières toutes prises ensemble, et j’entrevois que ce volume me donnera encore plus de peine et de travail que le premier ; cependant je ne me décourage pas, et j’espère en venir a bout avec le temps.

Je n’ai point pris de parti au sujet du schorl, et quoique tous les granits de Danemark, de Suède et des autres provinces du Nord en contiennent , et qu’en même temps ils ne contiennent point de mica, il se peut que ces granits soient mal nommés, ou qu’ils fassent un ordre de pierres différent de celui des vrais granits; mais ce sont de ces choses sur lesquelles il serait difficile de s’entendre par lettres, et que nous examinerons ensemble lorsque j’aurai le plaisir de vous revoir. Vous ne pouvez m’en faire un plus grand que de voir souvent mon fils; je voudrais bien qu’il protitàt de vos leçons et de vos sages conseils ; je lui ai demandé ces jours-ci quelques feuilles de son ouvrage, et je vous serais obligé de l’exhorter à ne pas abandonner ses études : il ne sent pas le grand tort qu’il se fait par la perte de son temps. Vous avez bien employé le votre, mon très cffer ami, et vous en recueillez aujourd’hui le fruit. Mille compliments très humbles et tendres amitiés a vos dames.

Montbar, ce 9 juillet 1780.

LETTRE XVe.

J’ai reçu avec grand plaisir votre lettre , mon très Cher abbé, et je vous ferai mon compliment quand vous

Page 1