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Tome V, page GO

IDEES DE 1HJFF0N

chacal, le loup et le renard d’une seule de ces quatre espèces. Mais, pour nous en tenir au chien, qui est celle de ces quatre espèces que nous connaissons le mieux, il ne vient sûrement pas du loup, car le loup est solitaire et le chien est essentiellement sociable ; il ne vient pas du chacal, car le chacal a une odeur si particulière, qu’il ne semble guère possible que le chien, venu du chacal, n’en conservât pas au moins quelques traces ; d’un autre côté, le mélange du chien avec le renard n’est point prolifique ; et voici quelque chose de plus décisif encore : le chien a été rendu à l’état sauvage et il n’est point passé à l’une des trois autres espèces, il est resté chien.

Les espèces ne viennent donc pas les unes des autres h Toutes sont primitives ; et, ce qui trompe Buffon, c’est qu’il ne voit pas la limite fixe qui

1. Buffon le voit ailleurs, et le dit très bien : « Quoiqu’on ne puisse pas démontrer que la production d’une espèce par la dégénération soit une chose impossible à la nature, le nombre des probabilités contraires est si énorme, que, philosophiquement même, on n’en peut guère douter ; car si quelque espèce a été produite par la dégénération d’une autre, si l’espèce de l’àne vient de celle du cheval, cela n’a pu se faire que successivement et par nuances; il y aurait eu entre le cheval et l’âne un grand nombre d’animaux intermédiaires, dont les premiers se seraient peu à peu éloignés de la nature du cheval, et les derniers se seraient rapprochés peu à peu de celle de l’âne; et pourquoi ne verrions-nous [tas aujourd’hui les représentants, les descendants de ces espèces intermédiaires? Pourquoi n’en est-il demeuré que les deux extrêmes? » (Tome IV, page 390).

sépare partout les variétés des espèces. L’homme, qui ne peut rien sur X espèce, peut tout, ou à peu près tout, sur les variétés, sur les races .

Tout, ou presque tout, est artificiel dans la production de quelques-unes de nos races domestiques. On produit à volonté des chiens gros ou petits, et de plus en plus petits, ou de plus en plus gros, en unissant ensemble les plus grands ou les plus petits individus.

cc On est toujours sûr, dit F. Cuvier, qui avait beaucoup médité sur cette matière, on est toujours sûr de former des races lorsqu’on prend soin d’accoupler constamment des individus pourvus des particularités d’organisation dont on vêtit faire les caractères de ces races. Après quelques génê-

« Si l’on admet une fois que l’âne soit de la famille du cheval, et qu’il n’en diffère que parce qu’il a dégénéré, on pourra dire également que le singe est de la famille de l’homme, que c’est un homme dégénéré, que l’homme et le singe ont eu une origine commune comme le cheval et l’âne, que chaque famille n’a eu qu’une seule souche, et même que tous les animaux sont venus d’un seul animal, qui, dans la succession des temps, a produit, en se perfectionnant et en dégénérant, toutes les races des autres animaux. » (Tome IV, page 382). « ... S’il était acquis que, dans les animaux, il y eût, je ne dis pas plusieurs espèces, mais une seule qui eût été produite par la dégénérai ion d’une autre espèce ; s’il était vrai que l’âne ne fût qu’un cheval dégénéré, il n’y aurait plus de bornes à la puissance de la nature, et l’on n’aurait pas tort de supposer que d’un seul être elle a su tirer, avec le temps, tous les autres êtres organisés. »» ( Ibid., page 382 ).

rations, ces caractères, produits d’abord accidentellement, se seront si fortement enracinés, qu’ils ne pourront plus être détruits que par le concours de circonstances puissantes, et les qualités intellectuelles s’affermissent comme les qualités physiques, etc. U »

Daubenton a produit, avec des races de France, les plus belles laines, et par conséquent les plus belles races des moutons d’Espagne.

Unissant, par exemple, des béliers dont la laine avait six pouces 1 2 de longueur à des brebis dont la laine n’avait que trois pouces3, il a vu, dès la première génération, les petits avoir une laine de cinq pouces et demi de longueur 4 : poursuivant ainsi, et unissant toujours, à chaque génération, les individus, béliers et brebis, dont la laine était la plus longue, il est parvenu à produire des laines longues de vingt-deux pouces5.

1 . Voyez mon Résumé analytique des observations de F. Cuvier sur l'instinct et V intelligence des animaux. Paris, 1845, page 113. « De deux individus singuliers, dit Bulfon, que la nature aura produils comme par hasard, l’homme en fera une race constante et perpétuelle, et de laquelle il tirera plusieurs autres races qui, sans ses soins, n’auraient jamais vu le jour.» (Tome 11, page 497, Oiseaux).

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