‹ Histoire des travaux et des idées de BuffonChapitre 80 sur 236 · INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE

la formation des idées, accorde beaucoup trop aux sens; Condillac leur accorde beaucoup plus encore. Il y a des moments où Buïfon semble enchérir sur Condillac et sur Locke.

cc On ferait bien, dit-il, de laisser à l’enfant le libre usage de ses mains, dès le moment de sa naissance ; il acquerrait plus tôt les premières notions de la forme des choses, et qui sait jusqu’à quel point ces premières idées influent sur les autres? Un homme n’a peut-être beaucoup plus d’esprit qu’un autre que pour avoir fait, dans sa première enfance, un plus grand et un plus prompt usage de ce sens L »

Voilà pourtant jusqu’où va Buffon, lorsqu’il oublie Descartes pour Locke. Mais avec quel bonheur il se corrige lui-même ! cc L’esprit, quoique resserré, dit-il, par les sens, quoique souvent abusé par leurs faux rapports, n’en est ni moins pur ni moins actif; l’homme qui a voulu savoir a

t. Tome III, page 362. Il dit ailleurs précisément le contraire ; « L’excellence des sens et la perfection même qu’on peut leur donner, n’ont des effets bien sensibles que dans l’animal ; il nous paraîtra d’autant plus actif et plus intelligent, que ses sens seront meilleurs ou plus perfectionnés. L’homme, au contraire, n’en est pas plus raisonnable, pas plus spirituel, pour avoir beaucoup exercé son oreille et ses yeux. On ne voit pas que les personnes qui ont les sens obtus, la vue courte, l’oreille dure, l’odorat détruit ou insensible, aient moins d’esprit que les autres : preuve évidente qu’il y a dans l’homme quelque chose de plus qu’un sens intérieur animal. » (tome IV, page 33).

commencé par les rectifier, par démontrer leurs erreurs; il les a traités comme des organes mécaniques, des instruments qu’il faut mettre en expérience pour les vérifier et juger de leurs effets 1 . »

BulTon a résumé toutes ses idées sur les erreurs des sens dans ces belles pages où il imagine un homme, « tel, dit-il, qu’on peut croire qu’était le premier homme au moment de la création, c’està-dire un homme dont le corps et les organes seraient parfaitement formés, mais qui s’éveillerait tout neuf pour lui-même et pour tout ce qui l’environne 2. »

..... J’ouvris les yeux, quel surcroît de sensation ! La lumière, la voûte céleste, laver dure de la terre , le cristal des eaux ... je crus d’abord que tous ces objets étaient en moi. . . Je commençai à soupçonner qu’il y avait de l'illusion dans cette sensation qui me venait par les yeux 3

Mais, tout en admirant ces pages brillantes où la précision des idées se joint au charme des mots, et la méthode à la fiction, puis-je ne pas remarquer que Buffon n’y parle que des idées qui viennent des sens? B n’y dit rien des idées qui viennent de l’âme; il peint l’àme qui découvre

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