‹ Histoire Des Trois Derniers Princes de la Maison de Condé Prince de Condéduc de Bourbonduc D'EnghienChapitre 10 sur 40 · Le général vicomte de Montesson · texte numérisé non relu

Le général vicomte de Montesson

autres tête-à-tête avec Balbot; ce matin encore trois autres tête-à-tête avec la Belette. Je suis plus content ; on sent la nécessité d'aller avant les étrangers. On s'y prépare, mais point de doubles louis, cela est désolant. On dit dans huit ou dix jours, mais on m'a tant dit cela de fois.

Depuis un mois, la Reine est plus furieuse contre nous que jamais. Elle dit que notre politique Ta emportée sur la sienne auprès des puissances étrangères et des cabales de Paris, et que c'est nous qui avons fait faire la guerre (il y a bien quelque chose de vrai à cela) ; qu'elle ne nous le pardonnera jamais, et qu'il faudra que Balbot ou la Reine sortent de France.

Voilà où nous en sommes. Je vous embrasse tous.

Du même au même.

ACoblentz, ce 14 mai 1792.

Écoutez-moi bien : faites prendre copie par ma fille des lettres à MM. de Bouillé, de Godçnheim et de Boursac le plus tôt possible, et envoyez chercher Bertier. Qu'il prenne les lettres à MM. de Bouillé et de Godenheim et les trois cents louis que porte de Prades; que ledit Bertier parte pour Mayence, où il remettra en passant les lettres à M. de Bouillé. De

là il continuera tout de suite sa route jusqu'à Durrenstein, à deux lieues en avant de Worm^; là il trouvera Godenheim, à qui il remettra la lettre qui est pour lui, et les trois cents louis dont il tirera un reçu, pour l'exactitude de la comptabilité.

Ensuite vous mettrez à la poste la lettre de Boursac avec cette adresse : à Monsieur Auguste, négociant aux Deux-Ponts, sans mettre l'auberge, cela est convenu.

En vérité il y a plus de nerf ici, et je crois qu'on ira.

Je viens de voir une lettre de Marseille, qui dit que la Nation a porté douze mille hommes sur le Var, que le lendemain le régiment du Maine a passé à Nice en entier, caisse et drapeaux, et qu'il a été suivi par tous les officiers des régiments de la marine et de Barrois; que de plus on a pillé dans le port de Marseille un bâtiment marchand autrichien (apparemment de Trieste); qu'on cherche h armer une escadre à Toulon, mais qu'on ne trouve ni officiers, ni matelots, ni argent, et qu'on commence à prendre l'argenterie et l'argent dans les maisons qui passent pour les plus aisées ; je ne garantis rien de tout cela.

Le bataillon du régiment de Walsh qui vient à Longwy, demande à passer, cela doit être secret.

Je ne crois point à la nouvelle de Lafayetle.

Le général prussien qu'on envoie ici pour arranger les magasins est Schonfeld, celui que le roi de

Prusse avait mis (sans l'avouer) à la tête des patriotes Barbançons. Ce choix a étonné d'abord, mais il est avis de Romanzow, qui s'en charge. On attend le premier aujourd'hui ou demain, et l'on se prépare à dire à l'électeur de Trêves1 que, pour être conséquent, il faut qu'il refuse le roi de Prusse, ou qu'il nous permette d'armer, car son pays sera tout aussi exposé par une démarche que par l'autre.

Je ne reviens pas de l'acte de vigueur que vient de faire notre Électeur. Que Dieu l'y maintienne!

Du même an même.

A Coblentz, Ik mai 1792.

. Tout ce qu'il y a de pire, moins d'argent que jamais ; je crois impossible que tout ne croule pas. On m'ôte le régiment de Saxe, et je voudrais par cette raison que ce fût tout à l'heure. Hortensius court les champs; l'Atelier fait des difficultés. D'après la proposition de Curtius, on a fait des dépêches sans fin à Québec; de ce côté-ci tout allaita merveille; mais, mais, etc., etc.

I. Clément Venceslas, prince de Saxe, archevêque-électeur de Trêves.

Le prince de Gondé au général marquis de Bouillé1.

Bingen, ce 16 mai 1792 à k heures du matin.

Je ne puis vous exprimer, Monsieur, à quel point votre lettre m a consterné. Comment llÉlecteur a-t-il la barbarie de nous jeter dans d'aussi cruels embarras ? D'où peuvent donc venir ces variations perpétuelles? Nous donner les plus belles espérances, et, le moment d'après, se dédire. Jamais il n'y a eu d'exemples d'une pareille persécution.

Aussitôt la réception de votre lettre, j'ai fait venir MM. de Viomesnil et de Fumel, à qui j'ai fait part de la proposition des cinq villages du comté d'Ingenbeim pour y placer le régiment, en atten- . dant le succès de votre négociation à Worms. Cet arrangement nous a paru souffrir les plus grandes difficultés : premièrement, parce que dès hier nous avons envoyé un officier à Neubamberg faire les logements, ne doutant pas, d'après les assurances que

1. Le général marquis de Bouillé, l'un des plus fidèles et des plus habiles serviteurs de la Monarchie dont la Révolution sut faire un croquemitaiue pour effrayer ses patriotes. Le nom de ce courageux soldat a l'honneur de figurer dans l'une des strophes de la Marseillaise comme un des vils suppôts de la tyrannie à laquelle allait succéder l'ère de la fraternité mitigée par la guillotine.

nous avions, que le régiment ne fût placé dans le pays de Worms, dans un endroit quelconque. Deuxièmement, comment annoncer à ce régiment déjà mécontent des dégoûts qu'il a essuyés dans sa route, comment lui annoncer encore un changement subit dans sa marche, sans lui faire prévoir de nouveaux désagréments. Troisièmement, le déplacement des compagnies qui sont établies dans ces villages serait une occasion de dépenses pour les gentilshommes et donnerait infiniment d'embarras.

D'après ces considérations, nous sommes convenus que le régiment partirait toujours aujourd'hui pour se rendre à Neubamberg. M. de Vioménil vient de partir dans le moment pour aller à Soremburgoù le régiment a couché ; il dira à M. de Gottsheim de ma part que vous m'avez mandé, que vous alliez tâcher de leur faire avoir la ville de Worms, ou un cantonnement dans le Bergstrass, ou dans le pays de Darmstadt. 11 est sûr qu'il faut absolument qu'ils soient placés dans un de ces trois endroits, ou bien s'attendre à perdre ce régiment ; combien cela serait affreux et humiliant pour nous.

Le premier régiment qui se dévoue à notre cause, à la cause du Roi, le voir se débander, peut-être s'en retourner en France, disant qu'il a été chassé de partout. Ce serait le plus grand malheur qui pût arriver.

Le prince de Condé au duc de Bourbon.

A Coblentz, ce 1er juin 1792.

J'ai si peu de temps que je ne réponds pas à tout ce qui n'exige pas réponse.

Que Levignac reste.

Je suis bien fâché de l'accident de Rudenheim. Sûrement je serais très-aise d'aller attaquer Kellermann ; mais en vérité, un trésor dont l'existence est encore fort douteuse ne vaut pas la peine de faire une mandrinade qui ne serait pas soutenue. D'ailleurs cela ne serait sûrement pas accepté; et je me garderai bien de le proposer comme de le tenter. Il faut se tenir tranquille, d autant plus que ce ne sera pas pour longtemps.

Pour vous seul.

En tout, soyez un peu en garde intérieurement contre les propositions, quelquefois trop chaudes, de personnes très-posées, très capables, excellentes sous beaucoup de rapports, mais dont l'imagination trop vive ne voit que le succès vraisemblable d'une entreprise, sans songer à tous les préparatifs, à tous les moyens nécessaires pour entreprendre, et sans lesquels rien ne peut aller. Il n'y a que ceux qui ont

commandé, et commandé en grand, qui saisissent les possibilités et les convenances de ce genre.

L'assemblée ici me paraît fort aventurée. Le conseil sera fort divisé là -dessus à l'ordinaire; on attend le maréchal de Castries aujourd'hui, et je prévois que Hortensius sera seul de son avis, car Balbot l'abandonnera sûrement, si la Belette n'en est pas; ce qui ne laissera pas de m'embarrasser.

J'envoie à Vassé la note de Teyssonnet et je lui mande ce qu'il a à faire ; vous n'avez rien à écrire làdessus. Je n'ai pas besoin de vous dire de ne pas prendre de parti avant de m'avoir consulté; c'est l'affaire de douze heures d'avoir ma réponse. En attendant, vous pourrez s'ii y avait événement, ce que je ne crois pas, préparer avec Fumel et Viomesnil des ordres sur le papier, en mon nom, sur ce que vous croirez prévoir que je peux répondre ; mais vous ne les lâcherez qu'après ma réponse, parce que nous nous compromettrions, si nous faisions quelque chose, avant d'être autorisés ici.

Du mémo au même.

A Coblentz, le 2 juin 1792.

Voussavez que mes nouvelles sont toujours comme la fièvre tierce; c'est aujourd'hui le bonjour

M. de Bouillé est arrivé, et je n'ai encore pu le voir que devant les Princes. Le roi de Prusse est charmant pour nous ; il nous promet une place en première ligne, et il est bien expliqué dans la note officielle, que ses troupes seront derrière nous pour nous appuyer. 11 charge le duc de Brunswick de nous fournir d'artillerie ; il donne quatre cent mille francs par mois pour l'entretien des troupes françaises passées ou à passer et qui seront toujours à nos ordres. (Comme nous avons bien fait de refuser l'autre). De plus il nous donne deux millions pour entretenir les Émigrés ; mais il désire que le roi de Hongrie1 se charge d'un des deux. Le roi de Prusse n'avait aucune connaissance de la proposition de ce dernier, qui d'ailleurs se livre personnellement, et indépendamment de son conseil, à ceux de son anr cien. M. de Bouillé nous l'a assuré, mais toujours cette éternelle recommandation de nous tenir tranquilles, et de ne point armer à moins de réquisition des princes allemands. Il est absurde de nous faire partir pour la guerre, sans nous être exercés. Cela ne peut pas durer et si les Autrichiens étaient seulement un peu battus par Luckner et La Fayette*

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