XVIII
Pendant ce temps-là, le roi et M. iMolé, debout dans l'embrasure d'une croisée, discutaient entre eux la formation d'un nouveau ministère, et, chose étrange, le roi n'était ni modifié ni même effleuré par la terrible leçon qu'il venait de recevoir des événements. Il voulait bien consentir à sacrifier les instru-
ments de sa politique, mais non la plus légère particule de cette politique; il entendait demeurer tout entier et inébranlable dans son système.
M. Mole ne put parvenir à lui la ire comprendre toute la gravité de ce duel à outrance contre la volonté du pays. II dut se retirer sans avoir obtenu aucune concession. Le roi Jui donna seulement un second rendez-vous.
Mais le fait d'un changement de ministère n'en avait pas moins pénétré partout, et correspondait trop intimement aux espérances de la population, pour ne pas être complètement accepté. La nuit vint. Toutes les maisons illuminent. Paris flamboie en une minute. De longues guirlaniles courent sur les fenêtres des façades, ondulent, descendent et remontent à tous les étages. Des grappes de lumières flottent confusément en haut , en bas, de tous côtés, se perdent dans le vide, ou se reflètent dans le courant de la Seine.
L'aspect de la ville est féerique, et à la clarté de ce nouveau jour, subit et abondant, qui
inonde le pave, une foule immense afïliie dans les «randes artères de la circulation : hommes, femmes, enfants, tous marchant tranquillement, tous heureux, tous se reconnaissant à la même expression de bonheui', se saluant de la main, et forçant les voitures à ralentir le pas , pour ne point troubler cette fête improvisée de l'opinion.
La foule était surtout nombreuse sur les boulevards. Le café du Grand-Balcon avait entièrement lâché ses robinets de gaz, et il en jaillissait une gerbe de lumières, qui faisait ressembler cette illumination à une éruption de volcan.
Le flot de promeneurs s'était arrêté , amoncelé, et s'amoncelait de plus en ])Ius , pour considérer ce spectacle. 11 pouvait être dix heures.