‹ Histoire des trois journées de Février, 1848Chapitre 18 sur 29 · S XXV · texte numérisé non relu

S XXV

Le Carrousel était attaqué. Les élèves de l'École polytechnique descendaient la rue de

Seine en se tenant par le bras et en chantant la Marseillaise. Ils allaient, par pelotons, se mêler aux combattants. Les troupes, déconcertées par les ordres, les contre-onh^es et les proclamations qui leur annonçaient sans cesse un changement à vue, tantôt de leur commandant, tantôt du ministère, se détournaient d'un pouvoir qui croulait, à chaque minute , aux décharges de la fusillade. Les soldats tournaient la crosse en l'air et rentraient dans leurs casernes.

Mais à mesure que l'armée s'effaçait de la scène, le peuple accourait la remplir. De la rive gauche et de la rive droite , il venait converger sur l'unique point où la résistance s'était concentrée. Des bandes héroïques d'ouvriers, mélangées d'étudiants et de gardes nationaux, se dirigeaient continuellement contre les Tuileries. Des enfants marchaient en tête, portant autour du cou des colliers de cartouches. Ces bandes étaient bizarrement et diversement armées de fusils, de pistolets, de sabres , de coutelas , de piques ou de lances emmanchées au bout d'un bâton; mais elles se rendaient gaiement au combat, et en pas-

sant fouillaient les maisons pour y prendre des fusils.

Toutes ces recrues de la révolution venaient s'accumuler à la gorge de ces issues qui entourent le Carrousel.

Le feu s'ouvrit sur le poste du Chàteaud'Eau. Deux compagnies de troupe de ligne le gardaient, en avant du yjerron. Elles obliquèrent à droite et à gauche, ripostèrent par un feu roulant, rentrèrent dans le poste, refermèrent la porte, et disparurent derrière les meurtrières.

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