‹ Histoire des trois journées de Février, 1848Chapitre 17 sur 29 · S XXIV · texte numérisé non relu

S XXIV

Le roi avait espéré désarmer le peuple avec une proclamation , et cependant M. Thiers, qui l'avait rédigée , ne l'avait ni signée ni insérée au Moniteur,

Sitôt qu'elle paraît, elle est arrachée, uiée par la foule et déchirée.

Le combat continue et se resserre autour du Carrousel. M. Thiers revient aux Tuileries à la tète d'un groupe de députés de l'opposition : Duvergier de Ilauranne, de Piémusat, de Beauraontj Crémieux, Lastcyrie, Lamoricière; il demande la révocation du maréchal Bugeaud : la révocation est accordée.

Le roi tombe de concession en concession

— su —

et croit toujours pouvoir se reposer dans la dernière concession. 11 ne comprend pas que chaque nouvelle signature qu'il donne au soulèvement du peuple n'est qu'une abdication prolongée. Il se croit couvert par l'opposition , et à dix heures il se met à table avec toute sa famille.

A ce moment M. de Uémusat parait à la porte de la salle à manger; il demande le duc de Montpensier. Le roi l'invite à prendre ])lace à la table. M. de Rémusat refuse. Le duc de Montpensier se levé, M. de Rcmusat lentrctient à voix basse. Le roi se lève à son tour; la reine le suit; les autres membres de la famille interrompent leur déjeuner et tous entourent l'ancien ministre du l"raars, qui explique nettement, dans tous ses détails, le danger de la situation. Louis-Philippe est terrifié. L'ordre du départ est donné; un aide de camp le porte à M. de Chabannes.

Cependant le Carrousel était encore occupé y)ar une- force n)ilitaire iinj)Osantc en cavalerie,en artillerie, en infanterie. M. de Chabannes refuse d'amener les voitures pour ne

pas démoraliser cette force armée, la dernière sauvegarde de la monarchie.

Ce retard semble ranimer les courages. La reine, exaltée de l'enivrement du péril, propose des mesures énergiques de résistance; une jeune princesse mêle sa voix à la voix de Marie-Amélie. Divers moyens sont proposés. Quelques officiers offrent de couper par des barricades toutes les rues qui débouchent sur le Carrousel; de se défendre pied à pied aux Tuileries, et de brûler jusqu'à la dernière cartouche.

— Montez à cheval, sire, dit la reine ; je monterai, moi, sur le balcon, et j'irai vous voir mourir.

Le roi semble adopter un instant ce projet de défense désespérée , derrière un triple mur de baïonnettes. 11 monte en effet à cheval et passe la revue des ti-oupes du Carrousel : la ligne et la cavalerie l'accueillent par les cris de Vive le roi ! Deux bataillons de la garde nationale y répondent par le cri de Vive la réforme! La reine et les princesses, debout à

une fenêtre du rez-de-chaussée , suivaient le roi du regard et pouvaient entendre le cri de la nation.

Après la revue, Louis-Philippe se retira dans le cabinet qui communique par un pont volant avec le jardin des Tuileries. A peine y était-il entré, que M. Thiers arriva. Le nouveau président du conseil venait de parcourir les rues de Paris : sa popularité était déjà dépassée. Il demanda la présidence du conseil pour M. Barrot. Il ignorait que la puissance'de ce nom était déjà brisée. M. Barrot s'était présenté aux barricades pour annoncer son avènement au ministère et apaiser l'insurrection : il avait été lepoussé.

Ainsi, en quelques heures, trois ministères culbutaient successivement, emportés par le vent de colère qui soufflait sur la capitale. Vainement M. Mole, M. Thiers, M. Barrot étaient jetés à la tempête, le flot montait toujours.

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