CASUISTIQUE
phies V » Le soldat ne doit pas accepter de couronne, sous peine de tremper dans l'idolâtrie; le service militaire est condamné en lui-même par ïertuUien.
L'altération du dogme de la rédemption, d'où découlent le légalisme, la casuistique et l'ascétisme outré, est surtout sensible dans la distinction arbitraire que faisait le montanisme entre les diverses sortes de péchés. De même qu'il connaît deux ordres de perfection et mutile ainsi l'idée du bien, de même il mutile celle du mal . Les adhérents de la secte établissaient une différence radicale entre les péchés véniels et les péchés mortels et refusaient à l'Eglise le droit de pardonner les seconds. Ils mettaient en première ligne dans cette catégorie l'adultère et l'apostasie. Ils ne niaient pas que Dieu ne pût les pardonner directement ou par l'intermédiaire d'une révélation exceptionnelle ; mais de ce côté de la tombe il n'y a nulle réintégration possible pour ceux qui ont commis des péchés semblables, lors môme qu'ils donneraient les gages les plus sérieux de repentance. Ce point de vue rigoriste est poussé par Tertullien aux dernières limites. Son traité sur la pudicité ^ motivé par le décret de l'évêque de Rome qui avait assumé le droit de pardonner les plus grands péchés, développe la thèse montaniste avec une netteté parfaite. Il ne se fonde pas un instant sur la difficulté trèsréelle d'obtenir une preuve suffisante d'un repentir sérieux après ces terribles écarts; il s'attache uniquement à la gravité comparée des divers péchés. « Les
1 « Gando pallium et exsulta, rnelior jam te philosophia dignata est, ex quo Christianum vestire cœpisli. » [De pallio, 6.)
154 LES lÉCHÉS VÉNIELS ET MORTELS.
uns, disait-il, sont réraissibles, les autres au contraire sont irrémissibles ; les uns méritent le châtiment, les autres la damnation. De cette différence de délits découle la différence dans la pénitence. Elle diffère selon qu'il s'agit d'un péché rémissible ou d'un péché qui ne l'est pas '. » Rien n'est plus arbitraire qu'une semblable distinction; le péché sans doute est plus ou moins grave, selon qu'il implique plus ou moins de préméditation, de résolution. Mais chaque violation de la loi de Dieu, petite ou grande, n'en réclame pas moins toute la miséricorde de Dieu. L'Eglise est la dépositaire du message de grâce et de pardon; de quel droit exclurait-elle de son sein une catégorie de pécheurs plutôt qu'une autre, une fois qu'elle a réclamé les garanties possibles d'un repentir sérieux? Il n'est pas rationnel d'accorder un pardon égal à tous les péchés dans l'ordre divin et de décréter des exclusions irrévocables dans l'ordre ecclésiastique. Evidemment ces exclusions n'ont d'autre but que de faire expier sur la terre les péchés les plus graves. Il s'ensuit que l'œuvre rédemptrice ne paraît plus suffisante et qu'à côté du repentir une certaine satisfaction est demandée au pécheur. Nous atteignons ici le fond même de l'erreur du montanisme d'où découlaient son légalisme et son ascétisme. Nous verrons comment l'Eglise qui l'a repoussé a subi elle-même l'influence de cette erreur capitale, et a adopté après coup plusieurs de ses doctrines favorites , en les modifiant quelque peu. C'est au montanisme qu'elle doit
1 Causas pœnitentiae delicta condicimus; haec dividimus in duos exitus, alla erunt remissibilia, alla irremissibilia. » [De pudic, 2.)