EXALTATION DE LA CONTINENCE ABSOLUE. V
faire aucune difFérence au jioint de vue moral entre les clercs et les laïques, caries premiers sortent du peuple chrétien '. Comment d'ailleurs le mariage qui fait de l'homme et de la femme une seule chair pourrait-il se renouveler? Est-ce qu'une telle assimilation est pos< sible deux fois? D'ailleurs les liens entre l'épouse et l'époux subsistent dans la mort^, ils sont devenus plus sacrés en devenant plus spirituels. Tertullien va plus loin dans son traité sur V Exhortation à la chasteté. Il donne décidément raison au faux ascétisme. Il admet une morale de perfection qui dépasse le niveau général : la virginité permanente en est le plus haut sommet , l'abstention des rapports sexuels dans le mariage en rapproche '. Qu'on s'en tienne au moins à la monogamie en conservant la fidélité d'un chaste veuvage ! Les divers degrés de vertu correspondent à des volontés différentes en Dieu lui-môme, l'une de tolérance et l'autre de préférence". Nous voilà en plein conseil évangélique comme on doit l'attendre de toute tendance légale qui ne s'en tient pas à l'unité du principe moral. Tertullien n'hésite pas à assimiler l'union conjugale à l'adultère, oubliant ses belles paroles sur la perpétuité du mariage après la mort. L'union des sexes a toujours pour cause un mouvement de convoitise. « Ainsi donc, se fait-il dire, tu détruis jusqu'aux pre-
1 De monog.j 12.
* « Ergo hoc magis ei juncta est, cum cuo habetapud Deum causam..» (M., 10.)
3 Terlull.j De exhortât, castilatis, \.
* « Etsi qusedam videntur voluntatem Dei sapere, dura a Deo permittantur, non stalim omne quod permitlitur, ex mera et t a voluntate procedit ejus qui perniitlit. » [Iri., 3.)
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mières noces. — C'est à bon droit, répond-il, puisqu'elles consistent dans le même acte que l'adultère. Aussi ce qui vaut le mieux à l'homme est-il de ne pas approcher de la femme, la virginité demeure la sainteté par excellence parce qu'elle s'éloigne le plus de l'adultère ' . » On voit que le montanisme rejoignait par une voie bien différente l'ascétisme à outrance de la gnose et qu'il tombait à sa manière dans le dualisme, au moins au point de vue moral.
Le légalisme est forcément amené à la casuistique ; car comme il ne veut rien laisser à la liberté, il doit multiplier les prescriptions. Les traités de TertuUien sur le manteau, sur le voile de la vierge, sur la couronne du soldat, sont une preuve suffisante de cette disposition. Il veut que la vierge soit voilée comme la femme mariée, pour ne pas allumer le feu des convoitises. « Je t'en supplie, femme, que tu sois mère ou fille ou vierge, voile ta tête ; si tu es mère, fais-le pour le fils; si tu es sœur, pour ton frère; situ es fille, pour ton père. Car tu mets tous les âges en péril. Revêts l'armure de la pudeur, enlace-toi d'un rempart de chasteté. Construis une barrière à tes regards comme à ceux des autres. N'as-tu pas été mariée au Christ - ? » Si le chrétien doit s'envelopper du manteau, c'est pour revêtir le vêtement du sévère censeur qui critique le luxe universel. « Réjouis-toi du manteau, car depuis que tu es chrétien, tu as été initié à la meilleure des philoso-
1 « Ideo virginis principalis sanctitas, quia caret stupri affinitate. » (De exhort. castit., 9.) * « Nupsisti enim Christo. » (De virg. veland., 16.)