‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 175 sur 387 · L ECOLE GRECQUE ASIATIQUE · texte numérisé non relu

L ECOLE GRECQUE ASIATIQUE

Le premier groupe de théologiens formant école ou du moins présentant une parenté intellectuelle qui permette de les ranger dans la même catégorie, se rattache à la fois à l'Asie et à la Grèce. Asiatiques d'origine, ils parlent la langue philosophique du platonisme dont ils subissent l'influence au plus haut point, tout en demeurant des chrétiens sincères. Ils ne se distinguent de l'école d'Alexandrie que comme une ébauche se distingue de l'œuvre achevée; ils ont, en effet, en principe et en germe les grandes idées qui s'épanouirent dans les écrits de Clément et d'Origène; ils souffrent aussi des mêmes imperfections comme nous le montrerons après avoir exposé leurs systèmes.

*5 I. — La Lettre à Diognète.

Sur le seuil de cette période, nous rencontrons une œuvre des plus remarquables qui nous transporte au-

256 VÉPITRE A DIOGNÈTE.

dessus des formules de la science religieuse, dans le domaine de l'intuition immédiate. La Lettre à Diognète qui nous est parvenue sans nom d'auteur, est un des plus précieux joyaux de l'antiquité chrétienne; elle n'appartient pas évidemment au premier siècle, car elle n'a pas l'empreinte apostolique, et la manière dont le judaïsme est condamné en bloc, nous reporte aux luttes de l'âge suivant ; on dirait un Marcionite débarrassé des vaines spéculations de la gnose , un Paulinien quelque peu outré dans sa réaction contre la synagogue, qui n'a pas su distinguer comme l'Apôtre des gentils entre le judaïsme des prophètes et celui des rabbins. L'enthousiasme ardent qu'éprouve l'auteur inconnu pour la religion nouvelle , l'a rendu injuste pour ce qui l'a précédé. Il nous apporte aussi un écho sublime de l'école d'Ephèse, de cette doctrine de l'amour qui fut le dernier mot et comme le legs de l'âge apostolique, mais sans ce caractère de pondération qui n'appartient qu'à l'époque vraiment créatrice dans l'histoire de l'Eglise. Ce qui fait le charme, la beauté incomparable de la Lettre à Diognète^ c'est qu'elle évite entièrement le langage de l'école ; la pensée et le sentiment y coulent du même jet. De là la simplicité , la fraîcheur de l'exposition. On dirait l'heure brillante et pure du matin , au commencement d'un jour qui aura ses nuages et ses brumes. Et cependant elle inaugure la théologie du second siècle; la tendance de Justin Martyr est si bien accusée dans ces pages, qu'on les lui a attribuées plusieurs fois , hypothèse qui ne peut d'ailleurs se soutenir, non-seulement à cause de la dif-

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