‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 189 sur 387 · LE CHRIST INCARNÉ EST L'HOMME IDÉAL · texte numérisé non relu

LE CHRIST INCARNÉ EST L'HOMME IDÉAL

être brisée par une autre action non moins mystérieuse. C'est en cela que consiste principalement l'œuvre de la rédemption. Elle est tout d'abord une éclatante victoire sur les démons et par conséquent sur le péché; elle produit l'affranchissement et la sainteté de lame humaine. Pour l'accomplir, le Verbe s'est incarné en Jésus né miraculeusement de la Vierge. Cette apparition n'est pas transitoire comme dans les théophanies de l'Ancien Testament, mais définitive *. Elle n'est pas partielle, comme chez les simples individus humains qui ont le germe du Verbe en eux. Elle est absolue, le Verbe tout entier s'est manifesté dans le Christ*. Aussi bien existe-t-il une affinité réelle entre lui et l'humanité , car il la rend vraiment divine : « De même que d'un seul Jacob, surnommé Israël, toute notre race a reçu son nom, de même nous avons reçu le nôtre de Jésus qui nous a enfantés à Dieu; nous sommes appelés et nous sommes en effet les vrais enfants de Dieu*. » Pour mieux préciser sa pensée, il cite le psaume LXXXII, qui appelle les hommes des dieux et il conclut par ces mots : « Il a été accordé aux hommes de pouvoir devenir des dieux et les fils du Tout-Puissant^. » 11 s'ensuit que le Verbe incarné réalise dans toute sa plénitude l'idée ou l'idéal de l'humanité. Justin n'entre dans aucun développement sur l'union du divin et de l'humain dans le Rédempteur, il se contente

1 Dial. cum Tryph., c. 30-32.

« Tou zavxbç X^YOU. [ApoL, I, p. 46.)

3 Kai r/'^sTç olt:o xoy ^vtr^'sa'iioq Yjjxaç £Îç Oîbv Xp'.CTOÛ 6ecu TÉxva aÂTjB'.và y.aÀ0L»[jL£6a xai ÏQ^ii. [Dial. cum Tryph., c. 123, p. 353.) * Id., c. 124.

de l'affirmer. Il reconnaît en lui le représentant complet de l'humanité nouvelle, si bien que sa mort est la mort de la puissance de corruption qui s'est attachée à notre corps depuis la chute et sa résurrection devient notre propre résurrection. La corruption s'étant mêlée à la nature humaine , il était nécessaire que le Rédempteur abolît la substance corruptrice. Or, cela ne pouvait se faire qu'à la condition que Celui qui était la vie essentielle s'unît à l'élément qui avait été infecté de la corruption et abolît cette corruption , et qu'ainsi l'immortel conservât ce qui avait été corrompu ' . « Le Verbe a donc revêtu un corps afiu de nous délivrer de la corruption qui s'était attachée à notre nature. Ainsi sur la croix Jésus a vaincu la mort. En ressuscitant il nous a donné dans sa personne la résurrection et la vie étemelle ". » Nous lui sommes vraiment identifiés et nous devenons la chair de sa chair et les os de ses os.

Sur la nature môme de l'œuvre de la rédemption, Justin n'a pas d'idée précise. Il commence par reconnaître la réalité de l'abaissement du Verbe, sa conformité à notre nature sauf le péché, par le développement graduel et la souffrance ; il redit comme tous les Pères les principaux textes de saint Paul sur la valeur efficace de la mort de Jésus, mais celle-ci se réduit en dé-

viÇouaa [xàv TYjV (fOcpav. (Grabe, Spicileg., II, p. 172. Ex Sermone contra Gentes.)

* Aiâûùç Yjixtv èv éauTÛ Tï)v £/. vsxpûv àviaTaatv. (Id., \, p. 178. Z)« resurred.)

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