‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 241 sur 387 · LE TR1P1,E SENS. — LA TRADITION ORALE · texte numérisé non relu

LE TR1P1,E SENS. — LA TRADITION ORALE

trôme opposé et il formule la théorie du triple sens ; il voit dans chaque texte sacré un signe de la vérité, un commandement et une prophétie ^ Il insiste sans cesse sur le caractère mystérieux et allégorique de la révélation qui nous fait un devoir de soulever le voile du premier sens. Le livre de Dieu n'est pas inerte comme un froid monument du passé, il n'est pas même semblable au fleuve qui coule comme de lui-même de sa source. Non, la vertu céleste y est constamment infusée de nouveau comme le lait dans les mamelles de la mère -. La révélation est toujours vivante; la sainteté n'est-elle pas aussi une divine écriture gravée par la main du Seigneur, non sur des tables de pierre, mais dans le cœur'?

Clément admet la tradition orale, mais uniquement comme source historique, sans jamais prétendre qu'elle soit une autorité sans contrôle. L'Ecriture ne contient pas toute la révélation ni pour l'Ancien Testament, ni pour le Nouveau ''. La connaissance supérieure, la vraie gnose, a été transmise oralement par les apôtres '^, car il y a un dernier fond de la révélation qui ne saurait être écrit. Ces passages, quoique isolés, contiennent le principe d'une erreur bien grave , en fondant une autorité anonyme et irresponsable à côté de celle de la révélation écrite. Clément est entraîné à cette doctrine

J 'Qq r:r,\j.iïov, (o; èvToXrjV, w; zpo'fr^TSiav, {Strom., \, 28, 179.) ^Pœdacj.,\,^, M.

3 Id., III, 12, 94.

* Strom., V, 10, G3.

s H vvojst;; cà a.\iV(\ y) -/.airà oio.ooyàq eiç ûAiyouç 1% twv à.izonio'Kw) àypaçwç -^rapaooôeïca xaieXi^XuGsv, [Id., VI, 7, 61.)

328 PAS D'UNIFORMITE DOCTRINALE.

si dangereuse par l'aristocratisme intellectuel dont il ne s'était pas sufïisamment guéri. Heureusement il n'a donné aucune organisation à cette autorité de la tradition orale. Il ne reconnaît d'autre autorité décisive que celle de l'Ecriture ; il n'en confie pas la garde à une hiérarchie , mais à la conscience chrétienne qui est apte à discerner les articles fondamentaux de la doctrine, bases inébranlables sur lesquelles chacun doit bâtir.

Les chapitres XIV et XV du VIP livre des Stromates renferment le développement de ces grandes pensées. Les esprits timides qui ont besoin d'une autorité extérieure pour être fixés dans leurs incertitudes objectaient i\ Clément les divisions qui ont éclaté au sein du christianisme. Comment savoir de quel côté est la vérité ? Les variations doctrinales n'empêchent-elles pas de la reconnaître et ne la submergent- elles pas dans leurs courants contraires ' ? C'est exactement la thèse soutenue par Bossuet contre la Réformation. Evidemment, si l'Eglise eût possédé alors une autorité dogmatique reconnue appelée à décider en dernier ressort de la foi, Clément l'eût invoquée, à l'exemple du grand apologiste français, et il eût coupé court à toutes ces difiicultés. Il ne fait rien de semblable. Il répond d'abord que c'est la gloire comme le péril des doctrines puissantes de soulever d'ardentes discussions. L'opposition s'attache à tout ce qui est beau -. De ce qu'il existe uu grand nombre de médecins ap-

1 SiVow., VII, 15, 89.

2 IlavTl -Xù 7.7.AW [j-w^o; szsTa'.. [Id., VII, 15, 89.)

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