SUITE DE L ECOLE D ALEXANDRIE. — LES DISCIPLES D ORIGENE
L'influence d'Origène demeura considérable pendant tout le cours du troisième siècle au sein de l'Eglise d'Orient. A Alexandrie même où il avait rencontré une opposition si vive et si injuste, nulle autorité morale ne fut comparable à la sienne, et son plus illustre disciple, Denys le Grand , occupa le premier siège de l'Eglise d'Egypte. Bien ne prouve mieux qu'il n'a point dépassé la foi générale de l'Eglise avant Nicée. Ceux qui l'ont accusé d'hérésie lui ont appliqué, par une sorte de rétroactivité théologique, des règles qui n'étaient pas de son temps. Les points faibles et périlleux de sa doctrine ont été mis en pleine lumière par ses disciples, selon cette loi de l'histoire de la pensée qui pousse chaque idée à ses conséquences logiques, et la contraint en quelque sorte à révéler tout ce qu'elle a de défectueux et d'erroné. Origène avait insisté sur la subordination du Fils au Père plus qu'aucun de ses
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devanciers, tout en maintenant la préexistence éternelle du Verbe; mais cette préexistence perdait beaucoup de sa valeur, dès qu'il était admis que la création elle-même possédait l'éternité de la durée. Le Verbe était, en définitive, moins nécessaire à Dieu qu'au monde, dont il était tout ensemble l'idée et le principe, le prototype et la cause active. L'école d'Origène n'a pas toujours su se maintenir au point précis auquel le maître s'était arrêté ; elle l'a plus d'une fois dépassé, bien qu'il soit injuste de l'accuser d'arianisme. Elle est heureusement demeurée fidèle à son spiritualisme hardi et généreux, surtout en ce qui concerne l'interprétation des prophéties, et elle a résisté énergiqucment au matérialisme des millénaires. Elle a aussi conservé la tradition des larges études bibliques; elle a même su développer les principes de critique appliqués par Origène avec une timidité qui tenait à son profond respect pour les saintes Ecritures.
§ I. Piérius, Grégoire le Thaumaturge, Théognostus.
Piérius , qui eut l'honneur d'être un successeur des deux grands maîtres de l'école catéchétique d'Alexandrie et qui mérita par son savoir et son éloquence d'être appelé un second Origène, ne nous est connu que par l'appréciation très-partiale de Photius ^ La manière dont ce strict orthodoxe le loue « d'avoir parlé
1 Voir Borner et Baur, ouvrages cités, les diverses histoires des dogmes, et surtout les sources : (Photius, Bibliotheca, cod. 119; Routh, Reliquix, III, p. 425 et suiv.)