GREGOIRE LE THAUMATURGE
pieusement du Père et du Fils » fait supposer qu'il passait sous silence la subordination du Verbe. Le Fils selon lui participe à toute la gloire du Père, parce que l'image ne saurait se séparer du prototype'. Au contraire, il abaissait singulièrement la troisième personne de la Trinité ^ Partisan de la doctrine delà préexistence des âmes, il usait largement de la méthode allégorique dans l'interprétation de l'Ecriture.
Grégoire le Thaumaturge a poussé jusqu'à l'enthousiasme l'affection pour le grand Alexandrin, comme on en a pu juger par le panégyrique qu'il lui a consacré ^. Il n'a pas toujours employé un langage précis et correct sur les rapports du Fils avec le Père; il prétendait qu'ils étaient un dans la substance, et séparés seulement dans la pensée^. La Trinité ainsi comprise se réduit à une simple détermination dialectique, qui ne maintient plus la différence des personnes. Il aurait aussi appliqué au Verbe le mot de création et de production ^ Ailleurs il aurait dit que les trois personnes de la Divinité sont trois noms, mais il a lui-même expliqué cette expression un peu vague, en déclarant que pour
» IIspl [ji,sv Tratpbç xal uîou sùasoû; Tcpsaêîûst. (Routh, III, 430.) 'H T% eîxovo; TijA-fj xat àx'.[;,ta, toîj ■jrpuTOTÙTCou hû xi\J.r^ y) TuaXtv àxlt^ta. [Id.)
* riuoêsêrjy.évai aÙTO (7îVîî5[ji,a) t'^; tou Tzx-phc y.ix\ ubu àzoçâcxet Bô^'fiq. {Id.)
' Le Panégyrique est dans le IV« volume de VOrigène d'Huet. Ce qui reste de ses écrits a été recueilli dans la Bibliotheca Patrum do Galland, vol. III, p. 379. Voir aussi dans Mai, Spicilegium rom., vol. III, p. 696, un fragment d'un sermon de Grégoire Thaumaturge, De Trinitate.
* IlaTepa y.al uîbv èirivoia p-sv sTvat ô6o, Oicoa-âaei Se v>. (Basile, Ep., 210, 5.)
5 no(Yj[ji,a, XT:(a[ji,a. (M., 210.)
402 THÉOGNOSTUS.
lui les noms répondent à des réalités ^ Dans son Panégyrique^ où nous devons chercher sa pensée complète, il s'exprime dans des termes qui l'élèvenl bien haut audessns du s'ibellianisme. Le Verbe est à ses yeux le Seigneur de nos âmes, le premier-né du Père, qui a créé et qui gouverne l'univers. Il est la vérité, la sagesse et la force du Père universel, un avec lui, ou plutôt étant en lui, si bien que tout hommage au Fils revient au Père, car il est le canal de ses grâces et la grande voie de la piété ^. On retrouve la même doctrine dans la confession qui lui est attribuée et qui a probablement été quelque peu remaniée dans les querelles de l'arianisme. Le Fils est le caractère et l'image de la Divinité, puissance active de la création universelle. La doctrine du Saint-Esprit porte la trace d'une interpolation bien postérieure, car eVe est ramenée à la stricte orthodoxie de Nicée. Il est c rtain que Grégoire Thaumaturge admettait la distinction des personnes divines, et qu'il ne paraissait l'effacer que parce qu'il exagérait dans l'expression leur union substantielle. Il avait plus de piété que d'originalité et ne connaissait pas le scrupule des formules qui n'était pas de son temps.
Théognostus, qui fut un des catéchistes d'Alexandrie, nous en fournit une preuve frappante*. Lui aussi appelle le Verbe une créature ^ et cependant il aflSrme qu'il n'est point sorti du néant ni de rien de créé, mais du
1 « Nomina sunt personae ; personae significant id quod est et subsistit. » (Mai, Spicileg. rom., III, 696.) s Omtio Panegyrica, c. 4. (Huei, IV, 59.) 3 Basile, Ep., 210. — * Routh, Reliq., 407. 5 Yîov Se Aé^wv vrJ.iy.x- (Phot. Cod., 106,)