IL S'ATTAQUE A ORIGÈNE
Il participe donc pleinement à la Divinité, mais il n'en est pas moins au second rang. Il s'est uni à la chair humaine comme l'Epoux du cantique à la Vierge, qui lui était fiancée ' . Méthodius combattait avec énergie dans le sjstème d'Origène l'éternité du monde , la préexistence des âmes et l'idée d'une humanité temporaire qui n'aurait pas une valeur absolue et ne serait qu'un degré dans l'échelle de développement, comme si le corps n'était qu'un vêtement souillé dont nous devons nous débarrasser au plus tôt. Aussi insistait-il avec énergie sur la résurrection corporelle^. Les robes de peau dont Adam a été revêtu après la chute ne figurent point la nature physique ; mais cette même nature détériorée qui est appelée à se purifier dans la mort. « L'homme n'est point une âme sans corps, ni un corps sans âme '. » Il est étrange que Méthodius, avec des idées si sages, voie dans l'ascétisme le plus absolu l'idéal de la sainteté. Il ne manque pas de distinguer la morale des parfaits et la morale ordinaire. Ces pensées sont exprimées à satiété dans son Dialogue des vierges, composition diffuse et sans valeur philosophique. Les fragments conservés de son Traité sur le libre arbitre , nous le montrent dans le vrai courant du spiritualisme chrétien. Il se garde bien de confondre l'épreuve de la liberté avec le péché; la loi primordiale a donné occasion au libre arbitre de se manifester. Le tort de 3Iéthodius n'était pas de discuter les idées fort contestables en elles-
1 Phot. Cod., 236, 311. — ^ M., 234, 235. /y;ç. (W., 294.)
PAMPHYLE LE DEFEND. 415
mêmes d'Origène, mais de lancer conire lui l'accusation d'hérésie : c'était transformer le débat eu une condamnation.
Le grand apologiste trouva uu défenseur zélé jusqu'à la passion dans Pamphjle, qui mérita de s'appeler le Martyr. Il s'était consacré avec un zèle pieux à recueillir dans la Bibliothèque de Césarée les ouvrages du maître et en particulier les Hexaples^ aidé dans ce soin par son compagnon l'évèque Eusèbe. Jeté en prison pendant la persécution de Maxime, il passa ses derniers jours à écrire une apologie d'Origène dont il ne nous reste que quelques pages '. Il s'attache à justifier ses idées sur les rapports du Fils et du Père. Il établit par des citations nombreuses qu'il n'a point ébranlé la divinité du Rédempteur et qu'il a aussi bien écarté la théorie de l'émanation que le docétisme. II aborde ensuite sa doctrine de la préexistence des âmes, et ne pouvant nier qu'elle ne se sépare de l'opinion courante, il invoque en sa faveur les droits légitimes de la pensée chrétienne qui ne s'est jamais crue obligée à l'unanimité sur ces points obscurs. « Il est notoire, dit-il, qu'il y a de grandes diversités entre les adhérents de l'Eglise sur cette doctrine des âmes et que les uns pensent d'une manière et les autres différemment. De quel droit donc incriminerait-on Origène plus que les autres pour ses vues particulières^? »
1 On la trouve dans le V" volume de ïOrigène de Huet et dans Roulh. {Reliq., IV, 339.)
s « Num vero cum diversitas sit apud omnes ecclesiasticos et alii alia de anima sentiant, et omnes diversa; quomodo hic magis quam caeteri incusandus est?» {ApoL, c. 9; Routh, IV, 380.)