‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 33 sur 387 · LE SALUT PAR L'ILLUMLNATION · texte numérisé non relu

LE SALUT PAR L'ILLUMLNATION

elle. Acliamot voit s'ouvrir pour lui les portes de la lumière éternelle et oublie ses longues douleurs. Le Démiurge le remplace dans VOydoade ; les hommes spirituels, les vrais gnostiques unis aux verbes émanés d'Achamot échappent pour jamais à ce qui est périssable et entrent dans la béatitude ineffable du Piérôme. La matière dévorée par le feu disparaît. Elle n'est plus qu'une ombre sur le fond radieux de la suprême félicité '. On voit que l'illumination remplace la rédemption comme dans toutes les écoles du gnosticisme. Le sacrifice, au sens réel du mot, n'a pas de place où le péché n'a pas de réalité. Tout roule sur les rapports du fini avec l'infini et non plus sur ceux de l'être moral avec le Dieu saint. Aussi toute cette brillante métaphysique recouvre-t-elle le vide ; elle aboutit à un fatalisme désolant, à une prédestination absolue et capricieuse qui ne réserve le salut qu'aux élus de la gnose, aux fils de la lumière. Il importe, en effet, de remarquer que la prédestination a fait sa première apparition dans le christianisme sous le couvert de l'hérésie. Elle était le fond intime du gnosticisme. « Les Yalentiniens, dit Irénée, ne se croieut pas obligés de parvenir à la nature spirituelle par leurs actes; ils la possèdent par nature et ils se regardent comme parfaitement sauvés de droit divin. De même que l'or, quand même il a été déposé dans la boue, ne perd pas pour cela sa beauté, mais garde sa nature intacte, de même, ils ne reçoivent aucun dommage de toutes les actions grossières auxquelles

» PhiL, \\, 36.

18 LE judaïsme N'EST PAS MAUDIT.

ils peuvent se livrer, et ils conservent leur essence spirituelle K

L'Ancien Testament et le Dieu qu'il révèle n'obtiennent pas grand respect de la part de Valentin. Cependant le Démiurge ne pèche que par ignorance; il possède une vérité relative. Lui-même doit être élevé jusqu'aux confins du Plérôme. Il n'y a donc pas ici opposition tranchée, absolue entre les deux Testaments, malgré le dédain de la secte à l'égard du prophétisme hébraïque.

Un système aussi hardi et aussi poétique que celui de Valentin ouvrait une large carrière aux imaginations inventives et subtiles. Le thème fondamental fut diversement modifié suivant le caprice de chacun. Nous nous bornerons à marquer d'un trait rapide ces jeux stériles de l'esprit, flottant à tout vent, sans être retenu par le lest de la vie morale. Bardesane, d'Edesse en Mésopotamie, parait avoir modifié la gnose valentinienne dans un sens théiste, car tout en admettant la division des pneuriiatiques et des psychiques, il fait la part très-grande à la liberté morale et admet même pour les seconds la faculté de s'élever au divin. Il reconnaissait dans toutes les religions des germes de vérité ^. Marcus, né probablement en Syrie, dans la seconde moitié du second siècle, s'attacha principalement au côté légendaire du système, à toute cette fantasmagorie de la filiation des Eons. Il transportait dans

1 My] B'.à Tupa^co); à'ù.x O'.à -h çùss'. ^rvîuixxT'.y.c'j; î?va'.. (Irénée, 1,1, p. 26.)

2 Voir le fragment de Bardesane dans Eusèbe, Prxparat. evatig., V[, 1 1 .

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