LES TROIS TENDANCES DU JUDÉO-CHRISTIANISME
apparues au sein du judéo-christianisme. La première demeure étroitement unie au faisceau de la chrétienté apostolique ; elle en est même une portion importante et elle peut se réclamer de la plus haute antiquité, car elle date de la chambre haute de Jérusalem; elle eut pour type et pour chef Jacques, le frère du Seigneur, et demeura invariablement fidèle aux décrets si sages et si conciliants du concile de Jérusalem. Elle ne cessa pas de vivre en parfaite harmonie avec la fraction plus libre qui obéissait à la voix de saint Paul, et qui représentait, après tout, plus fidèlemeut la pensée de Christ en mettant le vin nouveau dans un vase renouvelé. La seconde fraction du judéo-christianisme est ce pharisaïsme étroit et intraitable qui prétendait transporter dans l'Eglise toutes les pratiques et tous les préjugés du judaïsme, faisant de la circoncision une condition nécessaire du salut, et prétendant soumettre les néophytes du paganisme aux formes légales. Saint Paul n'eut pas d'adversaires plus ardents, plus acharnés, en Galatie et en Grèce.
La troisième tendance était cet éclectisme , si fréquent à cette époque, qui mêlait les idées orientales aux idées juives. A Corinthe comme en Crète, à Colosse et à Ephèse, le grand apôtre dut combattre énergiquement un faux spiritualisme qui identifiait le mal à la matière, interdisait le mariage et niait la résurrection des corps, à commencer par la résurrection même de Jésus. Cerinthe fut le représentant le plus complet de ce judaïsme bâtard qui réunissait et combinait les plus graves erreurs du temps, et nous avons vu saint Jean s'en préoccuper
LA TENDANCE MODÉRÉE DISPARAIT PEU A PEU. iOo
dans presque tous ses écrits, parce que c'était bien là qu'était le plus grave péril pour TEjïlise.
Ces trois tendances du judéo-christianisme reparaissent au second siècle, mais singulièrement modiûées par le cours des événements. La destruction de Jérusalem fut une révolution encore plus importante dans l'ordre religieux que dans l'ordre politique'. Le judéo-christianisme modéré vit dans le renversement du temple la condamnation de l'ancien culte ; aussi commença-t-il à se fondre avec l'Eglise issue du paganisme. Ce mouvement de fusion commencé à Pella, où s'étaient réfugiés les chrétiens, s'accéléra beaucoup pendant la domination courte et violente de Barkochba, qui versa à flots le sang de ceux qu'on appelait les Nazaréens; ceux-ci excitaient plus que les Koraains eux-mêmes l'animosité du fanatisme juif. La fraction exaltée du judéo-christianisme n'échappa a la proscription que par une adhésion à la synagogue, qui équivalait à une rupture avec l'Eglise. Cette rupture fut inévitable, lorsque après la construction d'iElia Capitolina par Adrien , sur l'emplacement même de Jérusalem, un décret impérial interdit à tous les pratiquants du judaïsme d'habiter eu des lieux dont le simple aspect leur eût prêché la révolte. Aussi l'Eglise qui s'établit promptement dans la nouvelle cité fut-elle composée, en grande partie, de chrétiens issus du paganisme; un bon nombre d'anciens chrétiens judaïsants , attirés par l'amour de la patrie, se joignirent à eux, en renonçant à pratiquer leur ancien culte.
1 Voir le deuxième volume de mon Hùtoùe des trois premiers siècles, p. 291.