LA TENDANCE MODÉRÉE DISPARAIT PEU A PEU
Les chrétiens juifs qui restèrent fidèles à leurs coutumes nationales n'eurent plus le mérite, pour l'Eglise, de représenter la grande tradition palestinienne, puisqu'ils n'habitaient plus un sol sacré ; en outre, ils ne pouvaient plus se réclamer des décrets du concile de Jérusalem, puisque la destruction du temple les avait abrogés en fait, en rendant impossibles la plupart des obserA^ances de la loi cérémonielle, et en particulier tout ce qui concernait les sacrifices. Vouloir perpétuer les pratiques du judaïsme dans de telles conditions, c'était transformer une mesure de transition en un principe permanent et universel. Dans cette voie , un conflit était inévitable , et les pratiques qui étaient légitimes quelques années auparavant devaient se transformer peu à peu en hérésie condamnable. Cependant, la tendance modérée du judéo-christianisme ne fut décidément proscrite que beaucoup plus tard, à l'époque où l'union de l'Eglise et de l'empire et les décisions des premiers grands conciles firent prévaloir l'uniformité sur la liberté. Les pères des quatrième et cinquième siècles confondirent dans une même réprobation toutes les fractions du judéo- christianisme, sans tenir compte de leurs divergences, pourtant fort importantes. Il n'en était pas de même au second et au troisième siècle; le judéo -christianisme modéré subsistait encore au temps de Justin 3Iattyr, qui le distinguait avec soin de la seconde tendance que nous avons nommée la tendance pharisaïque. S'il croyait devoir se soumettre à la circoncision, il reconnaissait néanmoins que ce rôle n'était point obligatoire pour les païens couver-