‹ Histoire des trois premiers siécles de l'église Chrétienne (volume 2)Chapitre 85 sur 387 · LE DIABLE EST AU SERVICE DE DIEU · texte numérisé non relu

LE DIABLE EST AU SERVICE DE DIEU

accordé, car au point de vue du système, le mal comme le bien est conforme à la volonté de Dieu' ; il se sert de sa main gauche comme de sa maiu droite, aussi adorable quand il frappe et châtie que quand il bénit et récompense. Le diable qui représente aussi la justice est son serviteur à sa manière. Il réalise ses desseins tout autant que la Sophia. La fausse prophétie est nécessaire comme la vraie -. On est étonné après de telles déclarations d'entendreparlerde la punition des méchants, mais ce n'est qu'une punition apparente, car l'enfer est le paradis du démon qui y trouve un séjour en harmonie avec sa nature. Quant aux bons, ils seront absorbés en Dieu « comme les vapeurs de la montagne sont absorbées par le soleil ^ » D'autres textes donnent à penser que c'est tout l'univers visible qui doit se perdre dans l'unité divine, centre de l'éternel repos comme elle a été le fojer de la vie universelle.

Il est évident que cet essai de fondre la gnose dans un judaïsme idéalisé n'a pas réussi. Les Clémentines n'ont pu se défaire du Démiurge; elles ont beau le transporter en Dieu, elles l'y ont retrouvé comme l'éternelle limite à 1 unité, à la bonté suprême. Par un coup de hardiesse, elles ont proclamé que le mal n'est qu'un nom, et qu'au fond il est identique au bien ; mais un changement d'appellation n'est pas un changement d'essence. Le mal n'en demeure pas moins le mal pour la con-

1 Tcov ce 56o toûtwv o ïxzpoq xov STepov iy.6'.a^£-a•, 6eoû xsXî'jcavTOÇ. [HomiL, XX, 3.)

2 Ici., XX, 3.

3 Id., XX, 9.

FAUSSE INTERPRÉTATION D'UN TEXTE D'HEGÉ^IPPE. <29

science. L'hoaneur de ce système complexe est précisément dans ses contradictions, dans cette revendication de la liberté, qui y est un non-sens au point de vue de la logique, mais qui est une protestation de la conscience. Il ne s'en dissout pas moins dans un panthéisme idéaliste, qui ne modère les excès de l'ascétisme que grâce à son origine judaïque. Une doctrine née sur la terre des patriarches, ne pouvait diffamer le mariage comme une secte indienne. Le dualisme gnostique, bien loin d'être vaincu par l'ébionitisme, reparaît sous un déguisement nouveau dans les Clémentines, et Tune et l'autre tendance vont se perdre dans le courant naturaliste qui les entraîne, et qui n'est autre que le vieux paganisme lui-même.

Quand on se rend compte de l'histoire du judéo-christianisme dans le cours du second siècle, on réduit à sa juste valeur le témoignage d'Hégésippe sur l'état général de l'Eglise. Ce Père a déclaré, vers l'an 160, « qu'il l'a trouvée partout en parfait accord avec la loi, les prophètes et les commandements du Seigneur '. » On a voulu conclure de ces paroles que la tendance judaïque prédominait dans toute la chrétienté de cette époque. Mais c'est leur prêter un sens beaucoup trop précis. Hégésippe invoque simplement l'autorité des saintes Ecritures prises dans leur ensemble, et telle qu'on avait coutume de l'opposer aux gnostiques. Comme ceux-ci s'attaquaient principalement à l'Ancien Testament, il

1 Ev rz-âsTY) oï c'.aoo/Y; y.ai iv ïv.izvri t.ô'kz'. ojtoj; I/îi w; 6 vcp-oç '/.r^zù-'v. y.at oî Trpoç^Tai y.al 6 Kùpioq. (Hegesippus apud Eusèbe, H. E., IV, 22.)

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