‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 10 sur 184 · BUT DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS · texte numérisé non relu

BUT DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS

sauver; si sa nature avait été pervertie à fond, nul rapprochement n'eût été à espérer; il n'eût pas eu la capacité de recevoir le don qui lui était destiné et qui n'était rien moins que le don de Dieu lui-même, seule réparation de la chute pour un être créé à son image et fait pour le posséder. Aussi, dès que le salut eut été décidé par la souveraine liberté de celui qui est le souverain amour, rhomme fut soumis à une lente éducation , afin d'être préparé à recevoir ce don inestimable, et tout d'abord à le désirer. Toute l'œuvre de préparation devait donc consister à développer le désir du salut, qui n'était autre que le désir de retrouver Dieu. Mais le cœur de l'homme ne se pétrit pas comme de l'argile ; la liberté implique chez lui la posôbilité de retarder l'exécution des plans divins ; aussi cette préparation se poursuit, non comme une ligne inflexiblement droite, mais comme une ligne incessamment brisée; des chutes épouvantables viennent l'entraver; il y a des retards qui comprennent des siècles. Néanmoins l'œuvre est toujours reprise, car c'est l'œuvre d'un amour infini, dont la patience est infatigable parce qu'il est éternel. Toute l'histoire de l'humanité gravite autour de cette grande pensée du $dut, qui en est le pôle souvent caché, mais toujours présent.

L^humanité avant Jésus-Christ se partage en deux catégories; une minorité privilégiée est placée sous la direction immédiate de Dieu, c'est la théocratie juive. Nom dirons plus tard comment ce privilège était eu réalité dans l'intérêt de la mce entière. La grande masse des honunes n'est abandonnée du ciel qu'en apparence. Il

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faut se garder de croire que la révélation historique soit le seul mode d'action de Dieu sur Tàme humaine. Il exerce sur elle une action directe et invisible qui est universelle. Les peuples païens n'y ont pas échappé* L'Esprit divin a plané sur ces eaux souillées d'où devait sortir plus tard un monde nouveau; il n'a cessé d'y déposer les germes de la vie supérieure. La préparation au salut n'a pas consisté pour. ces peuples, comme pour Israël, dans une succession de révélations positives. Us ont été soumis à une autre éducation, à celle de l'expérience, mais de l'expérience surveillée et dirigée par Dieu, bien que souvent compromise par les égarements de la liberté. Par cette voie ils sont arrivés, eux aussi, à cette grande aspiration qui était le seul résultat possible et utile de l'œuvre de préparation.

Pour que le désir du salut atteignit toute son intensité, deux choses étaient nécessaires. Il fallait premièrement que l'objet de ce désir fût déterminé avec une précision de plus en plus grande, et en second lieu que l'impossibilité pour l'homme de l'atteindre par lui-même apparût avec une irrésistible clarté. Ces deux conditions ont été réalisées dans l'histoire des religions païennes. Le désir d'une rédemption se manifeste d'abord d'^tte manière confuse, quoique puissante. Il n'est pas un peuple qui, à peine formé, n'ait sa religion, son culte, ses autels, ses sacrifices, et qui n'exprime ainsi le besoin de rétablir l'union rompue entre lui et la Divinité. Les religions païennes^ toutes grossières qu'elles soient, sont cependant des religions, c'est-à-dire des essais de rattacher l'homme à un pouvoir supérieur,

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dont il dépend. Il ne se contente pas de se livrer aux jooissances de la vie matérielle ; il ne s'y abandonne avec quelque sécurité que quand il Ta divinisée. Cette divinisation est abominable sans doute, mais elle démontre tout ce que le besoin d'un Dieu a d'invincible chez lui, pnisqfue plutôt que d'en faire abstraction , il transporte les attributs de la Divinité à la matière. Mais il n'en peut rester là ; son désir religieux est inassouvi ; il l'éprouve plés ardent après chaque déception. Il parcourt ainsi toute la série des religions de la nature, sans jamais atteindre le monde de l'esprit. Enfin il s'élève d'un degré , et crée une religion dont les divinités lui sont semblables. Cette divinisation de l'humanité le conduit sur les limites du monde supérieur; ce qu'il adore, sans être Dieu, s'en rapproche bien plus que la nature. L'idée morale s'empare de lui; il entrevoit la Divinité véritable, il pressent une union plus sainte avec elle. En retraçant cette évolution des anciennes religions , nous retracerons le côté de l'œuvre de préparation qui a consisté à rendre le désir du salut plus précis, à le dégager d'un panthéisme voluptueux et à le pénétrer de l'élément moral. Mais cet élément moral est destructeur de tout ce qui l'a précédé. Dès qu'il s'empare de la conscience de l'homme, il rend le paganisme impossible. Chose étrange! celui-ci s'ensevelit dans ce qui paraissait son triomphe; dès qu'il a atteint sa forme supérieure, il ne peut durer. L'édifice religieux de l'ancien monde s'écroule par le faîte; quelque brillants et habiles que soient les essais de reconstruction, la ruine est irrémédiable. Le paganisnle antique met plusieurs

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siècles à s*affiûsser complètement. Toos ses dieux sont rassemblés un moment dans le Panthéon romain; mais c'est ponr monrir ensemble sons les malédictions et les railleries de rhumanité, lasse et dégoûtée de ses idoles, et faisant enfin monter Ters le ciel, du sein de ses impars débris, une prière confuse mais puissante de douleur vers le Dieu inconnu. Peindre cette décadence du paganisme après avoir peint ses progrès, ce sera rappeler le second côté de l'œuvre de préparation, celui qui était destiné à convaincre Thomme de son impuissance religieuse. Ce tableau de Tancien monde sera nécessau*ement abrégé, car il doit se renfermer dans le cadre d'une introduction. Nous n'oublierons pas qu'il ne faut pas le chercher seulement dans ses croyances religieuses, mais aussi dans le travail de la pensée philosophique partout où il a existé , dans les œuvres de Fart et dans la vie nationale des divers peuples.

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