DUALISME DES RELIGIONS DE LA NATURE
et de toute jouissance. De l'autre côté, eHci paraît comme une puissance malfaisante et cruelle qui flétrit toute chose ; c'est la puissance de la mort et de la destruction ; on la reconnaît dans la sombre nuit et dans l'hiver glacé ! Les religions de la nature sont ainsi enfermées dans le cercle d'un dualisme infranchissable. Ces forces contraires sont des forces nécessaires, éternellement opposées; l'une n'est point destinée à céder à l'autre. Il n'y a qu'à se courber devant elles et à les adorer également. Il ne s'agit pas pour l'homme d'honorer la Divinité en pratiquant la justice. La meilleure manière pour lui d'honorer les dieux qu'il s'est donnés, c'est évidemment de leur ressembler; c'est donc, d'une part, de se livrer sans frein aux jouissances sensuelles pour glorifier la puissance bienfaisante de la nature, et, de l'autre, de se soumettre à de volontaires souffrances, à des rites sanguinaires pour glorifier ou pour apaiser la puissance malfaisante. Le culte des religions de la nature sera toujours un culte à la fois voluptueux et barbare, où d'infâmes plaisirs seront entremêlés d'infâmes cruautés. Plus nous nous rapprocherons de l'origine de ces religions, plus ce double caractère sera marqué. Nous les verrons plus tard se rapprocher du monde moral, y toucher presque par un symbolisme transparent; nous les verrons ailleurs donner des proportions infinies au dualisme, en assignant le monde réel tout entier à la puissance mauvaise. Arrivées là, les religions de la nature ont parcouru leur cycle et elles n'ont plus qu'à disparaître devant d'autres créations de la conscience, car elles ont frappé de mort leur propre principe, puis-
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qu'elles oot posé coBune leur denûére condosion \m destruction, Fanéantissement deh nature. Cest cecycla^ qu'il faut maintenant parcourir rapidenent, en reconnaissant le fond cmnmun de tous ces cuttes, mais sans ouUier jamais de signaler leurs différences. Ces différences ne tiennent pas seulement à l'éTolution du sentiment religieux y mais encore à des circonstances extérieures. S'U est faux et injurieux pour Thomme de prétendre que ses croyances soient iuTarîablement déterminées du dehors et qu'dles dépendent si ccMnplétement du climat et du sol qu'il habite, que ses idées religieuses ne seraient qu'une espèce de géographie symbolique, il n'en est pas moins Trai que les conditions où la Proyidence Ta placé influent fortement sur lui quand il a Tolontairement accepté Fesclayage de la nature. Les forces de la nature, en effet, ne lui apparaissent pas d'une manière abstraite; elles reyètent un certain aspect dans chaque pays, et c'est cet aspect qu'il reproduit dans ses croyances. Celles-ci ne sont en définitiye que le reflet des grands spectacles dont il est journellement le témoin. Mais s'il en est ainsi, c'est qu'il l'a bien youlu. Il a forgé lui-même le joug qu'il porte, et il n'est soumis à ce point aux circonstances extérieures, aux accidents et aux phénomènes de la nature, que parce qu'il a refusé à Dieu cette libre obéissance qui deyait assurer dans le monde le règne de l'esprit et de la liberté. Il n'y a donc pas lieu de nous étonner si nous retrouyons dans chaque culte les traits distinctifs de la contrée où il a pris naissance * •
* Nous forons ici deux remarques préliminaires : la première^ c'est que
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Religions de VAsie occidentale.
Sous le ciel eoflaminé de F Asie, au sein d'une nature splendide, où la puissance de production se manifeste par une incroyable fertilité, mais où la puissance de destruction frappe sans cesse des coups terribles ; dans ce pays du soleil et des orages où croissent la vigne et le figuier, le cèdre et le sycomore, mais que ravagent des fléaux affreux, depuis le vent mortel du désert jusqu'à la peste et la lèpre ; sur cette terre aussi privilégiée que dévastée, de Babylone en Arabie, en Syrie comme en Palestine et en Phrygie, une même religion a régné, variant quelque peu ses symboles d'une nation à l'autre, mais portant toujours le dualisme à ses conséquences extrêmes. Seulement il n'y a pas ici une distinction tranchée entre les deux puissances de la nature, et la même force est tour à tour féconde et cruelle. Le même soleil amène le printemps, puis l'été brûlant; il ranime la végétation et la tue tour à tour, puis frappe de mort l'homme lui-même. Aussi dans ces premières reli-
nous ne parloas que des religions qui ont reçu une certaine élaboration, laissant de côté le grossier fétichisme, qui est le plus bas degré de l'idolâtrie et qui ne se concilie qu*avec l'état purement sauAage; notre seconde remarque est que nous ne nous occupons, dans cette Introdaction, que des peuples qui ont été directement ou indirectement en contact avec le christianisme primitif, et qui ont concouru à former Tétat religieux et social au milieu duquel la religion du Christ s'est produite. Il S3rait facile, du reste, de marquer la place des diverses nationalités que nous passons sous silence, dans le cadre du paganisme antique tel que nous l'avons tracé. Quant au paganisme occidental, en Gaule et en Germanie, nous en parlerons quand nous décrirons les missions chrétiennes des premiers siècles.