‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 143 sur 184 · ATTAQUES CONTRE LA JEDNE ÉGLISE · texte numérisé non relu

ATTAQUES CONTRE LA JEDNE ÉGLISE

de retentir dans le monde depuis dix*hmt siècles. Mais elle ne s'est pas contentée de Tarme du ridicule; elle s'est également servie de la calomnie et des fausses insinuations. Les miracles de la primitive Eglise étaient incontestables; on ne pouvait les révoquer en doute; mais on pouvait, comme on Tavait déjà fait pour Jésus- Christ , les imputer à la magie et aux puissances infernales. Nous avons vu dans notre introduction combien les arts magiques étaient en crédit à cette époque, comme dans toutes les époques de crise religieuse. H y avait donc une habileté consommée à assimiler les apôtres à de vulgaires magiciens. Cette pensée perce évidemment dans la question ironique faite par le sanhédrin à Pierre et à Jean après la guérison de l'impotent : « Par quelle influence et en quel nom avez-vous opéré cette guérison*? » Les ennemis des apôtres n'admettaient pas qu'ils fussent les organes de la puissance divine. C'était donc d'une influence diabolique ou magique qu'ils entendaient parler. A côté de cette incrédulité ouverte, l'Eglise primitive rencontrait l'ignorance et les préjugés d'un peuple formaliste et matérialiste. Us avaient à établir les droits de Jésus-Christ, c'est-à-dire du Messie humble et crucifié , devant une nation qui ne voulait croire qu'à un roi glorieux, à un nouveau 3Iacchabée.

A des attaques encore confuses, l'Eglise opposa une apologie simple et populaire. Reconnaissons d'abord que les apôtres ont invoqué sans scrupule le témoignage

1 Actes IV, 7.

PREàlHiXŒ APOLOGO: DL' CHftl61'(ANI8M£. 369

de la raisea pour les faits qiii s«nt de sa compétence. Ain^ Pierre répond à Fabsorde tçcufiatioiji dlyresse lancée contre les disciples, en rappelant que Ton n'est pas encore à la troisième hçure du jour, c'est-à-dîre à rheure de la i»*emiëre prière , avant laquelle les Jmh n'0saient prendre aucune nourriture * . Mais les repré-^ sentants du dbristianisme ne s'attardent pas longtemps à cet ordre de preuves. Us ont une argumentaticm qui leur appartient en propre.

n est à remarquer que les miracles donnent plutôt lieu à V^olPgètique qu'ils ne la fondent. Pierre ne dif pas : Croyez-nous à cause de ce don des langues qui TOUS étonne ou de ces guérisons extraordinaires, n dit, au contraire : Croyez à la réalité, à la divinité des mincies pour les raisons scripturaires et morales qui en démontrent la nécessitéjist en établissent la légitimité. Ces miracles ont certainement contribué à la rapide propagation de la foi nouvelle par rimpression qu'ils» produisirent sur le peuple ; mais ils sont si peu le pivot de l'apologétique des apôtres qu'ils sont non pas la preuve, mais plutôt l'objet de la preuve. Nous fais(m$ exception pour un seul miracle , qui est le miracle essentiel du christianisme. La résurrection du Christ n'est pas simplement un prodige ; c'est encore un grMid fait religieux; c'est l'achèvement glorieux de la ré* demption. Aussi occupe-t-elle la {Nremière place dans la prédication des apôtres. Pierre l'invoque sans cesse devant le peuple comme devant le sanhédrin^. Les

i Actes II, i5. — > Actes II, M; ni,i5; IV, 10; V, SO.

370 PREUVE SGRIFTUaAfRE.

apôtres se considèrent avant tout cottnne les témoins de la résurrection. Bien/en effet, ne donnait mie base plus solide à la rdfgion nooTeDe qné ce triomphe éclafUnt de Jésns-Chri^ snr la mort. C'était là prenye de sa mission <tivine et de celle de TEglise, et le sceau apposé par la main de Dien snr son enséîgiiement. « Entre tous et nous, semblent dire leè apôtres , Dien a décidé ; en ressuscitant Jésiis^Chfist, il a démontré souverainement qu'il était bien le Clurïât, le Seigneur. » *

Après la preuye tirée de la résurrectioii dû Seigneur, cdie qni occupe le plus de place dans les discburs de Pierre est la preuve scripturaire. Il s*attàche à démmitrcr l'accord des faits qui s'accomplissent, avec là prophète juive. La première apologétique de l'Erse né pouvait se placer sur un autre terrain. Adressée à dies Juife par des chrétiens sortis du judaïsme, elle devait en appeler au tribunal reconnu par tous , et qui n'était autre que TEcriture sainte. Si les apôtres à Jérusalem parvenaient à démontrer que les fiiits dont ils étaient les témoins avaient été annoncés par l'Ecriture, ils avaient gagné leur cause auprès de tout Juif sincète. L'apologétique chrétienne dans cette première période ne s'est pas élevée sur les hauteurs où la portèrent saint Jean et saint Paul. Elle est tout entière inspirée du point de vue qui prédomine dans le premier Evangile.

Ainsi, Pierre commence par établir que le miracle dé la Pentecôte est la réalisation de la prophétie de Joël qui annonçait, pour F époque de l'apparition du Messie,

reffo»io« de Tesprit propbétiqife^. H fappèile' qiie M résurrection de Jésos-Cbrisl avait été préiUbe par ^ Psaanbe XVI, qui ne pourait êe rapporter à Datid, pnis^ que le tombeau de ce rolise teyail eneore à lérusalem^^ Dans son deuxième discours, comme dane sa défeslMi deyant temiibédria, Pierve démontre qne le oMé qtii repoQssait le plus en Jésus^Christ, e^oi àeB souffiniatev et de la Haort, était prophétisé dans }* Ancien TestaBieiit* « H est cette pierre de Tangte rejetée par ceux qni ïhMêê^ i^nt'. » Da reste, Tapôtre, de même que saint StatHiten, eite FAneien Testament aTec u»e grande ttberté; Pénétré du principe si vrai en soi que ridée dn Messie cîreirie partCMit a« trader» des orades sacrés, il translémie èouybM ea prophétie posi^e des déckmtioBs serIpiMr raires qui me se rapportent qtt^Âiéîreeteoieiit aux frifea éyaBgéljqtieft.

Les appels k la conscieoee sont no»toen«v dans cette prenûère apologie dn ehristiantsme. La oondusi^i» des diseonrs de Pierre est toi;9e«HPs «me inriti^bni^ à la re^ peB;tence, et cette invîtatic»)^ il la native en rap^bwi courageuseaient le grand erime eammis par le peuf^ juif. Q ne se lasse pas de répéter anx meurtriers^ Jésus-Christ : Vous avez crucifié le Seigneur de gloiref Il lance cette parole courageuse comme un dard acéré dans les cœurs. Il atteint ainsi ses aiAdtteuys a» peint vulnérable» fil transperce leur eâonscienee^ et c'est h la ^lite de .cette accusation terrihleque les cimrversioas &e muitiptient. Ainsi, Tap^gie de -la primitâve Cg^ise

i ^tai u, ig^ao. -^ s >àci«i Uy i&^ u^ -^ > acmb ni, m ; ivç ii / ié.

372 * DOCTRINE DE L*£gLI^ »llimVE.

n'est pas seulement défensiye; elle sait prendre Toffen- 8K¥e et porter Tattaque dans le cœnr de ses adyersaires ayec Tautorité de la Yérité et Tardeur de la charité ! Les apôtres conq)rirent9 dit GalTin, que FEvangile est aussi /m et glaive.

Qnant à renseignement doctrinal des apôtres à cette période, il faut éviter également d'augmenter ou de diminuer la part d'idées nouvelles qui était à la base de leurs croyances. S'il est certain pour nous qu'ils proclamaient la vérité chrétienne dans tout ce qu'elle a d'essentiel, il ne l'est pas moins qu'ils l'enveloppaient encore de formes juives.

Toutefois, rien ne serait plus injuste que de confondre l'Eglise primitive avec telle ou telle secte judaïque. Elle se rattachait surtout au côté prophétique de l'Ancien Testament, c'est-à-dire aux éléments qui lui étaient le plus harmoniques dans le livre sacré. Nulle transition n'a été plus admirablement ménagée que celle de l'ancienne alliance à la nouvelle, par la raison bien simple que la seconde plongeait dans la première par toutes ses racines. A l'époque qui suivit immédiatement la Pentecôte, l'Eglise primitive ne fut pas appelée à rompre le lien qui la rattachait au temple. Elle célèbre encore le culte lévitique; l'assiduité des apôtres dans le lieu saint est remarquée , et ils pratiquent scrupuleusement la loi cérémonielle, qui subsiste intégralement à leurs yeux. S'ils admettent que toutes les nations de la terre doivent être bénies dans la postérité d'Abraham, ils n'ont pas compris qu'en Jésus-Christ toutes les barrières des nationalités s'abaissent , et que les privi-

DOCiBIiiE DE L'fiGLiaS PKIMITIYE. 373

léges comme les prescriptions du judaïsme sont aboUn ; ils croient encore à la nécessité de la circondsion. Mtis d'un antre côté, ils se distinguent profondâment de teor peuple non-seulement en réagissant contre le formalisme pharisaïque, mais encore par leur foi en Jésus- Christ. Cette f(H simple et naïve n'a aucun élément spéculatif. La cUTÎnité du Messie n'^est pas formulée dans les discours de Pien*e, mais elle en ressort clairement. Quel rapport y a-t-il entre le Messie des Ebionîtes, le prophète des Clémentines , et le Christ de saint Pierre? D'un côté, nous ayons un simple homme semblable & Adam ou à Moïse; de l'autre, on nous présente le Seigneur éievé à la droite de Dieu * , le prince de la vie ^, eelni en dehors duquel il n'est pas de salut ^, telui auquel se rapporte le Psaume II comme à l'oint éternel et au Fils p«* excellence de Dieu^. Qu'on n'oublie pas que ces noms glorieux sont donnés au Christ dans un temps où 0a puissance ne s'était pas encore déj^yée aree éclat par l'extension et l'affermissement de son Eglise. Evidemment, en reconnaissant ainsi la dignité et la souTeraineté de Jésus-Christ, l'Eglise rompait avec tous les préjugés juifs. On n'a pas assez insisté sur la conclusion de ces discours, qui présente toujours la foi en Jésus- Christ comme un moyen infaillible de pardon et 4e régénération. Et d'ailleurs, n'est-ce pas en son noin que tous doivent être baptisés? Le rapport entre Christ et l'homme pécheur est présenté par Pierre comme il l'était par Jésus-Christ lui-même : c'est ce rapport

* Actes U, 33, — > Actes III, 15. — » Actoa ÎV, 11. — * Acte» W, 16.

mmqœ estre Tâime. et sa p^rsenne doat saint Paal et 4WBt Jean, s'îaspinat des derniers disiNrars chi Maître, mêmBxéJféketùoUe sens luMond ' .

La doctnne chréti^qie, os le iroît, n'awt rien de systématique. Elle devait plus tard dérontortmitesfes, aoBsôqnenees, et^ jnarquant ses coutoars, se débanrassa* ptB à pea de son enveloppe jadaîqi]», gràee aux ehocs multipliés d*une lutte salutaiire. Cette première phase 4e rSglise était destinée non à la latte et^à la dis^ssien, mais au déploiement de Faction souverakie, directe et esLiraordinaire de TEsprit divin. L'Mstoire propre- BAient dite de l'Elise ne devait eommeneer que i^s tard. Les premiers cbf étiens n'avaient pas même alors la nation 4e Lliistoire. Us croyaient à un retour pro- ^chaûi de lésuckChrist « pour rétablir toute ehoae. » Ils ^usaient que la fin du monde approehmt, «t que les derniers jours prédits par Joël avaient eommeneé à JUiire ^' Aussi attendaientrils h ces teiçps *du rafraîchis sèment » qui devaient inaugurer la seconde venue du Christ.

L'organisation ecclésiastique n*est pas plus arrêtée dans cette première période que la dogmatique n'est fornuilée. L'Eglise se fonde avant de se constituer. le fleuve est encore trop près de sa source pour couler

* Tous ces développements sont nécessités par les idées aventureuses de l'école deTubkigue. Schwegler {Pfach apost. Zeitalt,, p. It)); Bàur. dans json livre sur saint Paul; Eitchl (Entstehung der ait, kath. Kirch, p. 108, 109), affirment l'identité du christianisme primitif et du judaïsme. Ils s'a{^ient Sur eertaines^expresâons, comme : Jésus, hatmne approuvé de Dieu (Actes II, 22) .[Mais ils laissent de côté toutes les autres déclarations que nous avons mentionnées.

«Acte» II, 17; m,19,«0.

NÀTU1» 1» L'AM6fOtAT. 075

^wems «iioimftclial^irroprttmeDtf iUle-, ifeî aucune Tègie ^§aBB pour radmiBfâoa «des nmmedmL «ieitibires«r r^outé» ies diargei^ ^e troQvetft ^concentrées dms l^apostekt. I«s ipôtrefi^t^eç^va&t left*dons pmr kMinmiQa^ ;Bs^ pfésideni aux ifistrilMitîons dtB aliumei cqidbi» à Jft'fffédiciitie&^.'QBastf quelque /««jet é'^ft-iulérâtgétié- Md^est traité, ils ooni^ueoit rasseaiblée des fidèles. -Ob; me peut eontester qu'ils* sTexerçasseni un grand pM- «voir dans l*fig)ise primitive. Faposkdat vénnêsait d\à- .bord en m seul laisceafii toutes lesrcbasges dîvenies qni iiaTaieaft s'«n détacher T-nne aptàs f autre.- U estdoac toès nnp^rtant'de nous €» faire une juste idée. . Ecartons d'ri>ord tonte notion sacerdotale. N'miUieus ^pas qn^à Tépoque oà Tautorité apostolique sedépAsTH W9€6c le pins de puissance dans l'E^e, celle-ci aeae|»tait enecN:« le sacerdoce îpif. D'ailleurs, le i^ristiaidsvie Bèareconnait d'autre prétme que cette du Christ^ caaq^ ttiKiiqnée par 1» foi au durétien. Les apAtres jv& sittA^pus Jw organesiiniqneside Finspiratiekn,. car leSainVËsioît n été promît et accordé à tous les^disciples-iéunis^ians la diambre bauto, le jour même de «la résui^ectiaa-dli liaite«e. ?îous avons^ en outre ,^ constaté' qa' au ijovr dé la JPenteeéte^ tous les chrétiens /iir^ii:^ remplis dtf SmMi^ Esprit. H est incontestable qne dans la primitiir^Egliae de simples eboiétknB^ non rerêtus ^e la charge aposto^ lîqae, Oiiftcn pdusdlinfiuence queiatplnpert des api^es; H sufiit de^^iter Etieime, Plnlippe^ lacées. En qw»

« Actes IV, 35. — « Actes lî, 4« ; VI, î. ' ' ' • ^ '

376 NATUBJE D£ L APOSTOLAT*

é&mc ^oaûstait k charge des npôtresî Lear, aom d-»- "fQjé n'a rien d*exctiifiif^ puisqne tons les dtiétiens sont les témoins de JésBs-Cteisl. Lrar nomtore nons fournit on premier élément pour résoudre la question. Us étaiait dooze* Evidemment, ce nombre symbolifne nous rapp^Oe les ^nse tribus du peuple élu. Les apôtres sont l»représentatiott idéale du yéritaUe Israël^ et, comme ses ancêtres spirituels, semblables aux douze fils de Jacob. Us ne figurent évidemment pas la triba sacerdotale, mais bien les douze tribus^ c*estè-dire te peuple d^ Bien pris dans son ensemble. En d'^outres termes, ils sont le noyau de FEg^ise formé par Jésus-Christ hnméme. La succession apostolique ne sera dcme pas Mée à une portion privilégiée du ecnps, mais Ihcu au c<Nrps toot entier; F Eglise chrétienne elle-même continue IV postolat. B n'y a rien dans ces idées qui atténue Fantorité véritable des apôtres. Ils concentraient en quelque sorte les dons accordés aux chrétiens de TEg^se primitive, car ils étaient les témoins les plus inmiédiats du Christ. Cette qualité de témoin immédiat est celle qui est requise par Pierre quand il s'agit de remplacer Judas ' . En résumé , Tapôtre est le témoin par excellence de Jésus-Christ, reconnu comme tel ofilciellement ; il est par là même le représentant authentique de r Eglise primitive. Son autorité n'a rien de défini, elle varie d'un apôtoe à l'autre, selon la nature des dons répartis à chacun ; mais elle se déploya principalement pendant cette période au sein d'une Eglise jeune et

« Actes I, 21, Î2.

GONBinONS D1SNTRES DANS L'ËGLI^. 377

non organisée. L'apostolat primitif, fondé sur le contaot personnel ayec Jésufr^hrist, n'était pas destiné à se transmettre ; il devait s'effacer plus tard ' devant un apostolat plus spirituel ^ .

Les conditioas d'entrée dans l'Eglise sont extrêmeflftent simples au début. Nulle gfu*antie de préparation, d'instruction et d'examen n'est demandée, parée que la Gonyersion a un caractère particulièrement soudain et sumatureL Le signe de l'immatriculation dans la société nouyelle est le baptême ; le don du Saint-Esprit est si pea lié à l'acte matériel , que quelquefois il précède l'immersion. La formule du baptême n'était pas prononcée tout entière; les néophytes étaient simplement baptisés au nom du Seigneur^. L'Eglise, quoique non séparée du temple, avait néanmoins le sentiment de constituer un corps à part auquel il taUait s'adjoindre. Sa discipline participe au caractère mirjBiCideux de cette période, comme le prouye l'histoire d'Ananias et de Saphira '. Leur mort, qui du reste n'entraîne pas nécessairement leur condamnation, puisqu'elle a pu coïncider avec un réveil de conscience, est l'effet de la discipline immédiate et foudroyante de rSsprit divin. Elle révèle la volonté de Dieu d'allumer dans son Eglise même un brûlant creuset où Yot pur se purifie.

1 On a YU uae sorte de diaconat anticipé dans l'office de ces jeunes prens qui emportent le corps d'Ananias et celui de Saphira (Actes V, &-iO). Mais c*est une supposition entièremeat gratuite.

s Actes 11^ 9S: 'Ev x(^ h6\K0LXi lY]ffQV Xptcrtoîî. Actes X^ 48. « Actes V, 1-11.

378 CULTE PRIMITIF Iffi L'ËGUSfi.

Le eulte de TEglise primitiTe reyêt égeiemsat alors un ciffactère exceptionnel. Les ^&ciples sont eonslumment dans le temple; as s'y rendent à Thenre de la prière et du sacrifice. Cependant, fls ont aussi leur cnlte intime célébré dans la chambre liante de Jérasalem ' . SMl emprunte certaines formes à la synago^, S a néanmoins son originalité. Nous j reconnaisisoDs dé)A les éléments essentielsr qui le cafactériseFont pins tard. L'enseignement, Fadoration, le chant, la jmère et le repas eucharistique en- sont les actes principaux ^.

Toutefois, il faut bien se garder de lui ravir sa ssi' plicité première. L'enseignement n'avait pas la f ofrnve d'une prédication proprement dite; c'était une parole •soudaine jaillissant du cœur. Lçs apôtres n'étaient pas seuls à prendre la parole ; les antres cbrétienB parjtîe&t comme eux spontanément des choses magnifiques de Dieu *. Le chant et la prière empruntaient aux prophéties de l'Ancien Testament leur forme poétique et solennelle; l'assemblée y prenait une part qui n'est jJas nettement déterminée *. Quant au repas eucharistique de l'Eglise de Jérusalem , rien ne ressemble moins à ce qu'on a appelé le sacrement de l'autel; les premiers -chrétiens se croyaient encore obligés de se soumettre à la loi cérémonielle; aussi Tautel pour eux était dans le temple et pas ailleurs. La sainte cène n'avait donc aucune analogie possible avec un sacrifice. Elle n'était

^ Voir Harnack, Der Christliche Gemeinde Gottesdienst im apostolisch. Zeitalter (p. 69 à 131).

2 La doctrine des apôtres (Actes II, 42) repr^nte l'élément de renseignement ; la fraction du pain Fappelle le repas eucharistique.

3 Actes II, 4. — * Actes IV, 24.

GMlàinÈRB GÉNÉRAL DE CETTE VBWffOE. '379

pa» dlpatée,. h cette ^poqne, des sûnples repts; elle ie» bemteaît Mimne elle afYatt lesmiÉié le Tepu de PAq^KOfi, La mauméiiieratiaii de k BédeHq)tion avttt Jîeu chaque ftôs 4{a6 leB ohrétieiiB étfiieBt réimû autour de la table de famille ; saint Lnc dit positiyemciit qu'elle Stt célébrait de maison en maison ' . Les agapes n'apparaissent qu'à la période suivante ^.

De tous ces développements il résulte que la différence entre la vie ordinaire et la vie religieuse n'existait pas pour l'Eglise primitive, parce qu'au fond la vie ordinaire avait été élevée par elle à une hauteur vraiment céleste. De là le caractère surnaturel de sa piété. L'Ëglise ne se contente pas, comme plus tard, de pénétrer de l'esprit chrétien les diverses relations sociales, elle se transporte immédiatement dans l'idéal absolu; elle abolit la pauvreté dans son sein, grâce à la générosité volontaire des riches ' . « Ceux qui avaient des possessions les vendaient. » Cette communauté des biens n'avait rien d'absolu ni d'obligatoire, elle était basée sur un libre consentement; mais on ne peut contester qu'elle n'ait été un moment à peu près réalisée à Jérusalem*. L'histoire de l'Eglise commence ainsi par

1 KXwvTsç àptov [xsTsXdjJiSavov TpoçYJç èv à'^aXkidau. (Actes 11,46.)

* Quand Tiersch (ouvrage cité, p. 74) et Harnack (p. il) prétendent que les premiers chrétiens observaient le dimanche dès cette époque, ils avancent une assertion sans preuve. Saint Luc déclare que le eulte chrétien était célébré indififéremment tous les jours. (KaO''^[jipav, Actes U, 46.)

» Actes IV, 34.

^ Les paroles de Pierre à Ananias (Actes V, 4) montrent que tout ici était libre. Cette communauté des biens n'était pas absolue, car nous Yoyons l'Eglise réunie dans la maison de Marie, mère de Marc (Actes II, 12) . Cependant, Néander nous semble trop diminuer l'importance de la première communauté des biens (Pflanz., p. 39 et 40).

Page 1