‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 154 sur 184 · SAUL A TARSE · texte numérisé non relu

SAUL A TARSE

plus tard à rendre le témoignage de ses serviteurs pins compétent en le rendant mieux informé, n est ntUe à rhomme qni est appelé à opérer -quelque g^nonde réforme religieuse, de connaître douloureusement par lui-même Tordre de ciioses qu'il doit renirerser ou transformer. L'éducation pharisaïque de Baul a été pour lui ce qu'a été pour Luther le couvent d'Erfarth. Rien ne le préparait mieux à renverser le légalisme judaîqoe (pie d'en être tout d'abord la victime. Aussi, tances que la question de l'émancipation du ^christianisme avait élé posée par des hommes appartenimt» conune Etienne^ à la traction la plus libérale du judaïsme, par des hàk hellénistes, elle devait recevoir sa solution définitive d'un homme sur lequel avait pesé de tout son poids le joug qu'il fallait briser.

Saul était issu d'une &mille juive rigide rattachée à h secte pharisienne. Son nom, qai signifie le désiré^ a fait croire à quelques commentateurs* que, né comme Samuel, après une longue attente de ses parents, il fut comme lui tout spécialement consacré au service de Dieu et envoyé pour cette caqse dès sa tendre enfance à Jérusalem afin d'étudier les saintes lettres à l'école la plus fameuse du temps. Quoi qu'il en soit, il est évident que son esprit était tourné par nature vers ce genre d'études. Il avait déjà pu recevoir un certain développement intellectuel dans sa ville natale. Strabou nous apprend que les études -littéraires et phil-^sophiques avaient été poussées si loin à Tarse, que les écoles

^ Néaader^ Pfianzung, l, 138.

SAUL A JÉRUSALEM AUX PiEDS DE &AMALUSL. 4^

de la GHicie effaçaient celles d'Athènes et d'Alexandrie\ Il paraît cependant, d'après le témoigni^e de Philostrate, que le genre qai dominait à Tarse , était un genre frivole et rtiéteur; les esprits étaient bien plus tournés Ters la pompe de la parale que yers 1^ hautes préoccupations de la pliSosûpliie ^? Tout le luxe de la yie orientale s'y étalait aree éclat ; et sans doute la eoi^ption des mœars était portée à ses dernières limites. Le jeune Juif, doué d'une grande élévation morale, dut y prendre un dégoût profond de la civilisation païenne; ces premières impressions contribuèrent peutêtre à dév^opper chez lui uto attachement excessif pour là religion de ses pères.

On doit probablement rapporter à son séjour à Tarse la culture littéraire dont il fait preuve dans ses écrits. Il cite avec aisance les poètes grecs, et des poètes de second ordre, tels que Gléanthe ', Ménandre^, et Epiménide ^. Selon la coutume des rabbins du temps il avait appris un art manuel, et comme les tissas de poils de chèvres de Cilicie étaient célèbres par leur solidité, il avait choisi le métier de Êdseur de tentes.

C'est à Jérusaleiki qu'il se forma tout entier. Il fut pkcé à l'école de Gamaliel, le plus célèbre rabbin du temps*. On sait combien à cette époque l'esprit scolastiqùe était développé parmi les Juifs. Aux écoles de prophètes avaient succédé les écoles de rabUns ; les produits vivants de l'esprit divin avaient été remplacés

« Stralwn, Géographie, XTV, IS. — « Pl|ilostrate> Vie (f Apollonius de Ti^ane^lj 7. — « Açtps XVU, 28. — * 1 Cor. XV, 88. — » Tite 1, 12. — «ActesXXn, 36.

4d0 SàJSL A mWSJdEH AUX PiCD6 BR «AiiAim.

par les eommentaires miiratieiiXt et les igloses raUrâi- ^es iMBaGiient de reeoaym eoi^plétemoBt le texte afteré ccHmoie use TégétRtîon parasite.

Tamdk qu'à Hexmndrie s*^ftaît formée «ne éeofe ingéaiense «t say»ite qoiayait tioii¥é le meyeA, grftee ànn fjslcme d*mter|^réMîai aBéffmriqa^ d'ùilasâr le platattsme dans rAnden Sestament, réoiofe de Mffnsdan s'était montrée beançoupfdus rigide etfi*éftaît mterdit vme aussi ayentareue exégèse. Elle ayait eoBservé im attachement faroudie à la lettre d^ Eoitarea, nais incapable d'en pénétrer Te^iurk elle s'était eondaHUiée à tontes les puérilités d*Qn littéridisme étroite 8e$ inter pr étalions manquaient de largenr et de pro&Nvdeur; eUe se livrait à la subtilité d'une dialeetîqae i^mrement eiLténeare. Comtnner lisdHlem^it les textes, siiq[>endre à mi seul mot les £ls ténus d*une argiuneatatian ingémense, tdle était ronique préoccupation des rabbins. Gamaliel parait avoir été le plus habile des docteurs de la loi. Il est resté en vénération dans la tradition juive sons la désignation de Gamaliel le Vieux. La Miskna le cite comme une autorité. JNous serions portés à penser qu'il avait moins cédé que d'autres au littéralisme étroit des rabbins de son temps et qu'il avait conservé un esprit plus droit et plus élevé. Son intervention bienveillante en faveur de l'Erse de Jérusalem, lui Mt une place à part parmi ces Juifs implacables prêts à défendre leurs préjugés par la persécution sanglante. Le fût d'avoir eu un disciple comme Saul de Tarse, chez lequel on reconnaît de tout temps un vrai sérieux moral, dénote une supériorié véritable dans l'enseignement de Gaina-

SAUL A JËRUSALB AUX PIDS DE GAMALIEL. 434

IM. B m'wmUti poiDt éèpÊSÊè le poiside ifne légal, mais attjmmfepiésciitBit414««itoitoBan^^ saM en mm ntetfre. €e "m'ètiiÈ^ ya» «i iMnaK q»«dbeKliAt à froRper 1» CKmscieBoe f«r dw sdbtarfiagcs;. MOMk ses dkidpied étaie«t-il9 «KBpcméft ft raostéritè et se dîrtî&l^tnâeirt^ par une Méfitè senq»iieine à te veligîoii de leurspères.

SéqI êe Tarse endyinssa avec Tardei? et le séiieux qtâ le earacflérisafèBt Is t«ada»ce ^eson iHhnnlie mallie, nais en j p(9nBMÏei^nt6t^ et U ptmkmpt9ipKa fut naftiire faDpétofevse. H j loi roflq^à celte dialectiqilie MMieqfoi Insoift la gkÉre des éeeles iridÉnçiies, et fl reçBt da jvéaIsBe Ini-néme Fmtviraieiit redcMitaliie afwc lequel il deiraôl jAm tardlm porter des coups mor^ tels. Il paisa aussi «apîeds de Gas^diel iiiie eoa- Mùs^anee appiofeadie de TAnciai VestoKHt. Dmé d*mm esprit ^wsle el prsi^pt, û dut ariiTer en peu d*m-' nées à posséder tevrte la science de son BaMre. Q^hasfstàt mnni sans le saTrâr des matériaux frrédeia pcmr sa poIéflEuqve fatare. Mais son dérdteppenieiit mond et raifegieux danâ cette pimse de sa yie nous impect» pins qme -mm déreloppement intellectuel. Atcc toutes ses eeiinaissaaiees il aurait pu tont an pfeas devenir le pre- ■der des docteurs jwfs^ dépasser iDème fiamaMel etîeter qnelfiie ivoire sur la décadence de sou pespie ; il nTeAt pos^puiBé da» ce yaste m^KÔr Yeaçii^ réfonnateur qui daifait le rendis si pmnd dans TEgiise. C*est dans les psroÉMidiBnrsi de sa ^ie îstérieiire qu'it faut d^^ciier le caractère disttactif de sa piété dealers ; il s'est peint luimême avec sincérité quand U nous dit « qu'iBstriût de

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la iBanière la plus eiacte de garder la lefigkui de ses pères, il était zâé pour INeo^ » £a d^airtres termes il partait dans son judaîme exalté on esprit Traînmit rdigietti, et il était animé du désir sincne de servir Dien. D y avait li le germe de toute une transfiinnation et c'était par oe côté qu'il devait être atteint plos

tard.

Sans les temps de anse et de renouTeUement, alors que rhumanité est dans unesqprëme attente d'une grande révolution religieuse, cette attente et cette aspimtion ont deux manifestations opposées. Tandis que les uns abandonnent ouvertement les formes aneiennes, les autres s'y cramponnent avec acharnement, et leur demandent avec une ardeur fiévreuse la satisfaction des besoins nouveaux qui les tourmentent; on Yoit bien i leur exaltation maladive qu'ils n'ont pas échappé an malaise universel. Ils poussent jusqu'à ses derniers résultats logiques le principe auquel ils voudraient cn»re; on voit qu'ils sont mécontents de son application présente et qu'ils eberchent dans cette voie l'apaisement de leur cœur. S'attacher de la sorte au passé, c'est encore tourner ses regards vers l'avenir et appeler la rénovation religieuse. A y regarder de près, on reconnaît que Saul de Tarse a, dans sa période pbarisaïque, une manière de porter le joug de la loi qui annonce qu'il le brisera on jour. Il n'a aucun rapport avec ces pharisiens satisfaits dont l'hypocrisie a été peinte en traits de feu par Jésus- Christ. Ce n'est pas lui qui cherchera à tromper Dieu et

* Actes \XU, 8.

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