SAUL EN ARABIE
Tersion comme un ensevelissement dans le tombean de Jésus-Christ, figuré par le premier acte du baptême, il se souvenait sans doute de ces trois jours où, séparé du reste des hommes, n'apercevant pas un rayon de lumière, il fut semblable à un mort pour les choses de la terre. Mais la délivrance lui avait élé promise; Dieu Feu avait averti dans une vision. Au même moment Tordre était donné à un disciple de Damas , nommé Ananias , de lui imposer les mains * . Ses yeux sont ouverts, il reçoit le Saint-Esprit, puis le baptême, et ainsi s'achève pour lui Tœuvre de cette grâce souveraine dont il devait être le témoin le plus puissant après en avoir été le monument le plus étonnant ^.
La meilleure préparation d'un grand serviteur de Dieu pour son œuvre est une solitude austère. Saul de Tarse y avant d'entrer dans son ministère, fut envoyé au désert, comme Moïse et Jean-Baptiste l'avaient été, comme Jésus-Christ lui-même avait voulu y passer. U vécut pendant plusieurs années en Arabie ^ dans la retraite et le silence , se mûrissant dans la prière et retrouvant son équilibre moral après la secousse si vio* lente qu'il avait traversée. D'Arabie il revint à Damas , plein du désir de confesser Jésus-Christ. Il annonça l'E-*
^ Baur rattache son interprétation mythique au recouvrement de la vue par Paul. Il y voit un symbole de l'illumination produite par une doctrine nouvelle [Paitiw, 71). Il est évident qu'un pareil système d'interprétation fait violence au texte.
* Lenain de Tillemont prétend qii' Ananias était prêtre et probablement
évéque de Damas {Hist* eûcl., 1. 1^ p. 910). Il n'y à pas un trait du récit
qui puisse faire supposer qu'il fût ancien de l'Eglise. Quant à la qualité
de prêtre ou d'évêque, on sait ce que l'on doit en penser à cette époque.
« Gai. 1,17.
442 BETOUR A JÉRUSALEM.
yangile dans ces mêmes synagogues où quelque temps auparavant il s'eiSorçait de recruter des adversaires fanatiques contre TËglise. Sa prédication y produisit un grand scandale. Le parti juif intolérant, furieux d*ayoir perdu son chef, déchaîna contre lui les passions populaires et il n'échappa à la mort que par une fuite précipitée, n se rendit à Jérusalem ; pour la première fois depuis sa conversion il rentrait dans cette ville où il n'était connu que comme le plus cruel des persécuteurs, comme le partisan le plus ardent du légalisme pharisaïque. Dieu lui réservait une douloureuse épreuve dans risolement où le laissa longtemps la défiance de l'Eglise. Au lieu d'un empressement affectueux il n'y rencontra qu'une crainte soupçonneuse. On ne voulait pas croire k une conversion si étonnante. Enfin il parvint à se lier avec Bamabas, prosélyte de l'Ile de Chypre, homme d'un esprit plus large que les Juifs de naissance, et il fut introduit par lui auprès des chrétiens. Mais il ne reçut aucune direction de la part des apôtres ; il ne vit que Pierre et Jacques, frère du Seigneur, et ce qu'il nous dit lui-même de son entrevue avec eux écarte absolument ridée qu'il leur ait demandé une initiation quelconque à la doctrine évangélique * ; U affirme au contraire qu'il n'a point été leur disciple et qu'il a été éclairé directement de Dieu^. C'est à cette époque qu'il fut ravi en extase dans le' temple et qu'il reçut une seconde fois le commandement de se tourner vers le monde païen '. Hais auparavant Saul se sentit pressé
4 Gai. I, 19. — « Gai. 1, 11. — « Actes XXH, 17, M.
SAUL A ANTIOGHE. 443
d*annonoer TEvangile à Jérasalem ; il brûlait, comme à Damas, de confesser le divin Grncifié dans les lienx mêmes où il Favait ontragé et persécuté. Il s*adressa à ces mêmes hellénistes avec lesquels Etienne avait lutté, reprenant ainsi au point où il Tavait laissée F œuvre de celui dont il avait demandé la mort avec rage. Contraste admirable, bien propre à apprendre à TEglise la fécondité du martyre et à relever à ses yeux la puissance de la grâce, qui du meurtrier d*Etienne avait fait son successeur! Saul rencontra la même inimitié qu'il- avait soulevée autrefois contre son courageux devancier, et 11 dut fuir encore pour échapper à une mort prématurée. n se rendit à Césarée, puis dans sa ville natale, où Barnabas vint le chercher pour le conduire à Antioche, au sein de la première Eglise recrutée parmi les païens. Saul s*y trouva dans le milieu le plus favorable à son développement ; il y prêcha TEvangile avec zèle pendant une année et contribua à ce beau mouvement que nous, avons dépeint, si important pour l'Eglise, puisque, pour la première fois, celle-<;i se distingua par son nom du judaïsme. Saul fit encore un rapide voyage à Jérusalem pour y porter les offrandes que l'Eglise d' Antioche y envoyait en perspective de la famine annoncée par Agabus, et qui éclata sous Claude. Au retour de ce voyage Saul et Bamabas reçurent de l'Eglise d' Antioche, par suite d'une révélation directe du Saint-Esprit, avec Timposition des mains, la mission de porter l'Evangile aux païens. C'est de ce moment que date à vrai dire l'apostolat de saint Paul. Il importe, avant d'aller plus loin^ d*en saisir exactement le caractère.