LA CONFÉRENCE PARTICULIÈRE
très termes, si on reconnaîtrait ou non son apostolat. Paul posa la question dans des termes qui n'admettaient pas Féquivoque ; il avait amené avec lui un jeune Grec converti nommé Tite, qui n'avait point été circoncis. En le conduisant à Jérusalem, il rompait ouvertement avec le parti judaïsant ; il aflSrmait son droit et s'emparait de la liberté qui lui était contestée.
Il nous est facile de nous représenter quels furent les points débattus dans les conférences particulières. La polémique ultérieure de saint Paul nous fournit de précieux renseignements à cet égard, car ses adversaires lui lancèrent toujours les mêmes accusations. La grande objection contre son apostolat était tirée delà différence qui existait entre lui et les apôtres primitifs. Il n'avait pas, comme eux, vécu avec Jésus-Christ, car il était encore un violent persécuteur de l'Eglise quand ses devanciers la gouvernaient avec autorité. Paul répondait à cette objection en déclarant que « Dieu n'a point acception de personnes* » et qu'on n'a pas à rechercher ce qu'ont été autrefois ses instruments.
A ceux qui exigeaient que Paul eût reçu son apostolat par voie de transmission directe des mains des douze apôtres primitifs , il répondait avec autant de franchise que de force : « Ils ne m'ont rien communiqué ^. » Il n'a donc demandé aucune autorisation à ses devanciers pour marcher dans sa voie. Bientôt la question s'élargit; de personnelle elle devient générale. Paul l'élève à la hauteur des grands principes qui inspiraient
1 Gai. II, 6.
* OuSev xpoaavéBsvTO, Gai. II, 6.
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toute sa prédication. Il invoque en faveur de son apostolat cette libre et souyeraine grâce de Dieu , qui n*est liée à aucun précédent, à aucun mérite, à aucune institution. La môme grâce qui Ta fait chrétien , Ta fait apôtre. Après avoir fait le plus, elle pouvait bien faire le moins. Son titre vaut celui des douze. Sans la grâce, Pierre ne serait pas plus apôtre que lui ; il a donc un titre égal au sien ' . On demandait sans doute à quels signes on pouvait reconnaître ce second apostolat? L'Apôtre répond que ces signes n'ont rien d'arbitraire. Ds doivent être aussi éclatants que la lumière du jour. la grâce qui fait le chrétien se dénote par ses résultats , par son efficace. De même en est-il de la grâce qui fait l'apôtre. Qu'on juge celui-ci à ses dons ! « Celui quia agi efficacement dans Pierre pour le rendre apôtre des Juifs, a agi efficacement en moi pour me rendre apôtre des Gentils * » . Paul mettait en présence des Eglises fondées par Pierre celles qu'il avait fondées lui-même. Il montrait, en regard de la mission de Jérusalem et de Samarie, la mission d'Antioche, de Paphos, d'Iconie, de Derbe et de Lystre, et toutes ces jeunes et florissantes Eglises formées par lui. A quoi serait-il possible de reconnaître r efficace de la grâce si ce n'est à de pareils signes , et qui oserait contester la légitimité d'un apostolat si fructueux?
Cette argumentation de Paul parut irrésistible aux hommes que Ton pouvait regarder comme les arbitres du différend, grâce à la considération extraordinaire
iGal. 11,8.— *Gal. II, 8.
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dont ils jouissaient. Il faut être lûen décidé à plier Thistoire au gré d'opinions préconçues pour prétendre que Jacques, Pierre et Jean étaient à la tête des adversaires de Paul , alors que ce dernier distingue nettement entre eux et les faux frères qui Font calomnié , et qu'il déclare explicitement qu'ils se sont empressés de reconnaître son apostolat * . Le résultat de la conférence est clairement indiqué dans la lettre aux Galates. Les apôtres se partagent le champ de la mission chrétienne» ou plutôt acceptent le partage déjà fait par Dieu. Tandis que Pierre et Jacques, continueront à se consacrer principalement aux Juifs , Paul et Barnabas se tourneront vers les païens; mais ils n'en seront pas moins unis dans cette division du travail, et Jacques et Pierre recommandent à Paul de se souvenir des pauvres Eglises de Palestine, et de leur envoyer les offrandes des jeunes Eglises conquises sur le paganisme. Quel admirable moyen de conserver l'union dans la diversité! La charité sert de lien aux Eglises sans qu'il soit nécessaire de leur faire porter le joug d'une unité extérieure et légale. Personne ne contestera l'importance de cette conférence ; elle avait amené la reconnaissance du libre apostolat de Paul; elle avait fourni par avance une sanction au ministère de ceux qui ont été appelés par Dieu, dans le cours des temps, à rompre l'enchaînement des délégations régulières.
A côté des conférences particulières, l'Eglise de Jérusalem eut des conférences publiques, non plus sur la
» Gai. II, 9.