‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 8 sur 184 · LES TRADITIONALISTES · texte numérisé non relu

LES TRADITIONALISTES

« préférence les champs cultivés, néanmoins Dieu, dans <' l'abondance de sa libéralité, la fait aussi tomber dans « les solitudes et sur les monts déserts. De même en « est-il du don de la vérité; accordé tout d'abord au « peuple élu, il est répandu dans une certaine mesure « sur les autres peuples, comme la pluie arrose les so- « litudes^ »

La plupart des Pères de FEglise ont professé, à Tégard du paganisme, des vues bien différentes de Técole d'Alexandrie et d'Antioche. Ils se contentaient d'attribuer au démon l'invention de ces mythes, objet de leur légitime aversion, comme aussi les prétendus miracles des divinités païennes; ou bien ils se rabattaient avec empressement sur les explications d'Evhémère. Les apologistes modernes se sont divisés en deux camps; les uns, pour mieux relever la révélation donnée aux Juifs, se sont attachés à charger le tableau du paganisme antique de couleurs tellement sombres qu'on n'y vit pas paraître un seul point lumineux, et qu'il fut reconnu qu'en dehors de la Judée il n'y avait pas une étincelle de vie divine. En face d'eux l'école traditionaliste, représentée avec éclat, sous la restauration, par Bonald et Lamennais, prétendait retrouver la religion primitive de l'humanité sous les mythes impurs de l'Orient et de la Grèce. Cette religion, communiquée par révélation à l'homme dès le premier jour, se serait conservée en substance chez tous les peuples, et c'est à la tradition seule qu'il faut attribuer tout ee qu'il y a

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jamais eu de vérité dans le monde * . L'erreur est étroitement mêlée à la vérité dans ces deux écoles d'apologètes. Il est incontestable que le peuple juif a eu, sur tous les autres peuples, l'avantage inappréciable d'être guidé dans sa marche vers le grand avenir promis à l'humanité par une révélation divine ; mais il est faux que les autres peuples aient été complètement abandonnés à euxmêmes : on retrouve dans leur histoire, et spécialement dans leur histoire religieuse, les traces évidentes de cette œuvre préparatoire accomplie par Dieu. D'un autre côté, si l'on ne peut contester que les peuples, dans leur dispersion, n'aient emporté un fond commun de souvenirs, c'est faire injure à la nature humaine que de réduire à un travail de mémorisation tous ses progrès dans la vérité. La conscience n'est pas un parchemin recevant passivement des caractères. C'est un organe vivant, et nous souscrivons pleinement à la grande idée de Schelling que la formation des religions successives révèle les grandes crises de la conscience humaine. Si nous ne pouvons admettre, comme lui, que l'histoire des mythologies est une sorte de répétition de l'histoire de la création dans l'esprit de l'homme, qui, tombé par la chute sons le pouvoir de la nature, ne peut plus s'élever que par degrés de ses derniers échelons jusqu'aux échelons supérieurs, où il retrouvera la vie de l'esprit; s'il nous semble justifier cette aventureuse théorie par de plu^ aventureuses explications des divers mythes, la vue

* Un écrivain protestant plein de science et d'élévation, M. de Rougemont, a développé des théories analogues dans son ouvrage intitulé : Le Peuple primitif. 3 vol. Paris, Gherbuliez. 1855-! 857.

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