‹ Histoire des trois premiers siècles de l'église chrétienne (volume 3)Chapitre 91 sur 184 · L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

L'ESCLAVAGE

dayes. Des milliers d'affranchis venaient grossir les rangs de la plèbe romaine. Le déshonneur dont Fantiqoité frappait la classe des artisans et le travail manuel perpétuait la mendi<ûté impériale d'un peuple à la fois misérable et puissant. Gicéron a exprimé les préjugés de ses contemporains contre les arts utiles, quand il dit : « Tous les gains des mercenaires et les travaux qu'on ne saurait comparer aux beaux-arts de ceux qui Tendent leurs ouvrages sont illibéraux et sordides. Lear salaire ne fait qu'accroître leur servitude. Tous les artisans cultivent des arts sordides * . »

Tout a été dit sur l'esclavage tel qu'il était constitué dans la Bome impériale. L'esclave s'achète cinq cents ^chmes. H n'a aucun droit; ses enfants appartiennent au maître. H lui est bien permis de se racheter au bout de siians, mais son possesseur a mille moyens de le frustrer de son gain. Sa vie est estimée à si bas prix qu'on l'immole à un soupçon; tous les esclaves d'une maison dont le maître a été assassiné sont mis à mort, et des centaiues périssent de peur que le meurtrier ne s'échappe'. 'Tout est permis contre l'esclave, selon le mot de Sénéque ^ En justice il est interrogé par le moyen de la tortere\ On lui rompt les jambes pour des bagatelles. On Iti fait subir les plus cruels traitements s'il a eu le Malheur de répandre de l'eau en servant son maître à

^«lUiberales aatem et sordidi quœstas mercenarioriim omniamque ^nun operae non artes emnntur : est eaim ipsa merces auctoramentum ^^J^tutis; opificesque omnes in sordida arte versantur. » Gic, De offic,, ï> ch. XLU.

* Tacite, Annales, XIV, 4«.

* «Omnia in servam licent. » Sénèque, Clément,, \, 18. ^ ApiOée^ Mét.y vol. U, 306 (édition Panckoucke).

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table. Un esclaye fat jeté aax mnrènes pour wtoir brisé un Terre de cristal * . Obligé de passer la nuit entière autour des tables de festin, debout et mnet, s'il tousse, s'il remue, il est rudement cbàtié^. « Noos en usons, dit Sénèque, non pas comme des hommes nos semblables, mais comme de bêtes de somme'. » Plût an ciel qu'on se fût contenté d'abuser des forces physiques des eschvcs ; mais ils servaient encore aux plaisirs infâmes do maître ; il les faisait entrer dans ces horribles sérails où s'abritaient les pires infamies du monde païen. Tombaient-ils malades , souvent on les exposait « par rennui de les soigner » selon Taveu naïf de Suétone^' Sénèque résume d'un mot cet état social en disant : « Kous avons autant d'ennemis que d'esclaves'. » Ce qui aggrave cette situation, c'est le nombre croissan't de ces ennemis domestiques. « Leur multitude, di€ Tacite, grandissait immensément tons les jours, tan-' dis que le peuple libre diminuait dans la même propor-' tion^. » Le péril résultant d'un tel état de choses était vivement senti. « De combien de dangers ne sommes-nous pas entourés, s'écriait Pline le Jeune; nul n'est à l'abri, pas môme le maître le plus indulgent et le pins doux^. » Les esclaves ne se vengeaient que trop de tons les mauvais traitements qu'ils subissaient, en contribuant

1 Sénèque, De mi, III, 34-40.

* « Nocte tota jejuiii mutique persistant.» Sén., ép. XLVII.

' Ne tanquam hominibus quidcm^ scd tanquam jumentis abntimor. * Sén., ép. XLVII.

* Suétone, Claude, 25.

8 «Totidem hostcs quot servos.» Sén., ép. XLVII.

« « Multitudo familiarum gliscebat immensum. » Tacite, Ann., IV, Î7.

7 Pline le Jeune, IIl, ép. XIY.

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