L'ESCLAVAGE
dayes. Des milliers d'affranchis venaient grossir les rangs de la plèbe romaine. Le déshonneur dont Fantiqoité frappait la classe des artisans et le travail manuel perpétuait la mendi<ûté impériale d'un peuple à la fois misérable et puissant. Gicéron a exprimé les préjugés de ses contemporains contre les arts utiles, quand il dit : « Tous les gains des mercenaires et les travaux qu'on ne saurait comparer aux beaux-arts de ceux qui Tendent leurs ouvrages sont illibéraux et sordides. Lear salaire ne fait qu'accroître leur servitude. Tous les artisans cultivent des arts sordides * . »
Tout a été dit sur l'esclavage tel qu'il était constitué dans la Bome impériale. L'esclave s'achète cinq cents ^chmes. H n'a aucun droit; ses enfants appartiennent au maître. H lui est bien permis de se racheter au bout de siians, mais son possesseur a mille moyens de le frustrer de son gain. Sa vie est estimée à si bas prix qu'on l'immole à un soupçon; tous les esclaves d'une maison dont le maître a été assassiné sont mis à mort, et des centaiues périssent de peur que le meurtrier ne s'échappe'. 'Tout est permis contre l'esclave, selon le mot de Sénéque ^ En justice il est interrogé par le moyen de la tortere\ On lui rompt les jambes pour des bagatelles. On Iti fait subir les plus cruels traitements s'il a eu le Malheur de répandre de l'eau en servant son maître à
^«lUiberales aatem et sordidi quœstas mercenarioriim omniamque ^nun operae non artes emnntur : est eaim ipsa merces auctoramentum ^^J^tutis; opificesque omnes in sordida arte versantur. » Gic, De offic,, ï> ch. XLU.
* Tacite, Annales, XIV, 4«.
* «Omnia in servam licent. » Sénèque, Clément,, \, 18. ^ ApiOée^ Mét.y vol. U, 306 (édition Panckoucke).
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table. Un esclaye fat jeté aax mnrènes pour wtoir brisé un Terre de cristal * . Obligé de passer la nuit entière autour des tables de festin, debout et mnet, s'il tousse, s'il remue, il est rudement cbàtié^. « Noos en usons, dit Sénèque, non pas comme des hommes nos semblables, mais comme de bêtes de somme'. » Plût an ciel qu'on se fût contenté d'abuser des forces physiques des eschvcs ; mais ils servaient encore aux plaisirs infâmes do maître ; il les faisait entrer dans ces horribles sérails où s'abritaient les pires infamies du monde païen. Tombaient-ils malades , souvent on les exposait « par rennui de les soigner » selon Taveu naïf de Suétone^' Sénèque résume d'un mot cet état social en disant : « Kous avons autant d'ennemis que d'esclaves'. » Ce qui aggrave cette situation, c'est le nombre croissan't de ces ennemis domestiques. « Leur multitude, di€ Tacite, grandissait immensément tons les jours, tan-' dis que le peuple libre diminuait dans la même propor-' tion^. » Le péril résultant d'un tel état de choses était vivement senti. « De combien de dangers ne sommes-nous pas entourés, s'écriait Pline le Jeune; nul n'est à l'abri, pas môme le maître le plus indulgent et le pins doux^. » Les esclaves ne se vengeaient que trop de tons les mauvais traitements qu'ils subissaient, en contribuant
1 Sénèque, De mi, III, 34-40.
* « Nocte tota jejuiii mutique persistant.» Sén., ép. XLVII.
' Ne tanquam hominibus quidcm^ scd tanquam jumentis abntimor. * Sén., ép. XLVII.
* Suétone, Claude, 25.
8 «Totidem hostcs quot servos.» Sén., ép. XLVII.
« « Multitudo familiarum gliscebat immensum. » Tacite, Ann., IV, Î7.
7 Pline le Jeune, IIl, ép. XIY.